L'histoire de l'Allemagne est complexe et varie selon les limites géographiques et historiques dans lesquelles on considère le territoire et l'ethnogenèse du peuple allemand. En tant qu'État-nation, comme dans le sens de la France, l'Allemagne n'existe que depuis 1871. Avant cette date toutefois, il existait un monde germanique doté d'une certaine cohérence variable selon les époques, sur les plans linguistique, culturel, et parfois politique. L'extension géographique de ce monde germanique ne correspondait pas exactement avec celle de l'Allemagne actuelle et a varié au cours de l'histoire. Sommaire * 1Préhistoire * 2Germanie * 3Royaume franc, du Ve au Xe siècle o 3.1Fin de l'Empire romain o 3.2Empire de Charlemagne * 4Ère médiévale (Xe, XVIe siècle) o 4.1Saint-Empire romain germanique jusqu'à la fin du règne de Charles IV * 4.1.1Ottoniens * 4.1.2De la querelle des investitures à la mort de Frédéric II * 4.1.3Désagrégation du pouvoir impérial o 4.2Colonisation des territoires à l'est * 4.2.1Colonisation de l'Europe centrale * 4.2.2Conquête des régions de la mer Baltique par les chevaliers Teutoniques * 4.2.3Expansion vers le sud o 4.3De la peste noire à la fin du Moyen Âge * 4.3.1Peste noire et évolution économique * 4.3.2Évolution politique * 5Temps modernes o 5.1Temps de la Réforme * 5.1.1Empire des Habsbourg * 5.1.2Conflit religieux et conséquences o 5.2Effacement du Saint-Empire * 5.2.1Guerre de trente ans * 5.2.2Émergence des États au sein du Saint-Empire o 5.3Révolution française * 6Transformations du XIXe siècle o 6.1Évolutions politiques * 6.1.1Printemps des peuples dans les États allemands * 6.1.2Étapes de l'unité allemande * 6.1.3Empire allemand o 6.2Économie et société * 6.2.1Naissance d'une grande nation industrielle * 6.2.2Évolutions de la société o 6.3Vers la guerre * 7XXe siècle o 7.1Première Guerre mondiale o 7.2République de Weimar o 7.3Montée et chute du nazisme * 7.3.1Seconde Guerre mondiale o 7.4Depuis 1945 * 7.4.1De l'Allemagne, année zéro à la naissance de deux États * 7.4.2Naissance et évolution de la RDA * 7.4.3Naissance et évolution de la RFA o 7.5Réunification * 8Grandes dates * 9Notes et références * 10Annexes o 10.1Bibliographie o 10.2Articles connexes * 10.2.1Histoire régionale o 10.3Liens externes Préhistoire[modifier | modifier le code] Le territoire de l'actuelle Allemagne était habité dès le Paléolithique inférieur, selon le témoignage d'une mandibule retrouvé à Mauer que l'on attribue à l'espèce que l'on a par la suite appelé Homo heidelbergensis du nom de la ville d'Heidelberg, sise près du lieu de la découverte. Au Paléolithique moyen, le Micoquien (aussi Keilmesser gruppe en allemand) occupait toute l'Europe centrale et orientale. Il a contribué à la naissance de l'Altmühlien (Blattspitzen gruppe), une culture à pointe foliacée, précurseur du LRJ (Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien) dont l'industrie de transition du Paléolithique supérieur s'étendait de la Grande-Bretagne (alors rattachée au continent) à la Pologne. L'Aurignacien puis le Gravettien font également leur apparition assez tôt dans le sud de l'Allemagne comme le démontre les grottes de Geissenklösterle, près d'Ulm et de Hohle Fels près de Schelklingen. À la suite du dernier maximum glaciaire, le Magdalénien qui caractérise le repeuplement de l'Europe septentrionale précède la culture de Hambourg, première culture typique du nord de l'Europe. Cette dernière région voit une autre culture qui s'étendra dans les futurs pays nordiques, l'Ahrensbourgien dont une variante est aussi connu sous le nom de culture de Bromme en Scandinavie. Au Mésolithique l'industrie lithique évolue vers une miniaturisation des outils, les microlithes deviennent alors communs dans le Maglemosien dont les restes ont été retrouvés des îles Britanniques à la Pologne. À l'instar du Maglemosien, le Tardenoisien est une culture du Mésolithique qui se répandra du nord-est de la France jusqu'à l'ouest de l'Ukraine (Tardenoisien nord-ouest pontique). La révolution agraire qu'apportera le Néolithique se manifestera essentiellement en Allemagne par la culture rubanée. Germanie[modifier | modifier le code] Article détaillé : Peuples germaniques. Expansion approximative des peuples germaniques selon certains historiens : en rouge, territoires occupés avant -750 vers la fin de l'Âge du bronze danois ; en orange, territoires occupés jusqu'à la fin du VIIe siècle av. J.-C. ; en jaune, expansion jusqu'au Ve siècle av. J.-C. ; en vert, expansion jusqu'au IIIe siècle av. J.-C.. Les plus anciens documents écrits mentionnant l’existence des tribus germaniques sont des textes grecs et romains ne datant que du début du Ier siècle av. J.-C. . L’absence de témoignages écrits plus anciens semble indiquer que les Européens du Sud et ceux du Nord s’ignoraient jusqu’à cette date[1]. Après leur apparition, les Germains se divisent en plusieurs tribus, la plupart restant indépendantes, tandis que d'autres s'unissent dans des ligues (ex. : les Alamans et les Francs). L'union faisant la force, les Germains représentent alors un danger pour l'Empire romain. Autour de 110 av. J.-C., les Cimbres et les Teutons, peuples originaires du Jutland, envahissent la Narbonnaise. À Vercellae, en 101 av. J.-C., Marius remporte sur eux une nette victoire qui survient après une décennie de luttes difficiles[2]. Après la conquête de la Gaule par les Romains, les peuples germains limitrophes sont un sujet récurrent d'inquiétude. Les écrits latins constituent une source précieuse d'information sur les mœurs et les institutions des Germains à cette époque ; la Germanie, œuvre de l'historien du Ier siècle Tacite est particulièrement riche d'enseignements. Au Ier siècle, les Romains tentent de faire la conquête de la Germanie. Celle-ci, après de nombreuses et dures campagnes, semble effectivement en voie de romanisation. C'est alors que Quintilius Varus s'aventure avec ses troupes très loin à l'intérieur de la province. Un officier de l'armée romaine, Arminius, d'origine germaine, enlevé enfant, élevé à Rome, et devenu officier romain, rallie les Germains et tend une embuscade aux Romains en 9 ap. J.-C. Après trois jours de combats dans la forêt de Teutberg, Quintilius Varus s'y suicide alors que près de 20 000 hommes de ses légions sont tués. Royaume franc, du Ve au Xe siècle[modifier | modifier le code] Fin de l'Empire romain[modifier | modifier le code] Après deux siècles de pressions sur les frontières romaines, des tribus et des fédérations de peuples germains, drainant sans doute en grande partie des réfugiés, à savoir les Vandales, les Burgondes, et les Saxons ainsi que la ligue des Alamans (tous les hommes) et des Francs Saliens et Ripuaires, traversèrent le Rhin en 410 et pillèrent les régions occidentales occupées par les Romains, qui devaient lutter contre d'autres Germains, nouveau-venus plus menaçants. C'est alors que l'Empire romain commença à se « germaniser » en étant forcé d'accueillir un nombre important de ces barbares à son service. Et tandis que la situation économique et sociale romaine se dégradait, certains chefs germains, tel le Vandale Stilicon, surent se hisser aux plus hautes dignités impériales. À la fin du IVe siècle et au Ve siècle, certaines de ces peuplades germaniques établirent des royaumes plus ou moins éphémères dans les régions de l'Empire romain qui correspondent actuellement à l'Angleterre (les Angles et les Saxons), à la France (Francs et Burgondes), au nord de l'Italie (les Lombards et les Ostrogoths), à l'Espagne (Wisigoths) et même à la Tunisie (Vandales). Le royaume des Francs, devenu chrétien dès la fin du Ve siècle, s'étendit sur ce qui est maintenant la France, le Benelux et l'Ouest de l'Allemagne. Il fut dominé par les souverains mérovingiens, puis, à partir de 750, les Carolingiens. À l'instigation des rois francs, des moines dans un premier temps irlandais et écossais et, à partir du VIIIe siècle, anglo-saxons arrivent sur le continent et commencent à évangéliser les régions rhénanes. Une figure importante de cette période est Winfried Boniface (671-754) : il fonde en Germanie les monastères de Fulda, Erfurt, Wurtzbourg et Eichstätt[3]. Empire de Charlemagne[modifier | modifier le code] Articles détaillés : Germanie franque, Allemagne du haut Moyen Âge et Duché de Saxe. L'Empire carolingien et son extension en Germanie. Sous les règnes de Charlemagne (du latin Carolus Magnus, c'est-à-dire Charles le Grand), le troisième souverain carolingien, les Francs annexent la Bavière en 788-794 et la Basse-Saxe en 804 après une longue guerre contre les Saxons. Charles fut couronné « empereur des Francs et des Romains » en 800, principalement à l'instigation du pape Léon III et en raison de la pression qu'exerçait sur Rome une autre peuplade germanique arrivée tardivement et convertie à l'arianisme : les Lombards. Le royaume des Francs couvrait alors la majeure partie de la France et de l'Allemagne, formant la base des deux futures nations. Dans le même temps, le centre du pouvoir s'était déplacé vers l'Est (de l'Austrasie, région de Trèves et berceau des Austrasiens, jusqu'à la Saxe nouvellement conquise et à peine pacifiée), préfigurant le fait que l'Empire allait survivre en Germanie. Charlemagne fit d'Aix-la-Chapelle le centre politique de son empire. Après la mort de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, l'Empire carolingien est divisé en trois lors du partage de Verdun en 843. Louis le Germanique reçoit la Francie orientale à l'origine de l'Allemagne. Un an avant, le 14 février 842, à Strasbourg, Louis le Germanique et son jeune frère, Charles le Chauve se prêtent serment d'assistance mutuelle dans leur lutte contre leur frère aîné Lothaire, héritier principal de Louis le Pieux. Ce serment est prononcé par Louis le Germanique en langue tudesque (l'ancêtre de l'allemand). C'est le plus ancien texte conservé en ancien allemand. Le partage de Verdun de 843 entre les trois fils de Louis le Pieux. En 887, Charles le Gros est destitué par la diète de Tribur et le système électif est établi. Les Carolingiens perdent définitivement le trône de Germanie en 911. Le titre impérial n'est plus attribué à partir de 924[4]. Ère médiévale (Xe, XVIe siècle)[modifier | modifier le code] Saint-Empire romain germanique jusqu'à la fin du règne de Charles IV[modifier | modifier le code] Ottoniens[modifier | modifier le code] Article détaillé : Royaume de Germanie. Après l'éviction des Carolingiens, le titre royal passe d'abord à Conrad puis en 919 à Henri l'Oiseleur, fondateur de la dynastie saxonne. La Germanie rassemble à ce moment une partie des territoires jadis rassemblés par Charlemagne, la Francia orientalis. Henri l'Oiseleur acquiert un prestige considérable grâce aux victoires remportées sur les Slaves, les Danois et les Magyars. Il porte les frontières de son royaume sur l'Elbe[4]. Son fils, Otton Ier bat définitivement les Hongrois en 955. Il est couronné empereur (en allemand, Kaiser, qui dérive de César) en 962. Otton Ier promulgue le 13 février 962 le Privilegium Ottonianum qui oblige tout nouveau pape à prêter serment auprès de l'empereur ou de son envoyé avant de recevoir la consécration. Il exige ensuite des Romains un serment où ceux-ci s'engagent à ce qu'« ils n'éliraient ni n'ordonneraient aucun pape en dehors du consentement du seigneur Otton ou de son fils »[5]. Les empereurs allemands contrôlent alors totalement l'élection du pape donnant naissance au césaropapisme allemand. L'empire d'Otton Ier comprend le royaume de Germanie issu de la Francie orientale du partage de Verdun, le royaume d'Italie jusqu'aux États du pape, une partie de régions lotharingiennes que les rois de Germanie ont su capter. Le territoire de l'empire va donc de la Meuse et du Rhône à l'Elbe et de la mer du Nord au sud de la Toscane[6]. Il s'agrandit de marches, l'Ostmark et la Carinthie, réoccupées après la victoire sur les Hongrois, et toute une série de marches à l'est de l'Elbe comme la marche des Billung autour de l'évêché d'Oldenbourg et la Nordmark (ancien nom du Brandebourg)[7]. Dès sa fondation, ce nouvel empire, qui ne sera nommé le « Saint-Empire romain germanique » (Heiliges Römisches Reich deutscher Nation) qu'au XVe siècle[7], est entravé par le peu d'institutions sur lesquelles l'empereur peut asseoir son autorité, la faiblesse des revenus, les empereurs ne disposant que de leurs propres domaines pour financer leur politique. De plus le choix de l'empereur n'a toujours dépendu que de l'élection des princes allemands, dont le nombre s'est peu à peu réduit et du couronnement par le pape à Rome. Conscient de ce problème Otton Ier transforme les ducs en vassaux qui sont à son entière disposition et s'appuie sur le clergé pour administrer l'Empire. Il prend l'habitude de nommer les évêques à qui il donne l'investiture temporelle et spirituelle. Otton Ier associe son fils Otton II à l'Empire en le faisant couronner de son vivant le 25 décembre 967. Otton II lui succède sans difficulté. Sous son règne (967-983) semble s'esquisser un empire chrétien dirigé en même temps par l'empereur et le pape. Le souverain s'installe à Rome, se coupant ainsi des bases germaniques de son pouvoir[7]. Otton III s'intéresse plus, lui aussi, à ses affaires italiennes et rêve de fonder un empire universel. Sous les Ottoniens, les conditions de vie des paysans allemands s'améliorent lentement. La colonisation des marches permet en effet un allégement des taxes féodales. L'exploitation de mines d'argent permet d'améliorer légèrement la circulation monétaire, cependant encore très limitée. De la querelle des investitures à la mort de Frédéric II[modifier | modifier le code] À la mort d'Henri II, la dynastie salienne ou franconienne succède aux Ottoniens. Le premier représentant de la nouvelle dynastie, Conrad II, rétablit l'autorité impériale en Allemagne, impose sa souveraineté aux Polonais et aux Tchèques. Il reçoit la Bourgogne en héritage. Le règne de son fils Henri III correspond à l'apogée de la dynastie. Il maintient fermement entre ses mains l'autorité impériale dans tous ses États. Au XIe siècle, cependant, l'Église catholique cherche à s'émanciper de la tutelle impériale. Profitant de la minorité de l'empereur Henri IV, le pape Nicolas II décide en 1059 de réserver l'élection de pape aux seuls cardinaux. En 1075, le pape Grégoire VII interdit les investitures laïques. Il se heurte à Henri IV soucieux de continuer à contrôler les évêques à qui il a donné des pouvoirs régaliens. Celui-ci riposte en faisant déposer le pape par un concile à sa dévotion. Grégoire VII délie les sujets d'Henri IV de leur serment de fidélité. Les princes allemands en profitent pour se révolter. Pour retrouver son pouvoir, Henri IV doit faire pénitence à Canossa en 1077. La querelle des investitures a entrainé plusieurs rébellions des grands contre l'empereur. Les excommunications et les interdits commencent à saper les structures de la pyramide féodale et l'autorité impériale[6]. Le Concordat de Worms de 1122, où l'empereur accepte la libre élection des évêques, ne satisfait aucune des deux parties. L'empereur ne peut donc plus compter comme auparavant sur la fidélité des évêques mais il ne peut pas non plus s'appuyer sur les princes et les seigneurs qui s'affranchissent de plus en plus du pouvoir impérial[7]. Le conflit religieux rebondit au XIIe siècle et dans la première moitié du XIIIe siècle avec la « guerre des deux glaives » ou « lutte du sacerdoce et de l'Empire » sous les Hohenstaufen. La dynastie des Saliens s'éteint à la mort d'Henri V en 1125. Le duc de Saxe devient empereur du Saint-Empire romain germanique de 1133 à 1137, sous le nom de Lothaire III, au détriment des neveux de Henri V: Frédéric, duc de Souabe, et Conrad, duc de Franconie. Grâce à l'importance de ses possessions personnelles, il possède une plus grande autorité dans l'Empire que ses prédécesseurs. Conrad III de Hohenstaufen est ensuite élu roi en 1138, donnant naissance à une nouvelle dynastie, celle des Hohenstaufen. La période est le théâtre d´une rivalité entre deux familles princières : les Hohenstaufen, la dynastie régnante, et les Welfs, une famille bavaroise et saxonne proche de la papauté[8]. Le successeur de Conrad a laissé une image forte dans l'histoire du Saint-Empire. Il s'agit de Frédéric Ier surnommé Barberousse. Durant son long règne (1152-1190), il parvient à récupérer des biens royaux usurpés et en confie la gestion à des hommes de peu qui lui doivent tout, les ministériaux. Il réussit à mettre au pas les seigneurs qui s'étaient arrogé des pouvoirs régaliens et à ménager les Welfs, les grands rivaux des Hohenstaufen. Il refuse d'accorder l'investiture temporelle (comme le prévoyait le concordat de Worms) aux évêques qui lui déplaisent, manifestant ainsi sa volonté de reprendre le contrôle du clergé allemand. Sa volonté est bien de construire une monarchie féodale où chaque vassal avait sa place, prélats compris[9]. Mais il consacre une trop grande partie de son énergie aux affaires italiennes, en menant une longue lutte contre la ligue des cités lombardes et le pape Alexandre III. Pour mettre fin au conflit, Frédéric Ier est obligé de se prosterner devant le pape à Venise en 1177. Il parvient cependant à renforcer son contrôle sur le royaume d’Italie[10]. Son fils Henri VI rêve de faire la conquête de Jérusalem et de Constantinople et de reconstituer ainsi un vaste Empire unifié[7]. Il meurt trop tôt (1197) pour mettre en œuvre ses projets, mais en assurant aux seigneurs l'hérédité de leurs fiefs, il affaiblit le pouvoir impérial en Allemagne. Frédéric II et son faucon représentés dans son livre De arte venandi cum avibus (De l'art de chasser au moyen des oiseaux), XIIIe siècle. À la mort d'Henri VI, les princes allemands refusent d'élire le jeune fils de ce dernier, Frédéric-Roger de Sicile, pourtant déjà couronné « roi des Romains » du vivant de son père et se disputent sur le choix du nouvel empereur, laissant le pape Innocent III et les souverains anglais et français prendre part à leurs querelles. Finalement, grâce à l'appui du pape, Frédéric-Roger devient empereur sous le nom de Frédéric II. Il renouvelle au nouveau pape Honorius III le serment d'allégeance envers la papauté, confirme le versement d'un tribut annuel de 1 000 pièces d'or par la Sicile et promet de partir en croisade dans les lieux saints. Toutes ces promesses lui permettent d'asseoir son pouvoir solidement. En Allemagne, Frédéric II accorde à 90 évêques et abbés royaux une charte, la Confoederatio cum principibus ecclesiasticis de 1220, où il confirme l'abandon des droits de dépouilles; il renonce aussi à influencer les élections, à exercer ses droits régaliens sur les territoires ecclésiastiques comme la construction de châteaux, les tonlieux... Il donne aux princes laïcs le statutum in favorem principum de 1232 qui en fait les maîtres de la terre et de la justice[7]. Frédéric II est tellement occupé par ses affaires italiennes qu'il ne séjourne que quelques mois en Allemagne au début de son règne, laissant ensuite son gouvernement à son fils Henri II de Souabe. Son fils Henri accorde aux princes séculiers l'hérédité des fiefs. De ce fait les terres allemandes sont pratiquement indépendantes du pouvoir impérial dès cette époque. Les villes rhénanes et les ports de la mer Baltique et de la mer du Nord se développent. Certaines sont d'origine romaine comme Cologne ou Augsbourg. D'autres, plus récentes, sont nées de la réunion d'une cité ecclésiastique ou laïque et d'un établissement marchand. C'est le cas de Magdebourg, Goslar, Brême ou Erfurt. Cependant les villes allemandes prennent une part peu active au grand commerce européen au XIIe siècle sauf Cologne qui dispose d'une flotte importante[7]. Des ports importants du Nord sont Brême et Schleswig. Les principaux produits du grand commerce international sont le vin du Rhin et les armes pour les exportations, la laine, les métaux et les produits alimentaires pour les importations. À l'intérieur, l'exploitation des mines d'argent et de sel favorise le développement du commerce fluvial. Désagrégation du pouvoir impérial[modifier | modifier le code] À la mort de Frédéric II en 1250, l'Allemagne se trouve privée d'un pouvoir central pendant l'interrègne de vingt-trois ans qui suit son décès. L'Empire apparaît alors comme une mosaïque de villes libres et de principautés, grandes et petites, séculières ou ecclésiastiques, dotées de pouvoirs régaliens. De plus, à la fin du XIIIe siècle, l'Empire se restreint à une Allemagne qui s'étend à l'est jusqu'aux limites de la plaine hongroise et du bassin de l'Oder, au nord-est aux côtes de la mer Baltique jusqu'au Niémen. La Bourgogne, la Provence et le royaume d'Italie s'en détachent. De nouvelles principautés territoriales, de taille plus réduites se constituent à l'Est : la marche de Brandebourg, Saxe-Wittenberg et Saxe-Lauenbourg, Anhalt avec à leurs têtes les Ascaniens, le Thuringe et la Misnie des Wettin, le Brunswick et le Lunebourg des Welf, la Bavière et Palatinat du Rhin des Wittelsbach, les possessions des chevaliers Teutoniques sur la Baltique[7]. Le morcellement est encore plus grand à l'Ouest. On y trouve les grandes principautés ecclésiastiques : Cologne, Trèves, Mayence, Brême, Münster, Paderborn, Wurtzbourg, Bamberg, les abbayes de Fulda, Corvey, Saint-Gall, Utrecht, Liège, Salzbourg, Trente ; d'anciennes cités impériales devenues indépendantes du fait de la décadence du pouvoir impérial : Francfort, Nuremberg, Aix-la-Chapelle, Ulm, d'anciennes cités épiscopales devenues libres, Ratisbonne, Strasbourg, Bâle, Mayence, Cologne. Mais aucune n'étend son territoire pour devenir le centre d'une principauté territoriale. Vers 1380, l'Allemagne compte environ cent « villes libres », dont Augsbourg, Hambourg et Lübeck. Les villes de la Ligue hanséatique, profitent de leur éloignement géographique pour échapper à peu près complètement au pouvoir impérial tout en s'émancipant de la tutelle seigneuriale[6]. Elles contrôlent l'axe commercial est-ouest, de Novgorod à Londres. À la fin du Moyen Âge, l'Empire est devenu une sorte de confédération d'États princiers qui n'ont entre eux qu'un lien très lâche. Les princes élargissent leur droit de juridiction si bien que le Tribunal d'Empire perd toute importance. Ils s'emparent de presque tous les droits régaliens. Les princes organisent leur cour avec leur chancellerie, leur sceau, leur administration autonome, leur propre législation. Ils possèdent des forces militaires et s'appuient sur un système financier soigneusement organisé. Dans le même temps, les empereurs octroient aux villes les plus importantes le statut de « ville libre d'empire ». Dotées de l'autonomie juridique, judiciaire et fiscale, elles échappent ainsi à l'autorité seigneuriale. Les empereurs escomptent que grâce à leur émancipation les villes impériales contribuent largement au financement de l'armée et de l'administration impériales[6]. Inquiet de l'anarchie et de l'insécurité qui règnent en Allemagne, le pape menace de nommer lui-même un empereur si les princes-électeurs n'y parviennent pas. En 1273, ils élisent Rodolphe de Habsbourg qu'ils pensent trop peu puissant pour nuire aux Wittelsbach ou aux Welfs. Mais Rodolphe prend possession de la marche d'Autriche tombée en déshérence et devient un empereur puissant. En conséquence, les princes écartent son fils Albert Ier du trône impérial en 1291. Pendant près de deux siècles, les élections voient alterner les représentants Habsbourg, Luxembourg et Wittelsbach. Les conséquences en sont l'essor du clientélisme et la disparition des domaines impériaux distribués à chaque élection pour s'assurer les suffrages des princes[6]. Parmi les empereurs du XIVe et du XVe siècle, Charles IV, roi de Bohême, chef de la Maison de Luxembourg a eu un rôle important. Il veut tirer sa force et ses ressources de grandes possessions territoriales. De ce fait, il favorise la Bohême : c'est à Prague que la première université allemande est ouverte en 1347 ; de nombreux monuments s'y sont construits; elle devient une grande capitale européenne. Charles s'empare ensuite du Brandebourg en 1373, du Haut-Palatinat autour de Ratisbonne, de la Lusace réunie à la Bohême. Le Luxembourg devient un duché. L'Allemagne évolue en une monarchie de type aristocratique, où le souverain veut dépasser ses pairs par la puissance de sa famille[7]. L'aigle impérial, symbole de l'Empire. Le droit d'élection avait longtemps appartenu à tous les princes laïcs et ecclésiastiques. À partir du milieu du XIIIe siècle, il est réservé aux seuls princes-électeurs (Kurfürsten) qui se trouvent réduits à sept par la Bulle d'or de 1356[6]: les archevêques de Cologne, Trèves et Mayence, le duc de Saxe, le roi de Bohême, le seul à ne pas être allemand, le margrave de Brandebourg et le comte palatin du Rhin.Les conditions d'élection sont si bien précisées qu'elles ne peuvent plus être contestées. Le pape n'a plus d'arbitrages à rendre et ne se mêle plus de la désignation du nouvel empereur[9]. Le Saint-Empire perd de fait sa vocation universaliste pour prendre un caractère définitivement germanique. Ce trait s'accentue encore au XVe siècle quand la couronne impériale, d'abord détenue par une dynastie non germanique (les Ottokar des Bohème) se fixe dans la famille des Habsbourg après l'élection de l'archiduc Albert II d'Autriche. Colonisation des territoires à l'est[modifier | modifier le code] Article détaillé : Drang nach Osten. À partir du milieu du XIe siècle commence la colonisation des territoires situés à l'est de la Germanie. Cette marche vers l'est avait déjà été entamée à l'époque de Charlemagne et d'Otton Ier, mais la plupart de ces territoires avaient été perdus. En effet la dynastie franconienne se désintéresse des nouvelles terres et laisse les princes polonais et danois reprendre du terrain[11]. Colonisation de l'Europe centrale[modifier | modifier le code] Article détaillé : Colonisation germanique de l'Europe orientale. Dans un premier temps, les Wendes sont anéantis ou assimilés par un flot de migrants. Au XIIe siècle, l'affaiblissement du roi de Pologne permet la création des marches, des districts militaires frontaliers, de Brandebourg et du Mecklembourg[12]. Lothaire III (1125-1137) obtient la soumission des princes obotrites[13] et poméraniens[14]. Il réorganise les marches de l'Est. Il place à la tête du Hostein Adolphe Ier de Schauenbourg, Albert l'Ours à la tête de la marche de l'est saxonne. Enfin, il marie sa fille unique au duc Welf, surnommé « Henri le Superbe », à qui échoit le duché de Saxe. Ces princes sont à l'origine de trois grandes dynasties particulièrement actives dans la colonisation des régions de l'est[7]. La christianisation permet la renaissance des évêchés de Brandebourg, Lübeck, Schwerin. Du XIIe au XIVe siècle, de centaines de milliers de Saxons, Westphaliens, Rhénans, Hollandais, Flamands, Franconiens poussés par la raréfaction des terres disponibles et le désir d'affranchissement affluent vers l'Est. Ils sont attirés par la promesse de recevoir des terres et mettent en valeur les territoires jusqu'à la Neisse. Pour mettre en valeur le Holstein, que le comte Adolphe venait de conquérir après une guerre très dure, celui-ci envoie des messagers en Flandre et en Hollande, à Utrecht, en Westphalie, en Frise. Il promet à quiconque manquait de terre, un bon grand domaine, fertile, bien pourvu en poissons, viande et gras pâturages pour le bétail[7]. Évangélisation et colonisation vont alors de pair. Les Sorabes peuvent coexister à côté des populations germanophones. La Poméranie orientale est l'objet d'âpres disputes entre Polonais et germanisés pendant le XIVe siècle. Plus au sud, la Silésie et l'est du royaume de Hongrie dévastés par les invasions des Mongols sont repeuplés par les colons allemands. Ils peuvent établir dans le royaume de Hongrie comme hôtes et jouissent de droits particuliers[12]. Au XIIIe siècle, le roi Ottokar II de Bohême permet une colonisation massive avec des Allemands venus surtout de Bavière et des régions rhénanes. Il les établit comme mineurs pour exploiter les mines d'argent découvertes sur le pourtour du pays. Les seigneuries de l'Est de l'Empire sont souvent très vastes. Par exemple, le Schlossgesessener Adel[15], installé par les margraves du Brandebourg pour défendre la frontière contre les Polonais sont très entendues comme les Wedel qui possèdent un fief de 60 villages. La grande taille est liée au défrichement de régions forestières encore faiblement peuplées[7]. Dans l'ouest, plus anciennement exploitée, les seigneuries sont en général de superficie plus modestes. Conquête des régions de la mer Baltique par les chevaliers Teutoniques[modifier | modifier le code] Deux ordres religieux, les chevaliers Porte-Glaive et les chevaliers Teutoniques sont les artisans de la colonisation violente des terres entre la Vistule et le golfe de Finlande. L'ordre des chevaliers Porte-Glaive est spécialement créé en 1202 pour soutenir les premiers efforts de colonisation-christianisation de l'embouchure de la Düna où sous l'action de l'archevêque de Brême la ville de Riga avait été fondée en 1180. Les chevaliers Porte-Glaive sont peu nombreux, 120 en tout, mais ils font appel à de nombreux croisés laïcs. C'est ainsi qu'ils fondent des monastères à travers le territoire de la Lettonie actuelle[12]. Les chevaliers Teutoniques ou Deutscher Orden sont apparus en 1190-1191 en Terre sainte. sous le nom de « Frères hospitaliers allemands de Sainte-Marie de Jérusalem ». L'ordre est appelé par le duc polonais Conrad de Mazovie et un évêque polonais attaqués par les Baltes installés entre le Niémen et la Vistule. Une croisade est mise sur pied en 1230 avec des gens venus de tout l'Occident chrétien mais le pays n'est soumis qu'en 1283[12]. Les chevaliers Porte-Glaive et les chevaliers Teutoniques fusionnent en 1237 et finissent par dominer le territoire de la Germanie au golfe de Finlande. Cette région est dirigée par le grand maître de l'Ordre. Le pays est alors divisé en seigneuries avec, à leur tête, un chevalier titulaire de la terre. Les croisés deviennent des paysans établis pour remplacer la population borusse tuée ou en fuite. De nombreuses villes sont créées : Marienwerder, Thorn, Kulm, Elbing, qui entretiennent des relations avec la Hanse, Königsberg en 1255 – « mont Royal ». Les Teutoniques jouissent d'une totale indépendance par rapport au Saint-Empire romain germanique[12]. Expansion vers le sud[modifier | modifier le code] La colonisation vers le sud avait commencé dès l'époque de Charlemagne mais la poussée des Hongrois avait fait évacuer les régions conquises. Otton Ier occupe de nouveau les régions au Sud de la Bavière et crée une nouvelle marche colonisée par des familles bavaroises et rhénanes. Les évêques de Salzbourg, Freising et Passau se constituent de vastes domaines et créent de grands monastères comme Melk et Saint-Polten. En 996, le nom d'Ostarrichi apparait pour la première fois. La forme latinisée Austria est à l'origine du nom Autriche. En 1002, une forteresse est construite près des ruines de l'ancienne cité romaine de Vindobona, la future Vienne. D'autres villes se développent telles Linz, Innsbruck, Graz. La colonisation allemande déborde sur les marches voisines de Carinthie et de Carniole mais elle se limite aux villes. Le Tyrol, en revanche, restait divisé en comtés jusqu'au XIIIe siècle. En 1246, les Habsbourg prennent possession de ces marches qu'ils conservèrent jusqu'en 1918[12]. À la fin du XIVe siècle, la première grande vague de colonisation est terminée : des germains se sont installés au nord jusqu'au golfe de Finlande, au sud presque jusqu'à l'Adriatique, à l'est jusqu'au cœur des Carpates roumaines[12]. Des centaines de milliers d'Allemands de l'Ouest poussés par la surpopulation ont ainsi migré vers l'Est où des tenures plus vastes et des droits féodaux plus légers les attendent. De la peste noire à la fin du Moyen Âge[modifier | modifier le code] Peste noire et évolution économique[modifier | modifier le code] Dès 1349, la peste fait son apparition dans la vallée du Rhin et en Prusse. Cologne est touchée en décembre 1349. Pendant l'année 1350, toute l'Allemagne est touchée mais c'est dans le nord du pays que la mortalité est la plus forte. À Brême, entre la moitié et les deux tiers de la population disparaît[16]. Les conséquences économiques ne se font pas attendre : déclin de la production agricole et artisanale, arrêt des transports, récession du commerce et des activités bancaires, arrêt de la colonisation de l'est. À l'est, la grande peste a comme conséquence la désertion des terres pauvres. En récupérant les terres abandonnées, les seigneurs accroissent leur réserve foncière[7]. En même temps, les princes qui ont besoin d'argent, abandonnent aux seigneurs leurs droits régaliens. De ce fait, les paysans restant sur les terres se retrouvent sous la domination directe des seigneurs qui leur imposent de lourdes corvées, indispensables à l'exploitation des grands domaines. Alors que jusque là, ils étaient plus libres que les paysans du reste de l'Allemagne, ils se retrouvent dans une plus grande servitude. Au XVe siècle, une fois le pays remis de la peste, les villes de l'Allemagne moyenne et méridionale connaissent un véritable essor industriel. Les progrès techniques qui se développent dans les mines du Harz, de Thuringe, de Bohême et de Hongrie permettent une augmentation de la production du cuivre, de l'étain, du zinc et de l'argent. Augsbourg et Nuremberg fabriquent le laiton, le bronze, mais aussi des armes et des canons qui sont ensuite exportés dans toute l'Europe. Les toiles fabriquées dans les campagnes allemandes pour les marchands d'Augsbourg, de Constance, de Saint-Gall, de Ravensburg sont elles aussi exportées[7]. Évolution politique[modifier | modifier le code] À la mort de Charles IV en 1378, son fils Venceslas lui succède. À cette époque, l'Occident est déchiré par le Grand Schisme. Le roi de France et l'empereur soutiennent le pape d'Avignon. Le pape de Rome, Boniface IX, intrigue en faveur d'un rival, le comte palatin Robert de Wittelsbach. Venceslas est déposé par les Princes-Électeurs allemands en août 1400 en faveur de son rival, Robert Ier. Après la mort de ce dernier en 1410, Sigismond, frère de Venceslas est élu empereur. Il met fin au Grand Schisme par le concile de Constance (1414-1418). Catholique ardent, il lutte contre la prédication de Jean Hus. Le hussisme est à la fois une tentative de réforme de l'Église et un sursaut du nationalisme tchèque menacé par l'essor du germanisme. La guerre hussite dure vingt ans (1415-1436)[7]. À l'est, en 1410, la bataille de Grunwald voit une coalition lituano-polonaise dirigée par le roi Ladislas II Jagellon écraser les chevaliers teutoniques. Le règne de Sigismond est par conséquent considéré comme particulièrement éprouvant pour le prestige de la dynastie de Luxembourg. Sigismond tente, après avoir été couronné roi d'Italie en 1431 puis empereur à Rome en 1433, de réorganiser l'empire en créant des cercles administratifs regroupant les seigneuries et une police assurant la paix publique ; mais l'esprit d'indépendance des seigneurs est tel que ces réformes ne sont pas appliquées. Albert II, un Habsbourg qui a épousé la fille unique de Sigismond, lui succède. Dans la seconde partie du XVe siècle, l'Allemagne connaît des guerres civiles permanentes dont l'empereur Frédéric III, autre représentant de la maison de Habsbourg, ne s'occupe guère, pris lui-même en tenaille entre les velléités d'indépendance des Confédérés helvétiques et les menées expansionnistes de [[Matthias Ier de Hongrie]] en Europe centrale et orientale. Son fils, Maximilien, en épousant Marie de Bourgogne, est à l'origine de la puissance des Habsbourg. Temps modernes[modifier | modifier le code] Maximilien Ier peint par Albrecht Dürer. Au XVe siècle, le dynamisme économique de l'Allemagne est patent dans les villes, les grandes cités commerciales du Nord unies autour de Lübeck dans la Ligue hanséatique. L'essor des activités économiques s'accompagne de progrès techniques considérables, dont le plus célèbre est l'invention des caractères d'imprimerie mobiles par Johannes Gutenberg. Cependant sur le plan politique, les empereurs ont échoué à donner des institutions stables et efficaces à l'Empire. Face à l'empereur, à la petite noblesse, aux villes, les princes affirment leur puissance. C'est le cas des Hohenzollern en Brandebourg, des Wittelsbach dans le Palatinat et en Bavière, des Wettin en Saxe et des Zähringen en Souabe. Temps de la Réforme[modifier | modifier le code] Empire des Habsbourg[modifier | modifier le code] En 1508, Maximilien de Habsbourg devient empereur. C'est sous son règne, en 1512, qu'un texte officiel utilise pour la première fois l'appellation de « Saint-Empire romain de la nation allemande »[6]. Dès 1495, il entreprend une réforme institutionnelle pour pacifier l'Empire. Les princes et les villes représentés à la diète de Worms acceptent l'interdiction de toutes les guerres privées. Un tribunal d'empire, composé pour moitié de juristes et pour l'autre de représentants des États, est créé. Il doit juger les conflits entre les sujets et leur prince ou ville. Un « sou commun », impôt direct, est institué pour permettre le financement de la cour de justice et de l'armée communes[6]. Mais Maximilien de Habsbourg échoue à étendre son autorité sur toute l'Allemagne. Chacun des quelque 350 États reste maître chez lui. En 1499, les cantons suisses accèdent à une indépendance de fait, reconnue par l'empereur. Maximilien de Habsbourg, prince habile et intelligent, reforme à son profit l'empire bourguignon. Pratiquant une habile politique matrimoniale, il unit son fils, Philippe le Beau à Jeanne, l'unique héritière de souverains espagnols. Il marie ses petits-enfants aux héritiers du royaume de Bohême et de Hongrie. En Allemagne, il parvient à unifier ses états héréditaires, prémices de la formation de l'Empire d'Autriche. À la mort de Maximilien en 1519, deux candidats se disputent le titre d'empereur, François Ier de France et Charles Quint, petit-fils du défunt empereur et déjà roi d'Espagne. C'est finalement ce dernier qui l'emporte. L'essentiel de la richesse allemande réside cependant dans les villes. Les cités du Sud comme Augsbourg, Nuremberg prospèrent grâce au commerce avec l'Italie. Celles du Nord, Hambourg, Lübeck, Stettin, Dantzig, cités de la Hanse sont menacées par l'affermissement des États et l'essor commercial des Hollandais et des Allemands du Sud[17]. Le XVIe siècle naissant est celui du triomphe de la bourgeoisie d'affaires. L'exemple le plus frappant est celui de la famille Fugger, une famille de banquiers d'Augsbourg qui finance Maximilien et Charles Quint, obtient en échange des avantages commerciaux considérables. À la fin du XVe siècle, les Fugger s'installent à Anvers, Breslau, Lübeck. Au début du siècle suivant, c'est à Stettin, Dantzig et Hambourg qu'on les retrouve. À l'avènement de Charles Quint, les Fugger s'installent en Espagne. Par contre, le pouvoir d'achat de petits nobles s'érode. Les paysans s'appauvrissent à cause du poids des taxes féodales, du morcellement des tenures et de l'endettement croissant. Depuis 1490, les paysans d'Alsace et du Wurtemberg ont commencé à se révolter. Conflit religieux et conséquences[modifier | modifier le code] La question religieuse domine le XVIe siècle. En 1517, le moine et théologien Martin Luther enflamme l'Allemagne en publiant à Wittenberg les 95 thèses où il critique ouvertement le pape et la vente des indulgences. Bien qu'il ait été excommunié par le pape Léon X en 1521 et mis au ban de l'Empire par le jeune empereur Charles Quint en 1521, ses idées progressent en Allemagne. Des humanistes comme Melanchthon, des artistes : Dürer, les Cranach, Holbein adhèrent aux idées de Luther[17]. Les paysans d'Allemagne du sud, croyant qu'arrive l'âge d'or où ils n'auront plus d'impôts à payer se révoltent contre leurs seigneurs. Les petits chevaliers profitent de l'agitation pour piller les biens des prélats et des riches bourgeois. Ces deux révoltes sont écrasées par les princes avec l'approbation de Luther. S'il juge les revendications des révoltés justifiées, il estime également la répression nécessaire. Cette condamnation formelle des révoltés lui conserve son crédit auprès des princes. Les princes électeurs de Saxe, Palatinat, Brandebourg, le landgrave de Hesse, de nombreuses villes se convertissent au luthéranisme : Constance, Nuremberg, et, au nord, Magdebourg, Halberstadt, Breslau, Brême, Königsberg. Elles confisquent à leur profit les biens de l'Église catholique. Albert de Brandebourg, un prince de la famille des Hohenzollern, grand maître de l'ordre Teutonique se fait luthérien et s'attribue les immenses biens de l'ordre en Prusse. Il prend le titre de duc de Prusse en 1527. Les princes ont l'espoir de trouver une paix de compromis tout en supprimant les abus de l'Église grâce à un concile. En attendant, la diète réunie à Spire en 1526 décide à l'unanimité que pendant un an et demi chaque État sera responsable de ses affaires religieuses[6]. Cette décision est révoquée par la majorité des participants à la diète de Spire de 1529. L'obligation de restaurer le culte catholique partout où il a été supprimé est proclamée. Les princes et les villes luthériennes protestent. Leur argumentation porte sur le fait qu'une décision prise à l'unanimité ne saurait être révoquée par une simple majorité. Ils introduisent ainsi un principe nouveau dans l'administration de l'Empire : une décision à l'unanimité ne peut ensuite être révoquée par une décision à la majorité. En 1530, la diète d'Augsbourg ordonne que les biens de l'Église catholique confisqués par les princes protestants lui soient rendus. Les protestants refusent[6]. En février 1531, les princes et villes protestants forment une alliance contre l'empereur, la Ligue de Smalkalde[18]. Devant l'impossibilité de concilier les deux partis, Charles Quint décide d'employer la force contre les princes luthériens à partir de 1546. Il met au ban de l'Empire l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse. Les protestants subissent une défaite décisive à Mühlberg en Saxe en 1547. De partout l'empereur reçoit des déclarations de soumission. La ligue de Smalkalde semble dissoute. La Bohême est durement réprimée. Les princes protestants obtiennent alors l'appui du roi de France Henri II en échange du droit pour celui-ci d'occuper Metz, Toul, Verdun « et autres villes de l'Empire ne parlant pas allemand »[17]. Charles Quint laisse son frère, le futur empereur Ferdinand Ier signer la paix d'Augsbourg en 1555. Les sécularisations déjà accomplies de biens de l'Église catholique sont entérinées mais il est interdit à l'avenir de confisquer d'autres biens de l'Église. Les princes et les villes libres ont le droit de choisir leur religion mais les sujets sont obligés de professer la même religion que leur souverain, d'où l'adage : Cujus regio, ejus religio, Tel prince, telle religion. Les deux-tiers de l'Allemagne sont devenus protestants. La paix de 1555 met donc fin aux espoirs de l'empereur d'être le chef religieux en ses États, volonté affirmée avec force au Moyen Âge lors du conflit des investitures[6]. Charles Quint abdique en 1556. Son fils Philippe II reçoit l'Espagne et l'héritage bourguignon. Son frère Ferdinand reçoit les possessions autrichiennes et la couronne impériale. Ce dernier n'hésite pas à faire des concessions aux princes protestants quand l'intérêt de l'Empire l'exige. Après la mort de Ferdinand Ier en 1564, ses successeurs laissent l'autorité impériale s'affaiblir. De ce fait les sécularisations de biens de l'Église catholiques continuent malgré les clauses de la paix d'Augsbourg. Jacques Andreae, chancelier de l'université de Tübingen, publie Le Livre de Concorde en 1580, qui devient un des documents de base de la Réforme évangélique. De plus, la religion calviniste fait des progrès spectaculaires en Allemagne dans le dernier quart du XVIe siècle. Ses adhérents réclament les mêmes avantages que les Luthériens. Sous Rodolphe II (1576-1612), le pouvoir impérial continue à s'affaiblir : Il n'y a plus de véritable Reichstag ; les autres organes du gouvernement sont affaiblis ; l'Empereur est en butte à l'hostilité des Électeurs de l'Empire. Ceux-ci sont divisés en deux partis, le camp protestant comprenant aussi des calvinistes et des catholiques[17]. De nouveaux problèmes se posent à l'Empire : la reconnaissance du calvinisme, le droit de se convertir à la Réforme pour les villes de l'Empire, les nouvelles sécularisation de couvents et d'abbayes malgré les accords de 1555... Des alliances s'organisent. En 1608 est fondée l'Union évangélique qui regroupe les villes et les princes protestants, à l'exception de l'Électeur de Saxe et du duc de Brunswick-Wolfenbüttel. Maximilien de Bavière organise autour de lui la Sainte Ligue catholique en 1609 à laquelle adhèrent les trois Électeurs catholiques et le pape Paul V, que soutient Philippe III d'Espagne[19]. Sur le plan économique, la seconde moitié du XVIe siècle est marquée par la hausse des prix. Il existe plusieurs explications à ce phénomène. L'Espagne, qui a beaucoup emprunté aux Fugger, fait plusieurs fois banqueroute en 1557, entraînant dans son sillage la faillite de la banque d'Augsbourg en 1557. La monnaie se dévalue à cause de l'afflux d'or et d'argent du nouveau monde puis de l'altération des monnaies existantes, et ce jusqu'en 1623. La seconde explication est la forte croissance démographique qui raréfie et renchérit les denrées. Les villes de la Hanse sauf Hambourg déclinent lentement face à la concurrence des Provinces-Unies. Francfort devient cependant le principal centre de foires de l'Allemagne du Sud-Ouest. Effacement du Saint-Empire[modifier | modifier le code] Guerre de trente ans[modifier | modifier le code] Article détaillé : guerre de Trente Ans. Le nouvel empereur Habsbourg, Ferdinand II effraie les princes protestants. C'est un catholique intransigeant, il veut transformer ses couronnes électives en couronnes héréditaires et veut faire du Saint-Empire un vaste État centralisé. La guerre commence en 1618 à la suite de la défenestration de Prague, avec la révolte de l'aristocratie protestante de Bohême contre Ferdinand II. L'empereur les bat rapidement et confisque les biens de l'électeur palatin, calviniste, qui les avait soutenus. L'intervention du roi du Danemark, Christian IV, est un échec. L'empereur en profite pour promulguer en 1629 l'édit de Restitution qui lèse les intérêts des princes d'Allemagne du Nord. Les princes allemands inquiets parviennent à convaincre le roi Gustave II Adolphe de Suède d'intervenir à partir de 1630. Après la victoire de Breitenfeld en 1631, les troupes suédoises libèrent l'Allemagne du Nord et entrent en Allemagne du Sud. Le roi de Suède est tué lors de la bataille de Lützen le 6 novembre 1632. Les Suédois sont battus en 1634. Ferdinand II propose aux princes allemands une paix de compromis. C'est alors que la France entre dans le conflit à l'appel de princes allemands alliés. Richelieu veut abattre la puissance des Habsbourg qui représente à ses yeux un danger mortel pour la France. À partir de 1640, les difficultés intérieures de l'Espagne des Habsbourg permettent à la France et la Suède de reprendre l'avantage. En 1648, le maréchal de Turenne, allié aux Suédois, bat une armée impériale en Bavière et s'avance vers Vienne. Quelques mois plus tard la paix est signée. Les traités de Westphalie consacrent l'échec des ambitions des Habsbourg d'Autriche et l'affaiblissement définitif de l'autorité impériale en Allemagne. Les clauses de la paix d'Augsbourg de 1555 sont confirmées. Les calvinistes peuvent bénéficier des mêmes avantages que les luthériens. Il est désormais interdit à la Diète de prendre des décisions en matière religieuse autrement qu'à l'unanimité. La guerre, la paix, la levée et le commandement de l'armée relèvent désormais du vote de la Diète. Ce n'est donc plus l'empereur qui conduit la politique extérieure de l'Empire. Plus humiliant pour l'empereur, les États ont le droit d'entrer dans des alliances contre lui[6]. Ceci a pour conséquence le renforcement du pouvoir des 350 États allemands. Le duc de Prusse reçoit la Poméranie orientale, et les évêchés sécularisés de Minden, Halberstadt, et Magdeburg[20]. La guerre a causé des ravages immenses. La population a diminué de près de 50 %[21]. Les armées qui sillonnent l'Empire amènent avec elles les épidémies, la première cause de mortalité pendant la guerre de Trente Ans. Elles amènent aussi la famine car elles se nourrissent sur le pays, ne laissant rien à manger aux populations occupées. La forte baisse de la nuptialité et de la natalité contribue aussi au dépeuplement. Enfin certains préfèrent émigrer pour fuir les troubles. À la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, un grand nombre d'Allemands émigrent dans l'Empire d'Autriche pour s'installer dans les régions fertiles et peu habitées de Hongrie, de Vojvodine, de Galicie et de Bucovine[12]. Émergence des États au sein du Saint-Empire[modifier | modifier le code] Article détaillé : Relations entre l'Allemagne et l'Autriche. À partir de 1663, le Reichstag, devenu « perpétuel », siège à Ratisbonne. Les États ont les plus grandes difficultés à se mettre d'accord et les débats sont souvent très longs. L'empereur et les princes n'y siègent donc plus. Le Reichstag devient alors une assemblée de diplomates et perd une grande partie de son importance dans les relations internationales[6]. Dans ce domaine, les États nationaux les plus importants, la Bavière, la Saxe et surtout l'Autriche et la Prusse affirment leur indépendance et parfois même leurs rivalités. Au XVIIIe siècle, Frédéric II et Marie-Thérèse d'Autriche, soutenus par leurs alliés respectifs allemands et étrangers, s'affrontent dans deux guerres pour la possession de la Silésie[6]. Les Allemands restent cependant attachés à l'idée d'empire. À la suite du traité de Westphalie, on assiste à un statu quo relatif, qui va permettre un accroissement des échanges entre les États allemands. La vie intellectuelle, qui était demeurée assez terne après la Réforme, prend un nouvel éclat, d'abord à partir de la fin du XVIIe siècle (avec Leibniz), et plus encore au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. L'Allemagne devient en effet un des carrefours de l'Europe des Lumières, s'ouvrant aux influences anglaises (Shakespeare traduit par Friedrich Schlegel), et françaises (voyage de Voltaire en Prusse et forte influence du pré-romantisme de Jean-Jacques Rousseau et de Bernadin de Saint-Pierre). S'y concrétisent ainsi deux mouvements essentiels de la modernité culturelle : le Romantisme, issu du Sturm und Drang, et qui s'affirmera avec le cercle d'Iéna ; et l'Aufklärung qui parachève la philosophie française et anglaise des Lumières. L'Émergence des États s'effectue également par celle d'un marché de la dette publique. La Francfort Wertpapier Boerse créée en 1585 par des marchands pour établir un cours unique des monnaies, devenue une bourse aux effets de commerce au XVIIe siècle, centralise depuis la fin du XVIIIe siècle la négociation de la dette publique. La Banque de Bethmann innove en fragmentant et revendant, par appel à l’épargne publique, les prêts souverains à François Ier d'Autriche[22], engrangeant des profits supérieurs à ceux de l’ensemble des autres banques allemandes. Révolution française[modifier | modifier le code] Articles détaillés : Relations entre l'Allemagne et la France et République de Mayence. Les annexions à l'Empire français en 1811 sont représentées en vert clair. En 1789, la Révolution française est admirée par le monde intellectuel et universitaire : les poètes Klopstock et Goethe, les philosophes Kant et Fichte, s'enthousiasment devant la Déclaration des droits de l'homme. Des clubs se créent à Mayence sur le modèle jacobin, et vont bientôt demander le rattachement de leur ville à la nation française. Dès 1792, la France envahit la rive gauche du Rhin, et les sentiments envers la Révolution changent. Le sentiment national, à l'origine l'apanage des intellectuels, se popularise avec l'annexion de la Rhénanie par la France. En 1803, le premier consul Napoléon Bonaparte réorganise, par le Recès d'Empire, le Saint-Empire qui passe de plus de 300 États à une centaine. Toutes les principautés ecclésiastiques sont supprimées, ainsi que la plupart des villes libres. Après les batailles d'Austerlitz et d'Iéna, mis à part l'Autriche et la Prusse, tous les dirigeants des États allemands se retrouvent sous l'influence directe de la France : le 12 juillet 1806, seize États allemands signent le traité de la Confédération du Rhin par lequel ils s'unissent et acceptent la France comme leur protecteur, en échange de quoi ils fournissent des troupes et fidélité. Le nombre des États membres passe plus tard à 35. Il est cependant à distinguer le cas des alliés qui doivent à la France un soudain accroissement de puissance (royaumes de Bavière et de Wurtemberg), et celui des États vassaux, dirigés par un membre de la famille Bonaparte (la Westphalie). Le 6 août 1806, le dernier empereur du Saint-Empire romain germanique, François II, se soumet à un ultimatum de Napoléon Ier. Il renonce à la couronne impériale et délie tous les États allemands de leur fidélité : c'est la fin du Saint-Empire[23]. Le blocus continental contre le Royaume-Uni pousse Napoléon Ier à annexer une partie des États allemands : Hambourg, Brême, Münster, Aix-la-Chapelle, Mayence et Coblence deviennent des chef-lieux de départements français. Dans les différentes régions, la présence française est source de mécontentement. Les armées françaises présentes sur le territoire vivent de réquisitions. Le blocus continental limite les échanges commerciaux même s'il permet le développement de la production de charbon dans la Ruhr en remplacement des importations anglaises. Le nationalisme allemand naît de la défaite française en Russie, même si la défaite prussienne d'Iéna l'avait déjà préparé en donnant lieu au Discours à la nation allemande de Fichte. L'anéantissement de la grande armée lors de la retraite de Russie provoque une guerre de libération qui s'achève avec le retrait français en novembre 1813 après la défaite de Leipzig. Transformations du XIXe siècle[modifier | modifier le code] Évolutions politiques[modifier | modifier le code] Après le congrès de Vienne (septembre 1814 - juin 1815), le défunt Empire est remplacé par la Confédération germanique (« Deutscher Bund ») qui regroupe 39 États sous la direction honorifique des Habsbourg qui ne porte plus que le titre d'empereur d'Autriche. Elle est dotée d'une Assemblée confédérale composée d’émissaire des princes et des Villes libres, qui siège au palais de Thurn und taxis à Francfort-sur-le-Main jusqu'en 1866[24]. En fait cette confédération ne peut fonctionner que dans le cas d'une entente entre la Prusse et l'Autriche. Mais l'Empire des Habsbourg ne compte que 6,5 millions d'Allemands sur 20 millions d'habitants et poursuit une politique d'extension territoriale vers le monde slave. La puissance prussienne commence alors à peser sur les territoires de langue allemande en dehors de l'Autriche, bien que l'empire autrichien continue lui aussi à exercer son influence. L'impuissance de la Confédération contribue à l'apparition du romantisme historique, un courant de pensée qui idéalise le Moyen Âge et rêve de l'établissement d'une société d'ordres très structurée dans laquelle chaque individu serait susceptible de s'épanouir. Celui-ci contribue au renouveau du catholicisme allemand mais n'a que peu d'influence sur l'évolution politique des États. Le courant libéral, en revanche, s'inspire des modèles français et britannique pour réclamer une constitution avec un parlement élu au suffrage censitaire, ainsi que des libertés individuelles garanties par l'État. Un nombre de petits États, mais par la suite aussi les trois États du Sud, le Wurtemberg, le Pays de Bade et la Bavière, introduisent de telles constitutions avant 1820. Pendant la même période, en 1817, des étudiants nationalistes organisent la fête de la Wartbourg, réclamant l'unité allemande, suivie par d'autres manifestations allant dans le même sens. Le 23 mars 1819, un étudiant allemand poignarde August von Kotzebue, dramaturge russe et serviteur du tsar. Cet événement sera le déclencheur d'une série de durcissement de la législation allemande qui entraîne un climat de censure et de surveillance dans les États allemands, dont celle des imprimés qui sera maintenue jusqu'en 1848[24]. À ces aspirations à l'unité politique ne se mêle pas seulement un sentiment de francophobie héritée des guerres napoléoniennes, mais aussi des sursauts d'antisémitisme, comme lors des émeutes Hep-Hep. Les partisans de l'unité, qui se recrutent principalement dans les milieux universitaires nationalistes avant d'être rejoints par des intellectuels libéraux, fustigent la faiblesse de la Confédération qui n'a aucun poids sur la scène internationale et qui dépend du bon vouloir de ses deux « grandes puissances », l'Autriche et la Prusse. Après la Trois Glorieuses en juillet 1830 en France, une vague constitutionnaliste s'étend en Allemagne comme dans le comte de Brunswick où son souverain Charles II est chassé, remplacé par son frère qui en place une Charte constitutionnelle. ou en Saxe où le roi cède sa place à son neveu promulgue une Constitution inspirée de l'Allemagne du Sud. Une manifestation est organisée au château de Hambach le 27 mai 1832, rassemblant entre 20.000 et 30.000 personnes réclamant des réformes constitutionnelles, la liberté de la presse et l’unité nationale. En réaction, les princes allemands durcissent une nouvelle fois leurs pouvoir, en interdisant les associations. De nombreux intellectuels décident de s'exiler, en Suisse particulièrement. Cinq ans plus, les Sept de Göttingen, un groupe d'intellectuels dont les frères Grimm, dénoncent le nouveau roi de Hanovre, [[Ernest-Auguste Ier]] qui a invalidé la Constitution de 1833. Ils seront destitués de leur chaires, hissés comme des symboles nationaux de la résistance libérale par le peuple allemand[24]. Printemps des peuples dans les États allemands[modifier | modifier le code] Article détaillé : Révolution de mars. La révolution de 1848, dite révolution de mars à Berlin. En 1848, à la nouvelle des révolutions parisiennes, l'Allemagne s'embrase. Les révolutionnaires soutiennent des revendications d'unité nationale, de liberté et de démocratie, inscrites dans les « Revendications de Mars », un texte dont la rédaction a commencé à Mannheim, dans le Sud de l'Allemagne[24]. Quelques patriotes réunis à Heidelberg, dans le grand-duché de Bade, réclament l'élection d'une assemblée constituante élue au suffrage universel et concernant tous les Allemands. Les dirigeants des 39 États, déstabilisés par les mouvements révolutionnaires laissent faire. L'assemblée se réunit à Francfort et décide en mars 1849, après de longues tractations, de transformer la confédération germanique en un État fédéral avec un empereur à sa tête. Lors des débats était apparu la question des limites de ce nouvel État fédéral. Pour certains députés, les autrichiens germanophones doivent faire partie de cette union. Toutefois les peuples non-germaniques posent problème, l'objectif étant de former un État-nation. C'est donc la solution dominée par la Prusse, dite solution petite-allemande, c’est-à-dire sans l'Autriche, qui emporte finalement la décision. Pendant le même temps, à Berlin, la révolution éclate le 13 mars 1848. Après des batailles de rues entre les révoltés et l'armée, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV promet de retirer ses troupes et de réunir la Diète. Elle est réunit en mai 1848 mais dissoute par la force en décembre de la même année, quand les rapports de force se sont inversés. Frédéric-Guillaume IV ne veut tenir son pouvoir que de dieu. Il refuse d'ailleurs la couronne que lui propose le parlement de Francfort, ce qui provoque sa dispersion. Frédéric-Guillaume IV propose alors, en vain, une union allemande avec, d'une part, l'Empire d'Autriche et, d'autre part, un Empire allemand dont il serait le souverain. L'Autriche rejette cette idée et met fin aux ambitions prussiennes lors de la conférence d'Olmütz. Les révolutions de 1848 échouent à faire l'unité allemande « par le bas », autrement dit par le peuple, elle donne toutefois de manière temporaire souvent des constitutions aux États allemands. L'échec du Vormärz va aboutir à créer tout un état d'esprit réaliste et désenchanté, incarné par toute une littérature (Wilhelm Raabe, Theodor Fontane, Gustav Freytag, Friedrich Spieghalen…). Pour certains[25], un tel état d'esprit va frayer la voie à la realpolitik bismarckienne. Étapes de l'unité allemande[modifier | modifier le code] Article détaillé : Unité allemande. Guillaume Ier et sa femme Augusta. Proclamation de l'Empire allemand le 18 janvier 1871 dans la galerie des glaces de Versailles. Dans les années 1850, la Confédération germanique s'industrialise. Le Zollverein (union douanière), la constitution d'un réseau ferré nécessairement transfrontalier, l'adoption d'une monnaie de compte unique par presque tous les États de la Confédération sont autant d'éléments d'une unité économique qui précède l'unité politique autour de la Prusse. Le courant unitaire qui était peu actif depuis l'échec du parlement de Francfort renaît en 1859. Le Nationalverein (union nationale) reprend largement les idées développées en 1848. Mais l'unité allemande est largement l'œuvre d'Otto von Bismarck. Ce noble prussien aux opinions très conservatrices représente la Prusse à la diète de Francfort de 1851 à 1859. Il en acquiert la conviction qu'il n'y a pas de place pour deux puissances en Allemagne. Il pense que tôt ou tard l'affrontement se produira entre les deux États. C'est Guillaume Ier, roi de Prusse depuis 1861 qui l'appelle au poste de Ministerpräsident (premier ministre) en 1862 pour résoudre le conflit entre le Landtag, le parlement prussien, et le roi au sujet de la réforme de l'armée Heeresreform. Il instaure un gouvernement autoritaire et gouverne par décret, ce qui permet l'organisation d'une armée nombreuse, efficace et bien armée. En effet, « le fer et le sang » sont pour Bismarck les moyens de réaliser l'unité allemande par le haut, c'est-à-dire sans le consentement des peuples. La courte guerre des Duchés en 1864 est la première étape de l'unité allemande. Le Schleswig, peuplé d'Allemands et le Holstein, peuplé à la fois par des Allemands et des Danois sont des propriétés personnelles du roi du Danemark sans faire partie de son royaume. En 1863, ce dernier les incorpore à son royaume. Ceci entraîne une guerre de la Confédération germanique menée par la Prusse et l'Autriche contre le Danemark en 1864. La rapide victoire permet à l'Autriche d'obtenir l'administration du Holstein et la Prusse, celle du Schleswig. Pour Bismarck, cet arrangement est provisoire. Il attend le moment propice pour affronter l'Autriche. Après s'être assuré la neutralité bienveillante de la France et l'alliance italienne grâce à l'entremise française, la Prusse multiplie les provocations à l'égard de l'Autriche et, sous un prétexte futile envahit le Holstein. Dans la guerre austro-prussienne qui s'ensuit, l'Autriche, bien que bénéficiant du soutien de la Confédération germanique, est sévèrement battue à la bataille de Sadowa le 3 juillet 1866. Quand l'armistice est signée le 22 juillet 1866, les armées prussiennes ne sont plus qu'à 60 km de Vienne. La Prusse qui bénéficie toujours du soutien français annexe le Schleswig-Holstein, le royaume de Hanovre, le duché de Nassau et la Hesse, ce qui permet à la Prusse d'avoir un État d'un seul tenant, de former la Confédération de l'Allemagne du Nord excluant l'Autriche et dans laquelle les États catholiques du sud de l'Allemagne refusent de rentrer. Aucun plébiscite n'est organisé pour s'assurer de l'accord de peuples concernés par les annexions. L'unification se fait bien par le haut. En 1867, la Confédération d'Allemagne du Nord regroupe donc 21 États. Chaque État garde son gouvernement local mais il existe au-dessus un gouvernement fédéral dirigé par le président, Guillaume Ier et le chancelier fédéral, Bismarck et comprenant deux chambres, le Bundesrat et le Reichstag. Il existe une armée commune composée des armées de chaque membre. Pour achever l'unité allemande, le chancelier doit combattre les sentiments anti-prussiens des États du Sud. Les maladresses de Napoléon III lui permettent de dresser l'opinion publique de tous les États contre la France. En effet, après l'éclatante victoire de la Prusse, l'empereur des Français qui n'avait jusque-là rien réclamé, demande des compensations pour sa neutralité, des territoires sur la rive gauche du Rhin d'abord, puis le Luxembourg. Bismarck a l'habileté de rendre publiques ces revendications qu'il qualifie de politique des pourboires. Article détaillé : relations entre l'Allemagne et la France. En 1870, une nouvelle pomme de discorde surgit entre les deux États. Les Espagnols qui ont chassé leur reine, proposent dans le plus grand secret le trône à Guillaume de Hohenzollern-Sigmaringen, petit-cousin du roi de Prusse. Quand cette proposition est connue début juillet 1870, le France s'émeut. Elle ne veut pas d'un souverain prussien au sud. Dans un premier temps, Guillaume Ier assure à l'ambassadeur français, Benedetti qu'il ne s'opposera pas à un retrait de la candidature Hohenzollern en Espagne. Bismarck, dépité, songe à démissionner. Mais la France s'obstine et demande la garantie officielle que le roi s'opposera à toute nouvelle candidature Hohenzollern. Guillaume éconduit l'ambassadeur et fait part de la rencontre dans un télégramme, la dépêche d'Ems, que Bismarck, qui n'en attendait pas tant, s'empresse de publier en durcissant le ton dans le but de provoquer la France. Les États allemands voient dans l'insistance française un désir de les humilier. La France, ulcérée par la publication du télégramme déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. La guerre franco-allemande commence. L'impréparation française la conduit au désastre alors que les États d'Allemagne du Sud acceptent dès novembre 1870 d'entrer dans la Confédération d'Allemagne du Nord et que l'Empire allemand est proclamé le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, jour anniversaire de couronnement du premier roi de Prusse à Koenigsberg en 1701. La défaite française a fini de sceller l'unité allemande. Le traité de Francfort est signé le 10 mai 1871. la France cède à l'Empire allemand le Nord de la Lorraine et l'Alsace sauf Belfort. L'antagonisme franco-allemand naît de cette annexion. L’Empire allemand n’est pas rigoureusement un État-nation. Des Polonais, des Danois y sont englobés alors que les Allemands de l'Empire d'Autriche en sont exclus. Empire allemand[modifier | modifier le code] Le Kaiserreich ou Empire allemand proclamé en 1871 est un État fédéral de 540 700 km[26] comprenant vingt-cinq États. Chacun conserve un gouvernement souverain dans tous les domaines qui ne relèvent pas de la compétence du Reich. Les différents souverains des États sont les détenteurs de souveraineté de l’Empire. Ils siègent au Bundesrat, qui possède un droit de veto sur toutes les décisions du Reichstag. Le KaiserReich, un empire des princes, apparaît néanmoins comme un « État national imparfait » car il laisse à l’écart des populations de culture germanique tout en intégrant des peuples qui ne sont pas de langue allemande comme les Danois, les Polonais et les Français[27]. L'Empire allemand garde la Constitution de la Confédération d'Allemagne du Nord, qui prévoit l'élection d'un Reichstag au suffrage universel masculin. Celui-ci vote le budget et les lois. Il possède même l’initiative des lois. Mais le pouvoir réel est détenu par l'empereur et ses conseillers. Guillaume Ier fait tout confiance à Bismarck jusqu'à sa mort en 1888. Jusqu'en 1878, le chancelier s'allie aux libéraux et prend des mesures pour stimuler l'économie. C'est aussi la période du Kulturkampf, le conflit religieux et politique qui opposa l'État bismarckien à l'Église catholique et au parti du Centre[28]. Le Kulturkampf a en fait comme objectif de réduire des particularismes pour renforcer l'unité de l'Empire. Elle vise donc en premier lieu l’Église catholique et sa prétention à contester la sphère d’intervention de l’État. Elle touche également les minorités vivant aux marges de l’Empire qui subissent une politique d’assimilation culturelle agressive. En 1876, l’allemand devient seule langue administrative dans les régions orientales où les Polonais sont nombreux. Il devient obligatoire à l’école primaire. En Alsace-Lorraine, les lois de 1873 établissent un contrôle direct de l’État sur l’organisation de l’enseignement primaire et secondaire[27]. Le Kulturkampf rencontre la résistance farouche des catholiques allemands, qu'ils soient rhénans (le cardinal de Cologne) ou bavarois, ce qui amène la constitution du Zentrum, parti chrétien-démocrate. Bismarck, finalement désapprouvé par l'empereur, doit transiger et rétablir l'Église dans ses droits, en matière d'enseignement notamment[29]. Dans les années 1880, des lois sur la sécurité sociale sont votées. L'Allemagne en 1871 En 1878, Bismarck promulgue des lois d'exception contre le socialisme alors en plein développement. Il essaie aussi de se rallier les ouvriers et de les intégrer à la nation en construction par l'institution d'un système général de sécurité sociale, le premier au monde. Il quitte aussi l'alliance avec les libéraux et noue une alliance avec les conservateurs. sur le plan extérieur, il conclut la Triple-Alliance avec l'Autriche et l'Italie, en 1882, et signe un pacte de contre-assurance avec la Russie en 1887. Il s'engage aussi dans une politique coloniale[29]. Le fils de Guillaume Ier, Frédéric III, ne règne que 99 jours. La couronne échoie donc à Guillaume II qui force Bismarck à démissionner en 1890. Dans l’Allemagne de Guillaume II, le gouvernement du Reich ne correspond plus à celui de la Prusse. Le Reichstag prend le pas sur le Bundesrat. Le nationalisme allemand change de visage. Il n'est plus désormais associé à l'unité du peuple allemand dans un même État. Il est désormais associé à la défense de l'Empire allemand et prend une dimension plus conservatrice. L’abandon de l’alliance avec la Russie, dès 1890 se comprend dans la nouvelle optique nationaliste car elle est jugée dangereuse pour l’alliance avec l’Autriche. la Ligue pangermaniste, fondée en 1894, connaît un rapide succès. Elle veut rassembler tous les germanophones, germaniser les allogènes du Reich, récupérer les provinces perdues, et s’emparer aussi des terres nécessaires au développement de la race allemande. Elle encourage donc le colonialisme : « L’égoïsme sain de la race nous commande de planter nos poteaux-frontières dans le territoire étranger »[26]. Les Allemands s’emparent des actuels Cameroun, Togo, Tanzanie et Namibie en Afrique et des îles Carolines dans le Pacifique. Les populations de ces colonies sont condamnées aux travaux forcés et doivent fournir les matières premières pour l’industrie allemande. En Allemagne, le parti social-démocrate grandit progressivement jusqu'à devenir pour un temps le parti socialiste le plus puissant d'Europe (un million d'adhérents), remportant un tiers des votes lors des élections de janvier 1912 au Reichstag. Cet essor ne s'est pas fait sans problème : ainsi une rupture va se faire entre les révisionnistes (sociaux-démocrates) d'Henry Bernstein et les orthodoxes (marxistes) de Kautsky en 1896. Le gouvernement reste toutefois entre les mains d'une lignée de partis conservateurs (la quasi-totalité des ministres sont aristocrates), soutenus par le clergé catholique et très dépendants des faveurs du Kaiser. Économie et société[modifier | modifier le code] Naissance d'une grande nation industrielle[modifier | modifier le code] Articles détaillés : Révolution industrielle en Allemagne et Économie de l'Empire allemand. Les États allemands sont touchés par l'industrialisation et l'urbanisation, même si la population est encore largement rurale (64 %) au moment de l'unité allemande. Le « décollage industriel » date de la période 1850-1870, selon l'économiste Rostow[30]. Entre cette date et 1870, l'exploitation du charbon de la Ruhr connaît une forte augmentation. Les industries textile et sidérurgique se modernisent. Le recours au procédé Bessemer amène par exemple Krupp, à multiplier ses effectifs par onze en dix ans : 700 hommes en 1855, 1 800 en 1860, 8 100 en 1865[31]. En 1865, la fondation de la Badische Anilin Soda Fabrik est à l'origine de la prépondérance de l'Allemagne dans l'industrie chimique. Les chemins de fer s'étendent : 600 km de lignes en 1850, 11 000 en 1860 et 20 000 en 1870, année où l'État assume la moitié du financement[32]. Ils sont à l'origine du décollage industriel allemand[32], grâce à la loi prussienne sur le rail de 1838 et au soutien de Louis Ier de Bavière. Une monnaie de compte commune à tous les États allemands, le thaler d'union, est créé en 1857 sur le modèle du thaler prussien. Le Zollverein, espace intérieur sans droit de douane créé à l'initiative de la Prusse, s'étend progressivement à tous les États allemands, sauf les villes hanséatiques, entre 1828 et 1858. L'union politique été précédée par une union économique autour de la Prusse, et ses institutions, le Gewerbeinstitut foundé en 1829 et le Seehandlung, compagnie de commerce maritime fondée en 1772. Les victoires prussiennes de 1866 et 1870 sont celle d’une armée adaptée à la civilisation industrielle. Le canon Krupp en acier et fusil Dreyse surclassant les armes autrichiennes et françaises. L'état-major prussien utilise efficacement les chemins de fer et le télégraphe que l'État a encouragé dans les deux décennies précédant la guerre. Cette armée prussienne moderne, Bismarck et son équipe l’ont voulue et construite avant la confrontation. La victoire dans la guerre austro-prussienne est finalement celle d’une puissance industrielle qui pèse de plus en plus lourd face à l’Autriche et même à la France qui connaît une industrialisation beaucoup plus limitée. Le pays connaît à nouveau une très forte croissance économique entre 1870 et 1910. La sidérurgie allemande vit une formidable expansion car elle profite mieux des procédés Bessemer et surtout Thomas (1877), grâce à un charbon plus abondant qu'en France, même s'il est moins rentable, exploité dans les mines de la Ruhr. En 1910, la production allemande d'acier représente même le double de la production britannique. La science et la technologie allemandes, soutenues par un système de recherche et d'enseignement universitaire très élaboré, ont alors une réputation d'excellence mondiale[29]. Les biens manufacturés s'imposent sur les marchés étrangers, une tendance durable que les mesures protectionnistes, comme le label discriminatoire made in Germany, ne parviennent pas à enrayer. Évolutions de la société[modifier | modifier le code] En 1815, on compte 20 millions d'habitants dans la Confédération germanique, Autriche exclue. Ils sont 30 millions en 1840, 38 millions en 1850. Au total, la population allemande triple en un siècle. Cette forte augmentation de la population est due à un taux de natalité élevé tout au long du siècle et à une baisse progressive du taux de mortalité, comme dans la plupart des États européens (France exclue). Cette vigueur démographique entraîne une forte émigration des Allemands principalement vers les États-Unis. Entre 1850 et 1870, les émigrants allemands représentent un quart des migrations européennes. Ce flux s'accentue à la fin du XIXe siècle. Dans l’Allemagne du début du XIXe siècle, les catholiques et les protestants sont à peu près à égalité. À partir des années 1850, l’industrialisation du Nord de l'Allemagne creuse l’écart social entre catholiques et protestants. De plus, la fondation de l’Empire sans l’Autriche et sous l’égide de la Prusse renforce la domination politique et numérique des protestants. En effet, 62 % de la population du Reich est protestante en 1910. Les catholiques allemands constituent donc une minorité religieuse, dominée politiquement et économiquement. En 1907, 26 % des fonctionnaires sont catholiques alors qu'ils représentent 37 % de la population. Ils sont aussi sous-représentés dans le patronat[33]. Vers la guerre[modifier | modifier le code] À l'étranger, les efforts coloniaux allemands initiés en 1884 mais surtout relancés sous Guillaume II, n'aboutissent qu'à un petit empire d'outre-mer comparé à ceux du Royaume-Uni et de la France. Il se compose du Cameroun, de la Namibie du Sud-est Africain de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de l'archipel Bismarck. La politique étrangère qui en découle (notamment des programmes et lois permettant la création d'une importante flotte de guerre en 1898 en 1900 — lois Alfred von Tirpitz, mais aussi les crises provoquées sur la question marocaine, et le soutien de l'Allemagne à la république d'Orange, lors de la Seconde Guerre des Boers) indispose le Royaume-Uni, inquiet de la montée en puissance de l'Allemagne. De plus, l'empereur Guillaume II est très influencé par le milieu des officiers prussiens, garant de la solidité de l’empire, tout auréolé de ses succès du milieu du XIXe siècle et ayant forgé l’unité allemande face à l’Autriche et à la France. Pour l’empereur, la guerre, un conflit localisé dans les Balkans notamment, peut être une solution pour résoudre les problèmes territoriaux. Sur le plan stratégique, la triple entente signée entre la France, la Russie et le Royaume-Uni au début du XXe siècle, oblige le haut état-major allemand à élaborer un nouveau plan militaire, le plan Schlieffen, entre 1898 et 1905. Contrainte de combattre sur deux fronts en cas de guerre, l’Allemagne choisit en conséquence de faire porter tous les efforts sur une rapide victoire à l'ouest. Ce n'est qu'une fois la France vaincue qu'elle prévoit de se retourner contre la Russie, dont la mobilisation sera nécessairement plus lente. Pour être appliqué, ce plan élaboré par von Schlieffen obligerait cependant l’Allemagne de Guillaume II à prendre l’initiative des opérations militaires. Dans le Reich, la psychose de l’encerclement est très présente. Guillaume II craint en effet un développement rapide de la Russie grâce aux capitaux français, et sait que, du jour où la Russie aura comblé son retard, l'Allemagne n'aura plus la possibilité d'emporter une guerre contre la Triple Entente. Il semble ainsi nécessaire de provoquer les hostilités avant qu'il ne soit trop tard. XXe siècle[modifier | modifier le code] Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code] Après l'attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914, l'Allemagne soutient son seul allié sûr, l'Autriche-Hongrie face à la Serbie. Si le gouvernement sait qu’il y a risque de guerre, il le pense limité. C’est la politique dite « du risque calculé » définie par le chancelier Bethmann-Hollweg. Quand, le 28 juillet, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, le mécanisme des alliances se met en marche et aucun chef d’État ne l’arrête. Le 30 juillet, la Russie, alliée de la Serbie mobilise. Le 1er août, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie ; la France mobilise. Le 3 août, l'Allemagne qui doit prendre l’initiative militaire suivant le plan Schlieffen, déclare la guerre à la France. Le 4 août, elle envahit le territoire de la Belgique neutre. Le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne. C'est le début de la Première Guerre mondiale. Sur le front occidental, malgré d'importantes victoires au début du conflit, l'armée allemande est stoppée lors de la bataille de la Marne. Après une rapide course à la mer, les deux camps s'enterrent dans une guerre de tranchées qui dure jusqu'à la fin du conflit. Sur le front oriental, par contre, l'armée allemande enchaîne les victoires contre la Russie tsariste, jusqu'à la révolution d'octobre et la paix de Brest-Litovsk signée par Lénine le 3 mars 1918. La révolution allemande de novembre 1918 renverse le Kaiser Guillaume II qui est forcé de s'exiler en novembre 1918. À la tête de la délégation allemande Matthias Erzberger mène les négociations et signe le 11 novembre 1918 l'armistice dans la forêt de Compiègne à côté de Rethondes. L'Allemagne après le traité de Versailles. Le 28 juin 1919, le traité de Versailles marque officiellement la fin de la guerre. Il est signé dans la galerie des Glaces de Versailles, l'endroit même où le second Reich avait été proclamé. L'Allemagne signe à contre-cœur ce texte qui avait été négocié sans elle. À l'ouest, l'Allemagne rétrocède l'Alsace-Lorraine à la France, Eupen et Malmédy à la Belgique, le Schleswig du Nord au Danemark. La Pologne recréée obtient la Posnanie allemande, une partie de la Haute-Silésie et le corridor de Dantzig qui lui assure une ouverture à la mer tout en séparant la Prusse-Orientale du reste de l'Allemagne. En fin de compte, l'Allemagne se voit amputée de 13 % de son territoire, plus de 43 000 km, et de plus d'un neuvième de sa population (entre 6,5 et 7,3 millions de personnes). De plus, elle doit payer de lourdes réparations à la France et à la Belgique. République de Weimar[modifier | modifier le code] Article détaillé : République de Weimar. La montée du NSDAP au Reichstag. Créée à la suite de la révolution, la République de Weimar est un État constitutionnel libéral et démocratique, porté par la coalition de Weimar composée de sociaux-démocrates, de catholiques et de libéraux. Mais elle est née sous le signe de la défaite militaire, les démocrates sont trop peu nombreux à s'engager pour elle. Lors des premières années, elle doit lutter contre des révoltes de gauche et de droite (1919-1923), en particulier la Révolte spartakiste de Berlin, puis le Putsch de Kapp. La question des réparations de guerre empoisonne les relations avec la France et entraîne l'occupation de la Ruhr par l'armée française ; la monnaie allemande s'effondre, provoquant l'hyperinflation de 1923. Les années suivantes, sous la pression des États-Unis qui ont beaucoup investi dans l'industrie allemande, la France accepte une politique de réconciliation (accords de Locarno, 16 octobre 1925). Une succession de gouvernements de coalition rétablirent un ordre et une prospérité relative jusqu'à la Grande Dépression en 1930. La nouvelle crise économique combinée avec le souvenir de l'hyperinflation de 1923 et les oppositions nationalistes luttant contre les conditions du traité de Versailles minèrent le gouvernement de l'intérieur et de l'extérieur. Adolf Hitler et son Parti national-socialiste des Travailleurs allemands (NSDAP - voir nazisme) insistèrent sur ses difficultés et sur le chômage grandissant. Des bagarres de rues incessantes opposent communistes et nazis. En défendant une doctrine nationaliste et raciste et en promettant de redonner du travail aux chômeurs, les nazis attribuaient les malheurs de l'Allemagne à de prétendus complots juifs, soutenant même que la Première Guerre mondiale avait été perdue à cause d'une trahison juive (la Dolchstoßlegende). Le Parti communiste allemand (KPD) adopte la ligne dure voulue par Staline, la « classe contre classe », qui empêche toute alliance avec le Parti social-démocrate (SPD). Montée et chute du nazisme[modifier | modifier le code] Article détaillé : Troisième Reich. Après le succès du NSDAP (parti nazi) aux élections de juillet, puis de novembre 1932 (premier parti, sans toutefois disposer de la majorité au Reichstag), Hitler, désormais incontournable, fut nommé Reichskanzler (chancelier) par le président Paul von Hindenburg le 30 janvier 1933 grâce à l'aide des monarchistes, des magnats de l'industrie et des partis conservateurs comme le Parti nationaliste (DNVP). Hitler réussit à convaincre Ludwig Kaas et les dirigeants du Zentrum à voter la loi des pleins pouvoirs (23 mars 1933). Très rapidement la dictature nazie se mit en place, par une série de lois qui orientèrent toute l'économie du pays vers le réarmement. Après la mort du président Hindenburg le 2 août 1934 et le plébiscite du 19 août 1934, Hitler réunit les deux rôles de président et de chancelier sous le titre de Führer de l'Allemagne. Une fois au pouvoir, il commença par abolir les libertés démocratiques et les partis de l'opposition, débutant ainsi le Troisième Reich. Les opposants politiques, en particulier socialistes, communistes et syndicalistes, sont envoyés dans les camps de concentration nazis. En six ans, le parti nazi prépara l'Allemagne à la guerre en relançant l'industrie de l'armement et édicta des lois discriminatoires contre les juifs. En 1938, l'Anschluss de l'Autriche et l'incorporation des régions habitées par des Allemands des Sudètes et appartenant à la Tchécoslovaquie concrétisent le rêve ancien d'une Grande Allemagne. Le 15 mars 1939, l'Allemagne occupe et démembre ce qui reste de la Tchécoslovaquie[34]. Le 23 mars 1939, l'armée allemande occupe la ville libre de Memel en Lituanie[35]. Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code] L'Allemagne envahit l'ouest de la Pologne le 1er septembre 1939. La Grande-Bretagne puis la France déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. L'URSS envahit l'est de la Pologne le 17 septembre. La Seconde Guerre mondiale vient de démarrer. L'Allemagne est alliée principalement au Japon et à l'Italie, et les trois forment l'Axe. Le territoire allemand s'étend progressivement. La ville libre de Dantzig, la Pologne-Occidentale, comprenant les provinces de Prusse-Occidentale, de Pozna?, de Haute-Silésie et de Lodz sont annexées[36]. Puis c'est au tour du Luxembourg et de l'Alsace-Lorraine en 1940. En 1941, après l'invasion de la Yougoslavie, les Allemands partagent la Slovénie avec les Italiens et annexent la partie nord-est du pays. Le 22 juin 1941, l'Allemagne nazie attaque l'Union soviétique. Elle prend le contrôle des parties de la Pologne qui avaient été annexées par l'URSS en 1939 conformément au Pacte germano-soviétique. Le district de Bialystok est ainsi rattaché à la Prusse-Orientale[36]. L’Allemagne occupe la France, la Yougoslavie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Finlande, la Norvège, le Danemark, la Roumanie, la Grèce, l'Italie après la chute de Mussolini, l'Afrique du Nord, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, et une partie de la Russie (elle est stoppée devant Moscou, et accuse l'année suivante une défaite majeure à Stalingrad). Après des succès initiaux, le cours de la guerre change en 1943, notamment en juillet, où, sur le Front de l'Est, Hitler opte pour la défensive ; ce mois-là, les Alliés initient de plus un second front en débarquant en Sicile. Le gouvernement nazi tente d'éliminer la population juive d'Allemagne, d’abord en lui faisant quitter l’Allemagne par des mesures discriminatoires, puis dans les pays conquis par la déportation dans des camps de concentration, enfin par un génocide (Shoah), décidé lors de la conférence de Wannsee et mis en œuvre (entre autres) dans des camps d'extermination. Il applique la même politique aux populations tziganes, ainsi qu'aux homosexuels et aux handicapés — groupes qui, selon les dogmes nazis inspirés par les spéculations eugénistes, sapaient la pureté de la race aryenne. Après le mois d'octobre 1944, l’Allemagne est écrasée sous les bombardements. La brutalité, la bestialité des armées marque cette période, que ce soit la Wehrmacht en plein repli, qui décrète la mobilisation générale allant de 15 à 60 ans, ou l'armée rouge qui se livre à des exactions sur les populations allemandes. Le sentiment de honte et d'anéantissement qui envahit les populations allemandes fait que les changements politiques de 1945-49 sont vécus par la population dans une certaine indifférence[37]. 1945 marque la défaite de l'Axe. L'Europe est en ruines, il y a eu des dizaines de millions de morts dont de très nombreux civils. Vingt millions de citoyens soviétiques sont morts au cours du conflit. Depuis 1945[modifier | modifier le code] Article détaillé : Histoire de l'Allemagne depuis 1945. De l'Allemagne, année zéro à la naissance de deux États[modifier | modifier le code] Les quatre zones d'occupation de l'Allemagne. Les Allemands parlent souvent de l'année 1945 comme de la « Stunde Null » (l'heure zéro) pour décrire l'effondrement de leur pays. Le fameux film de Rossellini Allemagne année zéro[38] montre de nombreuses régions d’Allemagne devenues des champs de ruines avec des carcasses d’immeubles calcinés et une population affamée et hébétée à la recherche de sa nourriture quotidienne[39]. La conférence de Potsdam marque la séparation de l'Allemagne en quatre zones distinctes, sous la surveillance des puissances occupantes : Union soviétique, États-Unis, Royaume-Uni et France. Le territoire allemand est grandement amputé : il diminue de 24 % par rapport à 1937. Il ne couvre plus que 357 000 km2. Les forces soviétiques, commencent dès leur arrivée à démonter des usines et à piller la zone qui leur a été attribuée, bien qu'aucun accord n'ait été conclu sur les réparations de guerre dues par l'Allemagne et leurs modalités de recouvrement[40]. Elles entendent en effet faire payer aux Allemands les destructions causées à l'économie soviétique pendant l'offensive nazie. Après avoir transféré 40 % de l’industrie, les Soviétiques transforment au moins 200 entreprises en sociétés soviétiques par actions (SAG). Elles contrôlent aussi directement, et à leur seul profit, une bonne partie des sources d’énergie et de l’industrie lourde de leur secteur[41]. À partir de 1948, grandes propriétés sont partagées ; les opposants politiques internés et la liberté d’expression supprimée dans les médias. Cependant Staline ne cherche pas dans un premier temps la partition du pays. Il espère en effet pouvoir bénéficier de l'exploitation du charbon de la Ruhr[42]. La création de la RDA, en 1949 ne confère qu'une souveraineté fictive au nouvel État[39]. Parade des troupes alliées à Berlin le 8 mai 1946, photographie de Abraham Pisarek (de). Du côté des alliés occidentaux, l’Allemagne reste un danger. L'éradication du national-socialisme est une préoccupation forte contrebalancée par la peur du communisme. Une ligne libérale est imposée, symbolisée par l’adoption des trois couleurs nationales et l’abandon du drapeau impérial. La dénazification est menée progressivement et inégalement. Les lois et les organisations nazies ne sont supprimées qu’au début de l’automne 1945. Dans la partie occupée par les Américains et leurs alliés, des listes de personnalités non compromises avec le nazisme sont établies. Elles reprennent des responsabilités locales. Naissance et évolution de la RDA[modifier | modifier le code] Article détaillé : Histoire de la RDA. Drapeau de la RDA. À l’Est, on assiste à une fusion du Parti social-démocrate avec le Parti communiste pour former en 1946 le Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED), qui se stalinise en 1949. Les comités anti-fascistes mis en place sont jugés trop actifs et les autorités soviétiques demandent leur contrôle[37]. En 1949, dans le contexte de la guerre froide, les zones d'occupation donnent naissance à deux États, la République fédérale allemande (RFA, dite « Allemagne de l'Ouest »), sous protectorat américain et la République démocratique allemande (RDA, dite « Allemagne de l'Est »), sous domination soviétique. Mais la RDA est différente du modèle soviétique. Un secteur privé, limité il est vrai existe dans le commerce. Le SED n'est pas le parti unique même s'il n'existe pas d'opposition réelle. En effet, il y a liste unique de coalition aux élections. La télévision ouest-allemande reçue à l’Est diffuse un modèle de consommation et de libertés qui contrebalance efficacement la propagande communiste[37]. Naissance et évolution de la RFA[modifier | modifier le code] Articles détaillés : Histoire de l'Allemagne depuis 1945, Allemagne de l'Ouest et Ostpolitik. La RFA suit un modèle différent. Ce n'est tout d'abord pas un État, mais un ensemble économique, symbolisé par la résurgence du mark en 1949, qui se voit rapidement confié des compétences régaliennes. L'aide américaine (plan Marshall) pour la reconstruction européenne fut plus intense en RFA que partout ailleurs, par crainte des Américains que cette zone frontière avec les pays sous emprise soviétique ne passe elle aussi sous la coupe de Moscou. En 1950 le PIB est déjà le même qu’avant la guerre en 1939. En 1960 ce même PIB a doublé (c’est le miracle économique allemand). Les chanceliers de la RFA furent successivement Konrad Adenauer et Ludwig Erhard (ancien ministre des Finances, fondateur de l'économie sociale de marché), tous deux issus de la CDU. Un des plus grands succès de Konrad Adenauer est d’avoir réussi à intégrer pacifiquement les douze millions de réfugiés de la Seconde Guerre mondiale, empêchant la naissance d'un climat de revanche explosif. Les responsables des associations d'expulsés ont aussi largement pris leur part dans cette réussite[43]. Kiesinger succède à Ludwig Erhard, au sein d'une grande coalition SPD/CDU de 1966 à 1969. Le SPD Willy Brandt devient chancelier de 1969 à 1974. Il renoue les relations avec la RDA et l'Europe de l’Est à partir de 1971, grâce à l'« ostpolitik ». Helmut Schmidt lui succède de 1974 à 1983, à cette date, la défection des libéraux du FDP donne le pouvoir à la CDU d'Helmut Kohl. Durant toute cette période l’accroissement de la population reste faible. L’État allemand encourage donc la venue de nombreux Russes, Polonais, Ukrainiens ou Tchèques d’origine allemande, pour combler le déficit des naissances. L’immigration turque, pour travailler dans les usines, est encouragée tandis qu’en même temps arrivent des réfugiés du monde entier attirés par la prospérité allemande. Dans les années 1970 et 80, la RFA est notamment marquée par l'émergence des mouvements d'extrême gauche : Fraction armée rouge, mouvement autonome, mouvements des squatters, mouvement antinucléaire, mouvements pacifistes ou anti-impérialistes. En 1980, une partie de l'extrême-gauche allemande rompit avec la violence politique pour fonder le parti des « Grünen » (Les Verts) et s'engager dans une voie électoraliste. Contre toute attente, la pression des protestataires dans l’État est-allemand grandit durant l'automne 1989. Le régime communiste, sans aucun soutien populaire, finit par capituler. Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin, symbole de l’oppression communiste, tombe. Très vite, la RFA et la RDA obtiennent l'accord des 4 vainqueurs de 1945 pour former de nouveau un seul État grâce à la signature du traité « 4 + 2 » appelé aussi traité de Moscou[44]. Ce traité met aussi fin au statut spécial que l'Allemagne conservait depuis 1945. Réunification[modifier | modifier le code] Articles détaillés : Histoire de l'Allemagne depuis 1945, Réunification allemande et Économie de l'Allemagne. La réunification allemande le 3 octobre 1990 provoque une série de difficultés économiques et sociales. Pour être populaire auprès de la population des Länder de l'Est, Helmut Kohl surévalue le mark est-allemand par rapport à celui de la RFA. Il impose un taux de change 1 pour 1 pour la population et 1 pour 2 en ce qui concerne les banques, alors que les spécialistes préconisaient un taux de 1 pour 3 ou 4. L'industrie de l'Est, peu performante, est rapidement laminée par la monnaie forte. Il faut alors payer des indemnités chômage aux Allemands de l'Est, ce qui gonfle les déficits publics. De plus, le boum provisoire de la consommation causé par la parité a retardé des réformes structurelles nécessaires aux entreprises ouest-allemandes. Faites trop tard, elles ont été plus coûteuses et plus douloureuses. De plus, le système protecteur de la RDA, qui encourageait la natalité, a disparu du jour au lendemain après la réunification : au cours des années qui suivent, la fécondité est alors divisée par deux. Elle est tombée dans les länder de l'Est à 0,8 enfant par femme, ce qui est le plus bas niveau de l'Allemagne réunifiée[45]. Enfin la privatisation des entreprises, menée par la Treuhand, a donné lieu à de nombreux scandales : en effet, certains repreneurs ont touché des subventions gouvernementales pour restructurer des entreprises tout en conservant des emplois, mais ils ont souvent empoché la subvention tout en licenciant le personnel[46]. La réunification menée trop rapidement et sans ménagement pour les Länder de l'Est n'a pas pris en compte la complexité du processus ni son coût humain. Les Allemands de l'Est, traumatisés et mécontents se sont alors tournés vers l'ancien parti communiste devenu le PDS. C'est dans les régions marquées par les licenciements massifs comme le Brandebourg, où le chômage avoisine 30 à 40 % de la population active, que celui-ci atteint ses meilleurs scores. De 1991 à 2000, 150 milliards de DM ont été investis chaque année à l'Est de l'Allemagne sans parvenir à sortir cette région de la crise. Avec un volume d'exportations correspondant à un tiers de son produit national brut, l'Allemagne peut se targuer du titre de « champion du monde de l'exportation », devant les États-Unis et la Chine. Elle entretient ses relations commerciales les plus étroites avec les membres de l'Union européenne (presque 72 % de ses exportations concernent l'espace européen) et avec les États-Unis. Mais l'ouverture économique et commerciale vers des pays émergents, en particulier en Asie avec la Chine et l'Inde, connaît également un développement important. Fortement tournées vers les marchés mondiaux, les grandes entreprises allemandes intègrent toutes une stratégie de diversification mondiale, à laquelle vient s'ajouter un processus de délocalisation de leurs activités (Siemens est ainsi présent dans 190 pays). De par sa position en plein cœur de l'Europe, son savoir-faire technologique, sa main d'œuvre qualifiée et son infrastructure de qualité comme sa fiscalité avantageuse, l'Allemagne est un site attractif pour les investisseurs étrangers : les 500 plus grandes entreprises mondiales se sont ainsi implantées sur son sol. De 1998 à l'automne 2005, le gouvernement allemand est dirigé par Gerhard Schröder, du SPD (Parti social-démocrate). Les Grünen participent au gouvernement. Depuis les élections législatives anticipées de 2005, la chancelière chrétienne démocrate Angela Merkel dirige un gouvernement basé sur une « grande coalition » qui regroupe la CDU (et sa branche bavaroise la CSU) et le SPD. Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Tombe du Néolithique de la culture de Rössen datant d'environ 4800-4400 découverte près de Leuna en Saxe-Anhalt. Tirant d'abord leur origine de la culture de la céramique cordée, c'est à partir de l'âge du bronze danois, d'après l'archéologie allemande et scandinave, que des cultures du sud de la Scandinavie se diffusent progressivement vers le sud, vers l'Allemagne et les rives méridionales de la mer Baltique. Elles se répandent dans la grande plaine européenne, pour gagner au début du second âge du fer (v. 500 av. J.-C.) les franges du monde celtique (civilisation de La Tène) : le Rhin inférieur, la Thuringe et la basse Silésie. Ce phénomène peut être lié à l'accès au fer en Scandinavie et à un refroidissement du climat. Il est possible qu'une expansion démographique y ait contribué également, engendrant un peuplement nouveau de régions jusque-là presque vides d'hommes. La culture du seigle, mieux adapté que le blé aux climats froids, a pu aussi y jouer un rôle. Les auteurs grecs et romains ont longtemps ignoré cette évolution : en effet, ils n'avaient aucun contact direct avec les Germains, puisqu'ils en étaient séparés par les Celtes. En tous cas, à partir du IIIe siècle av. J.-C., a lieu une période de formation de peuples qui s'achève quand les Germains entrent dans l'Histoire. Antiquité[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Bataille entre Romains et Germains, sarcophage romain, IIIe siècle Expéditions romaines en Germanie, 12-9 av. J.C. Les sources écrites montrent les Germains divisés en plusieurs tribus, la plupart étant indépendantes et d'autres se sont unies en des ligues : les Suèves et les Marcomans à partir du Ier siècle, les Goths, Alamans et Francs à partir du IIIe siècle. Autour de 110 av. J.-C., les Cimbres et les Teutons, peuples originaires du Jutland, font irruption en Gaule narbonnaise et cisalpine : ils sont vaincus par le général romain Marius. Après la conquête de la Gaule par les Romains au Ier siècle av. J.-C., les légions romaines doivent monter la garde sur les frontières du Rhin et du Danube (le limes de Germanie) et subissent une défaite à la bataille de Teutobourg en 9 ap. J.-C. Rome conserve la rive gauche du Rhin qui forme les provinces de Germanie inférieure et Germanie supérieure. Mais les Germains sont en même temps de bons partenaires commerciaux, fournisseurs d'ambre et d'esclaves. Les écrits latins constituent une source précieuse d'information sur les mœurs et les institutions des Germains ; la Germanie, œuvre de l'historien du IIe siècle Tacite, est particulièrement riche d'enseignements. Porte fortifiée de Trèves, IVe siècle Avec l'affaiblissement de l'Empire romain, à partir du IIIe siècle, ses provinces deviennent une cible pour les invasions germaniques, elles-mêmes poussées en avant par d'autres peuples comme les Huns. Le conflit est longtemps indécis : l'empereur romain Julien bat les Alamans à Strasbourg en 357 mais Clovis, roi des Francs, vainqueur des Romains à Soissons en 486, met fin à ce qui restait de l'Empire romain d'Occident. Les Germains fondent des royaumes dans les pays conquis, ce qui contribue en retour au renforcement du pouvoir royal dans les pays germaniques. Par un autre effet en retour, la religion germanique commence à reculer devant le progrès du christianisme : Clovis, maître de la Gaule et d'une partie de la Germanie, est baptisé vers 500. Moyen Âge[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Articles détaillés : Empire carolingien, Saint-Empire romain germanique, Hanse et Histoire des Juifs en Allemagne. Le Saint-Empire, évolution de 962 à 1803 Cavaliers, ivoire carolingien, IXe siècle * Charlemagne, roi des Francs (768-814), roi des Lombards (774-814), empereur des Romains (800-814), sacré à Rome le 25 décembre 800. * 768-804 : Charlemagne mène une série de campagnes pour soumettre et christianiser les Saxons. * 14 février 842 : serments de Strasbourg, premier acte diplomatique en langue tudesque (ancien allemand) et langue romane (ancien français), par lequel Louis le Germanique et Charles le Chauve, fils de l'empereur Louis le Pieux, s'entendent contre leur frère aîné Lothaire Ier. * Août 843 : traité de Verdun. Lothaire accepte le partage de l'empire carolingien : Louis devient le roi des provinces orientales de langue germanique (Francia orientalis), Charles celui des province occidentales où domine la langue romane (Francia occidentalis) et Lothaire garde, avec la couronne impériale, une bande centrale comprenant la Gaule de l'est et l'Italie (Lotharingie). * 928 : Henri l'Oiseleur, roi de Germanie, soumet le pays des Slaves obodrites, à l'est de l'Elbe, et en fait la marche du Nord, future marche de Brandebourg. Le pape Alexandre III et l'empereur Frédéric Barberousse, miniature du XIVe siècle * Otton Ier, roi de Germanie (936-973), roi d'Italie (951-973), empereur du Saint Empire (empereur des Romains, 962-973) * 10 août 955 : Otton Ier remporte la bataille du Lechfeld qui met fin aux invasions des Hongrois. * Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Frédéric Barberousse, empereur des Romains (1155-1188). Il s'oppose aux papes dans la lutte du sacerdoce et de l'Empire avant de mourir au cours de la troisième croisade. * 1241 : fondation de la Ligue Hanséatique. * 1250-1273 : Grand Interrègne, éclipse du pouvoir impérial. * 1348 : Charles IV, roi de Bohême (1346-1378) et empereur des Romains (1355-1378), fonde l'université de Prague, première université du monde germanique. * 1348-1350 : la peste noire ravage l'Allemagne et le reste de l'Europe et donne lieu à des violences contre les juifs. * 1356 : Charles IV fixe par la Bulle d'or les règles de l'élection impériale. * 1452-1454 : Johannes Gutenberg, fabricant de Mayence, imprime la Bible de Gutenberg, premier emploi en Europe de l'imprimerie à caractères mobiles. XVIe siècle[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Articles détaillés : Saint-Empire romain germanique, Charles Quint, Réforme protestante, Guerre des Paysans allemands, Ville libre d'Empire et Guerres austro-turques. Religions en Europe centrale vers 1618 : Luthériens - Calvinistes - Zwingliens - Frères moraves - Catholiques romains - Revendiqués par l'Église romaine - Orthodoxes - Musulmans Martin Luther, tableau de Lucas Cranach l'Ancien, 1526 * Maximilien Ier, archiduc d'Autriche (1493-1519), empereur des Romains (1508-1519). Sous Maximilien et son successeur, le Saint Empire s'oppose à la France dans les guerres d'Italie. * Charles Quint, duc de Bourgogne (1506-1555), roi des Espagnes (1516-1556), empereur des Romains (1519-1559). * Septembre 1522-début 1523 : Martin Luther publie sa traduction allemande de la Bible, œuvre fondatrice de la langue allemande moderne. * 1524-1526 : grande révolte de la paysannerie allemande, écrasée par les princes. * Ferdinand Ier de Habsbourg, frère de Charles Quint, roi de Hongrie et de Bohême (1526-1564), empereur des Romains (1556-1564). * Septembre-octobre 1529 : siège de Vienne par les Ottomans. * 25 juin 1530 : Martin Luther présente devant la Diète impériale la confession d'Augsbourg, acte fondateur de la réforme protestante. * 24 avril 1547 : bataille de Muehlberg, victoire de Charles Quint sur les princes protestants. * 26 septembre 1555 : paix d'Augsbourg, l'empereur doit accepter un compromis basé sur le principe : « cujus regio, ejus religio » (« tel prince, telle religion ») qui partage l'Allemagne entre principautés protestantes et catholiques. * 1560 : mort d'Anton Fugger, chef d'une puissante famille de banquiers d'Augsbourg qui finance la politique des Habsbourg. * 1591-1606 : Longue Guerre opposant l'Empire aux Ottomans. XVIIe siècle[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Articles détaillés : Saint-Empire romain germanique, Guerre de Trente Ans, Traités de Westphalie, Guerre de Hollande, Guerre de la Ligue d'Augsbourg et Guerres austro-turques. Siège de Wolgast pendant la guerre de Trente Ans, gravure hollandaise, v.1642 Baisse de population due à la guerre de Trente Ans (%) * 1609-1614 : guerre de Succession de Juliers opposant l'empereur au margrave de Brandebourg et au duc de Palatinat-Neubourg. * 1618-1648 : guerre de Trente Ans . Dans des coalitions aux contours variables, le Saint-Empire et la monarchie espagnole affrontent les Provinces-Unies, les princes protestants d'Allemagne, la Suède et la France. L'Allemagne y perd entre 20 % et 45 % de sa population. * 30 janvier et 24 octobre 1648 : les traités de Westphalie mettent fin à la guerre. Ils consacrent l'affaiblissement du Saint-Empire. * 1665-1669: guerres du Palatinat entre l'électeur palatin et le duc de Lorraine. * 1672-1678 : guerre de Hollande opposant la France et la Suède d'un côté, les Provinces-Unies, le Saint-Empire et le Brandebourg de l'autre. * 25 juin 1673 : Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, remporte sur les Suédois la bataille de Fehrbellin. * 1683 : second siège de Vienne par les Ottomans s'achevant par la victoire des troupes impériales et polonaises à la bataille de Vienne le 12 septembre 1683. * 1688-1697 : guerre de la Ligue d'Augsbourg opposant la France au Saint-Empire, aux Provinces-Unies, au royaume d'Angleterre et à leurs alliés. * 1688-1689 : sac du Palatinat ordonné par Louis XIV. * 1697 : traité de Ryswick. La France restitue leurs états à Léopold Ier, duc de Lorraine et à Jean-Guillaume de Neubourg-Wittelsbach, électeur palatin, mais conserve ses annexions en Alsace et sur la Sarre. XVIIIe siècle[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Articles détaillés : Guerre de Succession d'Espagne, Habsbourg-Lorraine, Royaume de Prusse, Guerre de Succession d'Autriche, Guerre de Sept Ans, Guerre de Succession de Bavière, Première Coalition et Deuxième Coalition. Le Saint Empire vers 1801-1803 : états autrichiens (violet) et prussiens (bleu) Frédéric II de Prusse inspectant un champ de pommes de terre, tableau de Robert Müller, 1886 Couronnement de Joseph II à Francfort en 1764 * 1701-1714 : guerre de Succession d'Espagne. L'empereur doit renoncer à la couronne d'Espagne mais obtient les possessions espagnoles des Pays-Bas espagnols et d'Italie. * 1723 : Johann Sebastian Bach (1685-1750) devient maître de chapelle à Leipzig. * 1733-1738 : guerre de Succession de Pologne opposant Stanislas Ier, soutenu par la France, à Auguste III, électeur de Saxe, soutenu par l'empereur et par la Russie. * Marie-Thérèse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, souveraine des Pays-Bas autrichiens et archiduchesse d'Autriche (1740-1780), épouse de François de Lorraine, empereur des Romains (1745-1765), mère de deux empereurs : Joseph II (1765-1790) et Léopold II (1790-1792). * Frédéric II le Grand, roi de Prusse (1740-1786). * 1740-1748 : guerre de Succession d'Autriche. La maison de Habsbourg-Lorraine conserve la couronne impériale mais doit céder la Silésie à la Prusse. * 1756-1763 : guerre de Sept Ans opposant la France, le Saint-Empire et la Russie à la Prusse et au Royaume-Uni. * 1778-1779 : guerre de Succession de Bavière entre l'Autriche et la Prusse. * 1792-1797 : guerre de la Première Coalition contre la France révolutionnaire. * 1798-1802 : guerre de la Deuxième Coalition contre la France. * Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), poète et homme d'État. XIXe siècle[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Articles détaillés : Guerres napoléoniennes, Recès d'Empire, Confédération du Rhin, Empire d'Autriche, Campagne d'Allemagne (1813), Congrès de Vienne, Confédération germanique, Révolution de mars, Révolution industrielle en Allemagne, Royaume de Prusse, Guerre austro-prussienne, Guerre franco-allemande de 1870, Empire allemand, Weltpolitik et Économie de l'Empire allemand. Chemins de fer allemands en 1849 Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) par Joseph Karl Stieler, 1828 * 25 février 1803 : Recès d'Empire voté par la Diète d'Empire et qui réorganise l'Allemagne au profit de la France napoléonienne et de ses alliés. * 1803-1805 : guerre de la Troisième Coalition qui s'achève par une victoire française à la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805). * 11 août 1804 : François II se proclame empereur d'Autriche ce qui met pratiquement fin au Saint-Empire. * 1806-1813 : la Confédération du Rhin rassemble les États d'Allemagne centrale sous la tutelle de la France. * 1806-1807 : guerre de la Quatrième Coalition, défaite de la Prusse à la bataille d'Iéna (14 octobre 1806). * Avril-octobre 1809 : guerre de la Cinquième Coalition, l'Autriche, isolée, capitule après la bataille de Wagram (5-6 juillet 1809). * 1812-1814 : guerre de la Sixième Coalition. Les États allemands, d'abord alliés de Napoléon, se retournent contre lui après la campagne de Russie. * 16-19 octobre 1813 : bataille de Leipzig, victoire de la Sixième Coalition contre Napoléon Ier. * Campagne de France (1814) et campagne de France (1815), les États allemands participent à la liquidation de l'Empire napoléonien. * 1815-1866 : la Confédération germanique rassemble les États allemands sous la tutelle de l'Autriche. * 22 mars 1833 : signature du Zollverein (union douanière) rassemblant la Prusse et la plupart des États allemands. * Mars 1848-juillet 1849 : la révolution de mars, mouvement insurrectionnel pour la démocratie et l'unité allemande, est étouffée par les princes de la Confédération germanique. * Alfred Krupp (1812-1887), industriel à Essen, développe une des plus grandes entreprises mondiales de sidérurgie. Empire allemand (1871-1918) Ouvriers des forges de la Ruhr, 1894 * Février-octobre 1864 : guerre des Duchés, intervention commune de l'Autriche et de la Prusse contre le Danemark. * Juin-août 1866 : guerre austro-prussienne qui établit l'hégémonie prussienne en Allemagne. * 1870-1871 : guerre franco-allemande. Une coalition des princes allemands formée par le chancelier Otto von Bismarck, sous la conduite de la Prusse, envahit la France. * 18 janvier 1871 : Guillaume Ier, roi de Prusse, est proclamé empereur par les princes allemands et couronné à Versailles. Naissance de l'Empire allemand (1871-1918). * Guillaume II, empereur d'Allemagne (1888-1918), entraîne l'Empire dans une politique mondiale ambitieuse (Weltpolitik). * Apogée de l'économie de l'Empire allemand. XXe siècle[modifier | modifier le code] Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? Articles détaillés : Empire allemand, Économie de l'Empire allemand, Première Guerre mondiale, République de Weimar, Troisième Reich, Seconde Guerre mondiale, Occupation de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, Allemagne de l'Ouest, Allemagne de l'Est, Ostpolitik, Réunification allemande et Histoire de l'Allemagne depuis 1945. Zones d'occupation alliées en Allemagne, 1947 Soldats allemands déposant les armes, Berlin, avril 1945 Point de passage du mur de Berlin, 1961 * 1er août 1914 : entrée de l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale (déclaration de guerre à la Russie). * 9 novembre 1918 : proclamation de la République de Weimar. * 11 novembre 1918 : armistice entérinant la défaite de l'Allemagne ; celle-ci a perdu 2 millions de morts militaires et 426 000 morts civils. * 28 juin 1919 : traité de Versailles sanctionnant la responsabilité de l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale. * 1923 : point culminant de l'hyperinflation de la république de Weimar suivie d'un redressement économique jusqu'à la crise de 1929. * 1923-1932 : montée du Parti national-socialiste qui obtient une majorité relative aux élections législatives de novembre 1932. * 1933-1945 : Troisième Reich. * 30 janvier 1933 : Adolf Hitler (1889-1945) est nommé Reichskanzler (chancelier du Reich). * 1933 : Albert Einstein (1879-1955), physicien, quitte l'Allemagne pour les États-Unis, comme de nombreux savants et artistes menacés par les persécutions nazies. * 1er septembre 1939 : l'Allemagne déclenche la Seconde Guerre mondiale en envahissant la Pologne. * 8-9 mai 1945 : capitulation inconditionnelle de l'Allemagne ; celle-ci a perdu 5,5 millions de morts militaires et 1,1 million de morts civils. * 17 juillet-2 août 1945 : conférence de Potsdam, l'Allemagne est séparée en quatre zones d'occupation (États-Unis, France, Royaume-Uni, URSS). * 1949 : séparation en deux États distincts, l'Allemagne de l'Ouest (République fédérale d'Allemagne), qui sera membre de l'Alliance atlantique, et l'Allemagne de l'Est (République démocratique allemande), membre du Pacte de Varsovie. * 8 mai 1949 : Loi fondamentale de la République fédérale d'Allemagne. * 1949 à 1963 : Konrad Adenauer (1876-1967) élu quatre fois chancelier. * 7 octobre 1949 : Constitution de la République démocratique allemande. * 6 mai 1955 : l'Allemagne de l'Ouest adhère à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), fondée en 1949. * 25 mars 1957 : l'Allemagne de l'Ouest, en signant le traité de Rome, devient un des membres fondateurs de la Communauté économique européenne. * 13 août 1961 : construction du mur de Berlin. * 12 août 1970 : Traité de Moscou entre l'URSS et l'Allemagne de l'Ouest. Cette dernière reconnaît les frontières tracées depuis 1945, y compris la frontière germano-polonaise (ligne Oder-Neisse) et celle entre les deux Allemagnes. * 1982 à 1998 : Helmut Kohl (1930-2017) élu quatre fois chancelier. * 9 novembre 1989 : chute du mur de Berlin. * 3 octobre 1990 : réunification allemande. * 1998 à 2005 : Gerhard Schröder (né en 1944), chancelier. * Première Guerre mondiale * Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre. * Sauter à la navigationSauter à la recherche * « Grande Guerre » redirige ici. Pour les autres significations, voir Grande Guerre (homonymie) et Guerre mondiale. * Première Guerre mondiale * Informations générales Date Du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918 (4 ans, 3 mois et 14 jours) [afficher] Traités de paix Traité de Versailles le 28juin1919 Traité de Saint-Germain-en-Laye le 10septembre1919 Traité de Neuilly le 27novembre1919 Traité du Trianon le 4juin1920 Traité de Sèvres le 10août1920 Lieu Europe, Afrique, Moyen-Orient, Chine, Océanie, océan Pacifique, océan Atlantique Issue Victoire des Alliés Chute des empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman Démantèlement de l'empire colonial allemand et des empires austro-hongrois et ottoman Formation de nouveaux États en Europe et au Moyen-Orient Remaniements frontaliers, changement de souveraineté dans divers territoires Création de la Société des Nations * Belligérants Triple-Entente  France  Empire britannique Russie (1914-17) Serbie Monténégro  Belgique Japon  Italie (1915-18) Portugal (1916-18) Roumanie (1916-18)  Hedjaz (1916-18)  États-Unis (1917-18) Grèce (1917-18) Siam (1917-18) ...autres pays Empires centraux Allemagne Autriche-Hongrie  Empire ottoman Bulgarie (1915-18) ...autres pays * Commandants Georges Clemenceau Raymond Poincaré René Viviani Aristide Briand Joseph Joffre Robert Nivelle Philippe Pétain Ferdinand Foch Herbert Henry Asquith David Lloyd George Douglas Haig John French Nicolas II Nicolas Nikolaïevitch Mikhail Alekseïev Alexeï Broussilov Victor-Emmanuel III Vittorio Orlando Luigi Cadorna Armando Diaz Woodrow Wilson John J. Pershing Yoshihito Pierre Ier Radomir Putnik Ferdinand Ier Constantin Prezan Albert Ier Armand De Ceuninck Guillaume II Helmuth von Moltke Erich von Falkenhayn Paul von Hindenburg Erich Ludendorff François-Joseph Ier Charles Ier Conrad von Hötzendorf Arz von Straußenburg Ismail Enver Mehmet Talaat Ahmed Djemal Liman von Sanders Mustafa Kemal Ferdinand Ier Vasil Radoslavov Nicolas Jékov Gueorgui Todorov * Forces en présence 12 000 000 8 841 540 8 660 000 5 615 140 4 743 826 1 234 000 800 000 707 343 380 000 250 000 80 000 50 000 Total : 42 959 850 13 250 000 7 800 000 2 998 321 1 200 000 Total : 25 248 321 * Pertes Militaires 5 525 000 morts 12 831 500 blessés 4 121 000 disparus Total : 22 477 500 morts, blessés ou disparus ...Plus de détails Militaires 4 386 000 morts 8 388 000 blessés 3 629 000 disparus Total : 16 403 000 morts, blessés ou disparus ...Plus de détails * Batailles * Front d'Europe de l’Ouest * Frontières (8-1914) · Liège (8-1914) · Dinant (8-1914) · Anvers (9-1914) · Grande Retraite (9-1914) · 1re Marne (9-1914) · Course à la mer (9-1914) · Yser (10-1914) · 1re Ypres (10-1914) · 1re Messines (10-1914) · Hartmannswillerkopf (1-1915) · Neuve-Chapelle (3-1915) · 2e Ypres (4-1915) · Artois (5-1915) · Artois (9-1915) · Loos (9-1915) · Verdun (2-1916) · Hulluch (4-1916) · Somme (7-1916) · Arras (4-1917) · Vimy (4-1917) · Chemin des Dames (4-1917) · 2e Messines (6-1917) · 3e Ypres (7-1917) · Cote 70 (8-1917) · 1re Cambrai (11-1917) · Offensive du printemps (3-1918) · 4e Ypres (4-1918) · Michael (5-1918) · 2e Marne (5-1918) · Aisne (5-1918) · Bois Belleau (6-1918) · Château-Thierry (7-1918) · Le Hamel (7-1918) · Amiens (8-1918) · Cent-Jours (8-1918) · L'Ailette (9-1918) · 2e Cambrai (10-1918) * * Front italien * 1re Isonzo (6-1915) · 2e Isonzo (7-1915) · 3e Isonzo (10-1915) · 4e Isonzo (11-1915) · 5e Isonzo (3-1916) · 6e Isonzo (8-1916) · 7e Isonzo (9-1916) · 8e Isonzo (10-1916) · 9e Isonzo (11-1916) · 10e Isonzo (5-1917) · Mont Ortigara (6-1917) · 11e Isonzo (8-1917) · Caporetto (12e Isonzo) (10-1917) · Piave (6-1918) · Vittorio Veneto (10-1918) * * Front d'Europe de l’Est * Stallupönen (8-1914) · Gumbinnen (8-1914) · Tannenberg (8-1914) · Lemberg (8-1914) · Krasnik (8-1914) · 1re lacs de Mazurie (9-1914) · Przemy?l (9-1914) · Vistule (9-1914) · ?ód? (11-1914) · Bolimov (1-1915) · 2e lacs de Mazurie (2-1915) · Gorlice-Tarnów (5-1915) · Varsovie (6-1915) · Lac Narotch (3-1916) · Offensive Broussilov (6-1916) · Turtucaia/Tutrakan (9-1916) · Offensive Flamanda (9-1916) · Offensive Kerensky (7-1917) · Marasesti (8-1917) * * Front du Moyen-Orient * Afrique du Nord · Caucase · Perse · Dardanelles · Mésopotamie · Sinaï et Palestine · Ctésiphon (11-1915) · Kut-el-Amara (12-1915) · Magdhaba (12-1916) · Révolte arabe · Rafa (1-1917) · Bagdad (3-1917) · 1re Gaza (3-1917) · 2e Gaza (4-1917) · Aqaba (7-1917) · Beer-Sheva (10-1917) · 3e Gaza (11-1917) · Megiddo (9-1918) * * Front des Balkans * Campagne de Serbie · Bataille du Cer · Bataille de la Kolubara Expédition de Salonique · Bataille de Doiran · Bataille de Monastir · Bataille de Monastir (1917) · Bataille de Skra-di-Legen · Bataille de Dobropolje · Bataille de Doiran · Campagne de Serbie * * Front africain * Laï (8-1914) · Sandfontein (9-1914) · Tanga (11-1914) · Naulila (12-1914) · Jassin (1-1915) · Gibeon (4-1915) · Bukoba (6-1915) · Mongua (8-1915) · Salaita (2-1916) · Beringia (5-1916) · Negomano (11-1917) * * Front océanien et asiatique * Papeete · Bita Paka (en) · Fanning (en) · Toma (en) · Tsingtao · Penang · Coronel · Îles Cocos * * Bataille de l'Atlantique * 1re Heligoland (8-1914) · Penang (10-1914) · Coronel (11-1914) · Falklands (12-1914) · Dogger Bank (1-1915) · Gotland (7-1915) · Juttland (5-1916) · Funchal (12-1916) · Pas-de-Calais (4-1917) · Détroit de Muhu (10-1917) · 2e Heligoland (11-1917) · Zeebruges (4-1918) · 1er Ostende (4-1918) · 2e Ostende (5-1918) * modifier * La Première Guerre mondiale[a] est un conflit militaire impliquant dans un premier temps les puissances européennes et s'étendant ensuite à plusieurs continents, qui s'est déroulé de 1914 à 1918[1], bien qu'ayant diplomatiquement perduré jusqu'en 1923 pour les pays concernés par le traité de Lausanne, le dernier accord international à avoir été signé, le 24 juillet 1923. * L'étincelle qui met le feu aux poudres survient le 28 juin 1914, lorsqu'un jeune nationaliste serbe, Gavrilo Princip, parvient à assassiner le couple héritier du trône austro-hongrois, le prince François-Ferdinand d'Autriche et son épouse la duchesse de Hohenberg à Sarajevo. L'Autriche-Hongrie réagit à l'attentat en formulant un ultimatum à l'encontre du royaume de Serbie, en accord avec son allié allemand. Les exigences austro-hongroises étant jugées inacceptables par les Serbes, ceux-ci rejettent l'ultimatum, ce qui conduit l'Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie. Ce conflit local provoque l'activation d'une série d'alliances entre les grandes puissances européennes qui les entraînent sur la voie de la guerre. Plusieurs de ces nations européennes sont à la tête d'empires s'étendant sur plusieurs continents, ce qui explique la portée mondiale du conflit. * Considérée comme un des événements marquants du XXe siècle, cette guerre parfois qualifiée de totale atteint une échelle et une intensité inconnues jusqu'alors. Elle implique plus de soldats, provoque plus de morts et cause plus de destructions que toute autre guerre antérieure. Plus de soixante millions de soldats y prennent part[2],[3]. Pendant cette guerre, environ dix millions de civils et de militaires sont morts et environ vingt millions sont blessés[4]. * D'autres événements historiques majeurs surviennent pendant ce conflit, comme le génocide arménien (1915-1916), la Révolution russe (1917) ou la grippe de 1918, qui augmentent la mortalité et la détresse des populations. Pour toutes ces raisons, cette époque marque profondément ceux qui l'ont vécue. Cette guerre entraîne de nombreux changements géopolitiques et infléchit fortement le cours du XXe siècle. * Elle cause l'effondrement ou la fragmentation des empires austro-hongrois, russe et ottoman. L'Empire allemand disparaît, et l'Allemagne voit son territoire réduit ainsi que sa puissance économique et militaire amputée lors du traité de Versailles. En conséquence, les frontières européennes et du Proche-Orient sont redessinées. Des monarchies sont remplacées par des États communistes ou par des républiques démocratiques. Pour la première fois, une institution internationale est créée dans le but de régler les différends internationaux : la Société des Nations (SDN). * Cette guerre met essentiellement aux prises deux grandes alliances : la Triple-Entente et les empires centraux. La Triple-Entente (aussi appelée les « Alliés ») est composée de la France, du Royaume-Uni, de la Russie, et des empires coloniaux que ces États contrôlent. Plusieurs autres États se joignent à cette coalition, dont la Belgique, envahie par l'Allemagne, qui fait appel à la France et au Royaume-Uni, garantes de son indépendance. Le Japon rejoint la coalition en août 1914, l'Italie en avril 1915, la Roumanie en août 1916 et les États-Unis en avril 1917, ainsi que de nombreux autres pays moins puissants. Les empires centraux sont l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, et les colonies qu'elles contrôlent. L'Empire ottoman les rejoint en octobre 1914, suivi un an plus tard du royaume de Bulgarie. Parmi les nations européennes, seuls les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, le Liechtenstein et Monaco demeurent officiellement neutres, bien que certains d'entre-eux participent financièrement ou matériellement aux efforts de guerre des protagonistes. * Les combats se déroulent sur différents fronts situés principalement en Europe, mais une petite partie de l’Asie, de l'Océanie et de l’Afrique, ainsi que l’Atlantique Nord connaissent des actions militaires. Le front de l'Ouest est caractérisé par un ensemble de tranchées et de fortifications séparées par une aire surnommée le no man's land[5]. Ces fortifications s'étendent sur plus de 600 kilomètres[5], et donnent lieu à la « guerre des tranchées ». Sur le front de l'Est, l'étendue des plaines et la faible densité ferroviaire empêchent la stabilisation des champs de bataille, mais le conflit est tout aussi étendu. Il y a d'importants combats dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Italie. * Cette guerre est la première où les aéronefs (ballons fixes ou dirigeables puis, de plus en plus, les avions) jouent un rôle tactique important, d'abord pour l'observation et la reconnaissance, puis pour la chasse et le bombardement. Les premiers véhicules blindés motorisés apparaissent alors, essentiellement au sein de la Triple-Entente à la supériorité de laquelle ils contribuent. Elle donne également lieu au premier engagement massif de sous-marins de combat, et à une guerre de course menée contre des flottes commerciales, qui atteint son paroxysme lors de la première bataille de l'Atlantique. * * Sommaire * 1Déclenchement * 1.1Antagonismes entre puissances européennes * 1.1.1Questions coloniales et économiques * 1.1.2Ambitions territoriales en Europe * 1.2Systèmes d'alliances * 1.3Stratégies et course aux armements * 1.4Attentat de Sarajevo * 2Entrée en guerre * 2.1Déclarations de guerre en 1914 * 2.2Crise de juillet * 2.3Forces en présence * 2.4Guerre du droit, guerre de propagande * 2.5Buts de guerre * 3Opérations militaires * 3.1Guerre de mouvement (1914) * 3.1.1Événements de la guerre de mouvement * 3.1.2La course à la mer * 3.1.3Front Est * 3.1.4Mondialisation du conflit * 3.1.5Trêve de Noël * 3.2Guerre de position (1915-1917) * 3.2.1Année 1915 * 3.2.1.1Front Ouest et front africain * 3.2.1.2Guerre à l'est * 3.2.2Année 1916 * 3.2.3Année 1917 * 3.2.3.1Front ouest * 3.2.3.2Entrée en guerre des États-Unis * 3.2.3.3Front Est et Empire ottoman * 3.3Fin des combats (1918) * 3.4Derniers mouvements et armistices * 4Guerre nouvelle * 4.1Tranchées * 4.2Nouvelles armes et nouvelles tactiques * 4.2.1Armes chimiques * 5Front intérieur * 5.1Action des femmes * 5.2Colonies * 5.2.1Empire français * 5.2.2Empire britannique * 5.2.3Congo belge * 5.2.4Bilan * 6Autres aspects * 6.1Tentatives de paix * 6.2Prisonniers de guerre * 6.3Creuset de population * 7Conséquences économiques, politiques, sociales et culturelles * 7.1Lourd bilan humain et démographique * 7.1.1Nations ravagées * 7.1.2Déplacements de populations * 7.1.3Génocide, occupation, déportations et atrocités * 7.1.4Hommages aux soldats * 7.2Destructions matérielles * 7.2.1Séquelles de guerre * 7.2.1.1Séquelles géographiques * 7.2.1.2Séquelles psychiques et sociales * 7.3Industrie et économie * 7.4État * 7.5Traités de paix * 8Historiographie * 9Autres noms * 10Notes et références * 10.1Notes * 10.2Références * 11Annexes * 11.1Sources * 11.2Bibliographie * 11.2.1Études historiques * 11.2.1.1Historiographie * 11.2.1.2Ouvrages généraux sur la « Grande Guerre » * 11.2.1.3Monographies * 11.2.2Littérature * 11.2.3Témoignages * 11.3Filmographie sélective * 11.4Musique * 11.5Télévision * 11.6Jeux vidéo * 11.7Documentaire radiophonique * 11.8Philatélie * 11.9Articles connexes * 11.9.1Batailles de la Première Guerre mondiale * 11.10Liens externes * Déclenchement * Articles détaillés : Causes de la Première Guerre mondiale et ultimatum du 23 juillet 1914. * Si la cause immédiate de la Première Guerre mondiale est l'assassinat, à Sarajevo, de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse, cet événement ne fait que pousser au paroxysme des tensions issues de contentieux antérieurs (rivalités stratégiques, politiques, économiques et coloniales). Cette guerre a été « préparée » et a des origines profondes qui doivent s'analyser sur la longue durée. L'historien André Loez évoque ainsi le rôle des « rivalités économiques et coloniales »[6]. * On compte parmi les raisons structurelles un nationalisme fort, la montée des impérialismes, et les volontés expansionnistes qui y sont associées, comme l'irrédentisme italien, des conflits précédents non résolus (revanchisme après la perte de l'Alsace-Moselle par la France, guerres balkaniques), auxquelles s'ajoutent des rivalités économiques, un système d'alliances militaires complexe développé entre les différents pays européens au cours du XIXe siècle après la défaite napoléonienne de 1815, le Congrès de Vienne qui s'est ensuivi et l'indépendance belge de 1830, entraînant la France et l'Angleterre à se porter garantes de celle-ci. * Des malentendus diplomatiques s'ensuivirent, l'Allemagne pensant notamment que le Royaume-Uni resterait neutre devant l'invasion de la Belgique[7],[8]. Le climat de tension régnant avait poussé les grandes puissances européennes à une course aux armements, et chaque état-major s'était activement préparé au conflit. L'attentat de Sarajevo déclenche ce que l’historien Jean-Baptiste Duroselle appelle un « mécanisme[9] », qui entraîne presque malgré eux les protagonistes vers une guerre totale. L'historien Christopher Clark la décrit essentiellement comme une perte de contrôle de la tension internationale par les hommes d'État : il rejoint Duroselle sur le concept de « mécanisme » échappant au contrôle politique, mais souligne l'effervescence belliqueuse de la Serbie, la partialité de la Russie en faveur de cette dernière, et le désir de l'état-major allemand de déclencher rapidement une guerre avant d'être dépassé par la Russie. Pour certains historiens comme Fritz Fischer, la guerre avait été souhaitée et planifiée par les dirigeants allemands, notamment par le Grand État-Major général[10]. En tout cas, à l'été 1914, l'Allemagne était le seul pays qui fût prêt à mener une guerre moderne de grande ampleur. Tous les autres pays ont été pris au dépourvu, ce qui réduit à néant les théories cherchant dans un « complot » la cause de la guerre. * Antagonismes entre puissances européennes * Questions coloniales et économiques * Articles détaillés : Colonialisme, Politique étrangère de l'Allemagne et Weltpolitik. * * Carte des régimes politiques à la veille de la Première Guerre mondiale. * L'impérialisme des nations européennes est matérialisé par le traitement de la question coloniale. La conférence de Berlin de 1885 avait permis le partage de l'Afrique entre les puissances européennes. Une notable partie de l'Afrique centrale, le Congo, était octroyée au roi des Belges Léopold II qui avait habilement utilisé les rivalités entre la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne pour neutraliser ainsi le centre de l'Afrique. Mais les différends coloniaux ne vont cesser de s'accroître, entretenant par la même occasion les tensions entre les métropoles. Tensions d'abord entre Français et Britanniques en Égypte et, surtout, au Soudan avec la crise de Fachoda en 1898 puis tensions entre la France et l'Italie en Tunisie en 1881, qui vont entraîner l'adhésion de l'Italie à la Triplice. Les tensions entre la France et l'Allemagne apparaissent dès 1905 au Maroc. Depuis 1871, l'Allemagne unifiée a rattrapé, en quelques décennies, son retard économique sur le reste de l'Europe occidentale en se dotant par exemple d’une industrie très concentrée[11]. L'Allemagne regarde donc outre-mer et vers l’Afrique où elle espère trouver des matières premières à bon marché ou même fonder des comptoirs pour écouler ses produits manufacturés[12]. Cependant, la France, la Grande-Bretagne et la Belgique se partagent l'Afrique. L'Asie aussi est sous la coupe européenne. L'Allemagne, sauf en de rares endroits comme au Cameroun, Namibie, Tanganyika et Togo ne peut obtenir de zones d’influence dans les colonies. Aussi ressent-elle comme une injustice que son industrie de plus en plus compétitive se heurte à la crainte ou à l’égoïsme des autres puissances européennes[13]. Ne disposant pas de colonies de peuplement, Guillaume II souhaite prendre pied au Maroc au nom de la Weltpolitik. Les deux crises qui l’opposent à la France, en 1905 avec le Coup de Tanger et en 1911 avec le Coup d'Agadir, conduisent à une multiplication des incidents diplomatiques. Pour l'historien allemand Fritz Fischer, cette situation est l’une des principales causes du déclenchement du conflit. Dès 1905, le conflit semble inévitable entre la France et l'Allemagne. Toutefois, les rivalités coloniales entre Français et Britanniques en Afrique n'ont entraîné aucune guerre entre ces deux pays à l'époque contemporaine : ce fait montre les limites d'une explication de la Grande Guerre par « l'impérialisme ». En général les rivalités coloniales se réglaient par des transactions. * * Représentation de la conférence de Berlin (en 1884) où sont réunis les représentants des puissances européennes. * Les inquiétudes sont aussi d'ordre économique. Même si chaque pays développe son économie, la rivalité économique entre l'Allemagne et la France s'accroît à partir de 1912[14]. La grande puissance industrielle allemande inquiète les États européens, car les produits allemands inondent les marchés français et britanniques[15]. Cette rivalité économique a « contribué à alourdir le climat général entre les deux États et, par là même, à faciliter la rupture[16] ». Quant aux Allemands, ils s’inquiètent de la croissance économique et démographique de la puissance russe qui les amène à penser qu’ils seraient incapables de lui résister dans quelques années ; de telle sorte qu’ils ont peut-être intérêt à provoquer un conflit avant qu’il ne soit trop tard[b]. Du reste, l'interpénétration des économies européennes était déjà si forte que la plupart des milieux industriels et financiers avaient tout intérêt au maintien de la paix. Le principal débouché des industries métallurgiques, par exemple, n'était pas l'armement mais les chemins de fer, comme l'a montré François Crouzet. * L’antagonisme franco-allemand puise-t-il également sa force dans l’idée de revanche et le retour à la mère patrie des provinces perdues d'Alsace-Lorraine, comme on a pu le croire[18] ? Si la résistance à l'Allemagne reste forte en Alsace-Lorraine[19], cette sensibilité a beaucoup évolué dans le temps : l’idée de revanche, obsessionnelle en France après la défaite de 1870, s'est estompée dès les années 1880 ; aucun parti politique, après la crise boulangiste, ne revendique ostensiblement le retour à la mère patrie des provinces perdues ; pour la plupart des Français de 1914, bien que le souvenir reste présent, ce n'est plus qu'une vieille histoire. Les Français demeurent par ailleurs inquiets devant la poussée démographique de l’Allemagne, alors que la France connaît une stagnation démographique, ce qui donnerait un avantage certain aux Allemands dans le cas d'un conflit[20]. Enfin, l’empereur Guillaume II est très influencé par le milieu des officiers prussiens[21], garant de la solidité de l’empire, tout auréolé de ses succès du milieu du XIXe siècle et qui a forgé l’unité allemande face à l’Autriche et à la France. Pour l’empereur, une guerre ou un conflit localisé dans les Balkans peut se révéler être une solution pour résoudre les problèmes territoriaux de son allié autrichien. Et l'armée allemande, la plus puissante du monde, semble être un instrument si parfait qu'il est tentant de s'en servir. * Ambitions territoriales en Europe * Articles détaillés : Guerres des Balkans et Crise bosniaque. * * Carte des Balkans en 1913 * Dans l'Empire austro-hongrois, où pas moins de quarante peuples cohabitent, les velléités séparatistes sont nombreuses, liées à l'éveil des minorités nationales (Bohême, Croatie, Slavonie, Galicie, etc.) qui se manifestent depuis 1848. L’Empire ottoman, déjà très affaibli, est ébranlé par la révolution des Jeunes-Turcs en 1908. L’Autriche-Hongrie en profite pour mettre la main sur la Bosnie-Herzégovine voisine et désire continuer son expansion dans la vallée du Danube, jusqu’à la mer Noire, ou, du moins, maintenir le statu quo hérité du traité de San Stefano et du traité de Berlin. En Serbie, le nouveau roi, Pierre Ier envisage la formation d'une grande Yougoslavie, regroupant les nations qui appartiennent à l'Empire austro-hongrois. Dans les Balkans, la Russie trouve un allié de poids en la Serbie, qui a l’ambition d’unifier les Slaves du Sud. Le nationalisme serbe se teinte donc d’une volonté impérialiste, le panserbisme et rejoint le panslavisme russe, récoltant l’appui du tsar à ces mêmes Slaves du Sud. Les Balkans, soustraits de l’Empire ottoman, sont en effet l’objet de rivalités entre les grandes puissances européennes[22]. En 1878, à la suite d'une révolte des Bulgares et à une intervention des Russes puis des Autrichiens, la partie nord des Balkans est détachée de l’Empire ottoman. La rivalité entre Russes et Autrichiens dans les Balkans s’accentue[23]. En 1912 et 1913, deux guerres affectent la région : la première est tournée contre l'Empire ottoman qui perd tous ses territoires en Europe à l’exception de la Thrace orientale ; la seconde est un conflit entre la Bulgarie et les autres pays balkaniques. Elle se traduit par une importante extension du territoire et du nationalisme de la Serbie, un mécontentement de la Bulgarie, dépossédée d'une partie de son territoire et par la création, sous la pression autrichienne, d’une Albanie indépendante qui empêche la Serbie d’avoir une façade maritime. * Depuis longtemps, la Russie nourrit des appétits face à l’Empire ottoman : détenir un accès à une mer chaude (mer Méditerranée). Cette politique passe par le contrôle des détroits. Dans cet Empire russe, les Polonais sont privés d’État souverain et se trouvent partagés entre les empires russe, allemand et austro-hongrois. En Allemagne et en Angleterre, dès le début du XXe siècle, l'essor industriel et la remilitarisation se sont accentués et l'Allemagne a des intérêts dans l’Empire ottoman[24]. * L’Italie, unifiée depuis 1860, a donné à la France, à la suite de la victoire de la France sur l’Autriche, la Savoie et le comté de Nice. Malgré un fort courant pacifiste, l’Italie veut prendre au voisin autrichien, avec lequel elle a un vieux contentieux, des territoires qu’elle considère comme italiens, les Terres irrédentes, car majoritairement italophones[25]. Elle désire s’étendre en Dalmatie, liée historiquement à l'Italie et où l’on parle aussi italien, et contrôler la mer Adriatique, à l’instar de ce qu'a fait la République de Venise, et ce d’autant plus que ses tentatives de conquête d’un empire colonial africain ont échoué après la débâcle d’Adoua en Abyssinie en 1896. Seule une partie du Tigré a été rattachée à l’Érythrée déjà italienne, ainsi que la Somalie. La Libye est devenue colonie italienne en 1911 à la suite de la guerre italo-turque. * Systèmes d'alliances * Articles détaillés : Triple-Entente, Alliés de la Première Guerre mondiale et Triplice. * * Les systèmes d’alliances avant le déclenchement du conflit. Le Luxembourg et la Belgique, bien que neutres, seront occupés par l'Allemagne. * * Les alliances effectives durant la guerre. * De vastes systèmes d’alliances se sont créés à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Deux grands systèmes d'alliances se dessinent. La Triplice, plus ancienne, est l’œuvre du chancelier prussien Otto von Bismarck[26]. Conscient de l’hostilité française depuis l’annexion de l’Alsace-Lorraine, Bismarck cherche, sur le plan diplomatique, à isoler la France de la IIIe République pour l’empêcher de nouer une alliance contre le Reich. En 1879, sous son impulsion, un premier rapprochement a lieu entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. En 1881, l’Italie demande son intégration dans l’association germano-autrichienne par opposition à la France qui a pris pied en Tunisie, territoire que l’Italie revendiquait. Le 20 mai, un accord tripartite voit donc le jour : la Triplice ou Triple-Alliance. Toutefois, l’Italie revendique également le Trentin et l’Istrie, les « terres irrédentes » sous domination autrichienne. Le traité est renouvelé à plusieurs reprises, même si l’attitude de l’Italie devient de plus en plus froide, en particulier avec la signature d’un accord secret de neutralité avec la France en 1902[26]. La démarche diplomatique française vis-à-vis du royaume italien a l’avantage d’éviter à la France de devoir combattre sur deux fronts, mais inquiète l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Or, en 1908, il y eut un tremblement de terre à Messine : l'état-major de l'Autriche-Hongrie voulut profiter de la désorganisation qui s'ensuivit en Italie et proposa à l'Allemagne une guerre contre l'Italie. Mais l'Empereur Guillaume II refusa, ce qui révèle la fragilité de la triplice. * En 1914, l’Allemagne peut aussi compter sur la sympathie de l'Empire ottoman[26], qui n'a pas apprécié d'avoir été privé par Winston Churchill de deux cuirassés construits par le Royaume-Uni. La menace russe pour prendre le contrôle des détroits se précise. En effet, l’Angleterre qui, jadis, protégeait l’Empire ottoman, est maintenant alliée à la Russie. Pour la Turquie, seul un rapprochement avec l’Allemagne de Guillaume II peut la sortir de son isolement. Elle a ainsi pu trouver des sympathies auprès des peuples colonisés dans tout le bassin de la Méditerranée, du Caucase à Marrakech. * La France finit cependant par sortir de son isolement. Le 27 août 1891, une convention militaire secrète est signée entre la France et la Russie après le lancement du premier emprunt russe sur la place de Paris[27]. Ce choix diplomatique est dicté par les impératifs de la politique internationale. Cet accord est officialisé le 27 décembre 1893. L’alliance franco-russe est renforcée en 1912 et prévoit une alliance défensive entre les deux pays. La France bénéficie ainsi d’un allié de poids, notamment sur le plan démographique et stratégique, avec la possibilité d’un deuxième front à l’est de l’Allemagne, ou d’un front en Inde en cas de guerre avec l’Angleterre, tandis que l’empire tsariste peut moderniser l’économie et l’armée du pays grâce aux capitaux français. Après la crise de Fachoda en 1898 entre Français et Anglais, les deux États ont réglé leurs différends coloniaux. En 1904, inquiet des progrès économiques et commerciaux de l’Empire allemand et de la puissance acquise sur mer par la flotte allemande, le Royaume-Uni accepte enfin de sortir de son isolement. Théophile Delcassé, alors ministre français des Affaires étrangères, réussit le rapprochement franco-anglais avec la signature de l’Entente cordiale en 1904[28]. Celle-ci n’est pas un traité d’alliance liant les deux pays, mais leur destin est de plus en plus imbriqué. Enfin, en 1907, à l’instigation de la France, le Royaume-Uni et la Russie règlent leurs contentieux en Asie en délimitant leurs zones d’influences respectives en Perse, en Afghanistan et en Chine. Ainsi naît la Triple-Entente. Ces alliances « accroissent en fait le risque structurel de conflit »[6]. * Stratégies et course aux armements * Articles détaillés : Culte de l'offensive, Course aux armements#Les dépenses militaires entre 1905 et 1913, Course germano-britannique aux armements navals et Plan Schlieffen. * * Manœuvres prévues par l'état-major allemand (plan Schlieffen, dans sa version de 1905) et français (plan XVII, datant de 1913). * Sur le plan stratégique, le Grand État-Major général allemand élabore chaque année un nouveau plan de mobilisation. À partir de 1905, les plans prévoient de déployer la quasi-totalité des forces armées allemandes face à l'armée française[29], dans l'espoir d'être rapidement victorieux contre elle : étant donné les fortifications françaises le long de la frontière commune, la victoire décisive doit être obtenue par une vaste manœuvre d'enveloppement par le nord, en passant par le territoire du Luxembourg et de la Belgique, malgré la neutralité de ces deux États (garantie par des traités internationaux). En 1914, le plan à appliquer prévoit de laisser face à la Russie une faible partie des forces allemandes[c], en pariant sur la lenteur de la mobilisation russe ; ce plan oblige cependant l’Allemagne à prendre l’initiative des opérations militaires, dans le cas où la France entrerait en guerre immédiatement après la Russie. * De son côté, la France met sur pied à partir de 1913 le plan XVII[31] qui, respectant la neutralité belge, prévoit de répondre à une attaque allemande en prenant l'offensive en Lorraine sur un terrain moins favorable que les plaines de Flandre. Enfin les Britanniques, sous l'impulsion de Henry Hughes Wilson, directeur des opérations militaires au ministère de la Guerre, adoptent un plan de débarquement du Corps expéditionnaire britannique en France en cas d'attaque allemande. L'état-major de la Royal Navy s'oppose à ce projet qui serait trop long à mettre en œuvre ; les Allemands seraient à mi-chemin de Paris avant que l'armée britannique puisse agir. En plus, les quatre à six divisions que les Britanniques seraient susceptibles de mettre sur pied auraient peu de poids dans une guerre où chaque camp alignait entre 70 et 80 divisions. Une autre option envisagée par l’état-major britannique est de débarquer à Anvers en cas d'une menace de l'Armée allemande sur ce port bien abrité dans l'estuaire de l'Escaut, à partir duquel la puissante marine de guerre bâtie par l'empereur Guillaume II pourrait menacer les communications de l'Angleterre dans la Manche. * Dans les deux camps, la course aux armements s’accélère et il y a surenchère dans la préparation de la guerre. Les dépenses consacrées aux armées s’envolent. Les fortifications frontalières (du moins à la fin du XIXe siècle), l’artillerie (le fameux canon de 75 de l’armée française), les canons lourds allemands et les flottes de guerre (le Dreadnought britannique et les cuirassés allemands) absorbent une bonne partie des budgets des États. Le matériel est modernisé et la durée du service militaire allongée dans plusieurs pays : en France, la durée du service militaire passe à trois ans en août 1913[32] pour pallier (dans une certaine mesure) l’infériorité numérique de la France face à l’Allemagne. En effet, si, en 1870, les deux pays avaient une population quasi identique, en 1914 l’Allemagne comprenait une population de 67 millions[33], tandis que la France, ayant à peine comblé la perte de l’Alsace-Lorraine, était peuplée d'environ 40 millions d’habitants[34]. En Belgique, une loi instaure le service militaire obligatoire et l'armement des forts de l'Est est accéléré, mesures destinées à rendre crédible la volonté belge de défendre la neutralité du pays contre toute attaque, comme le traité de 1831 garantissant l'indépendance, en fait obligation au royaume. C'est la seule façon d'espérer que la France et le Royaume-Uni rempliront leur devoir de garants en venant au secours de la Belgique si celle-ci est envahie par l'Allemagne, ce qui paraît la perspective la plus probable. * Attentat de Sarajevo * Article détaillé : Attentat de Sarajevo. * * Procès de Gavrilo Princip à la suite de l'assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche le 28 juin 1914. * Le détonateur du processus diplomatique aboutissant à la guerre est le double assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse morganatique Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, à Sarajevo le 28 juin 1914 par un étudiant nationaliste serbe de Bosnie, Gavrilo Princip[35]. Les autorités autrichiennes soupçonnent immédiatement la Serbie voisine d’être à l’origine du crime. L'Autriche-Hongrie interpelle l'Allemagne sur cela, mais pas l'Italie. Le 5 juillet, l’Allemagne assure l’Autriche-Hongrie de son soutien et lui conseille la fermeté. Les Autrichiens pensent battre facilement la Serbie et lui donner ainsi une bonne leçon qui calmera ses ardeurs expansionnistes. Il semble au haut commandement allemand que jamais les chances d’un succès contre la Serbie, la Russie et la France ne seraient aussi favorables. C’est la politique dite « du risque calculé » définie par le chancelier Bethmann-Hollweg. L’Autriche, quant à elle, compte profiter de l’occasion pour éliminer la Serbie en tant que puissance dans les Balkans[36]. * Entrée en guerre * En Allemagne, Guillaume II assure l'Autriche de son appui inconditionnel. C'est alors que survient l'attentat de Sarajevo, prétexte pour l'Autriche d'en finir avec le foyer pro-slave que constitue la Serbie. * Déclarations de guerre en 1914 * 28 juillet : Autriche-Hongrie à la Serbie ; * 1er août : Allemagne à la Russie ; * 3 août : Allemagne à la France ; * 4 août : Royaume-Uni à l'Allemagne ; * 6 août[réf. nécessaire] : Autriche-Hongrie à la Russie ; * 11 août : France à l’Autriche-Hongrie ; * 13 août : Royaume-Uni à l'Autriche-Hongrie ; * 23 août : Japon à l'Allemagne ; * 3 novembre : France et Royaume-Uni à l'Empire ottoman. * Crise de juillet * * Télégramme du gouvernement austro-hongrois au gouvernement serbe lors de la déclaration de guerre du 28 juillet 1914. * * La déclaration de guerre de l'Empire Allemand, signée par le Kaiser Guillaume II. * Articles détaillés : Crise de juillet et Tentatives de paix pendant la Première Guerre mondiale. * Après concertation avec l'Allemagne, le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie lance un ultimatum en dix points à la Serbie dans lequel elle exige que les autorités autrichiennes puissent enquêter en Serbie[37]. Le lendemain, à l’issue du Conseil des ministres tenu sous la présidence du tsar à Krasnoïe-Sélo, la Russie ordonne la mobilisation partielle pour les régions militaires d’Odessa, Kiev, Kazan et Moscou, ainsi que pour les flottes de la Baltique et de la mer Noire. Elle demande en outre aux autres régions de hâter les préparatifs de mobilisation générale[d]. Les Serbes décrètent la mobilisation générale le 25 et, au soir, déclarent accepter tous les termes de l’ultimatum, hormis celui réclamant que des enquêteurs autrichiens se rendent dans le pays[37]. À la suite de cela, l’Autriche rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie, et ordonne le lendemain, une mobilisation partielle contre ce pays pour le 28, jour où, sur le refus d'approuver son ultimatum lancé cinq jours plus tôt, elle lui déclare la guerre. L'Italie, qui n'avait pas été interpellée par l'Autriche, déclare sa neutralité. Le gouvernement français ordonne à son armée de retirer toutes ses troupes à dix kilomètres en deçà de la frontière allemande, pour faire baisser la tension et éviter tout incident de frontière qui pourrait dégénérer. * Le 29 juillet, la Russie déclare unilatéralement – en dehors de la concertation prévue par les accords militaires franco-russes – la mobilisation partielle contre l’Autriche-Hongrie[38]. Le chancelier allemand Bethmann-Hollweg se laisse alors jusqu’au 31 pour une réponse appropriée. Le 30, la Russie ordonne la mobilisation générale contre l’Allemagne. En réponse, le lendemain, l’Allemagne proclame « l’état de danger de guerre ». C’est aussi la mobilisation générale en Autriche pour le 4 août. En effet, le Kaiser Guillaume II demande à son cousin le tsar Nicolas II de suspendre la mobilisation générale russe. Devant son refus, l’Allemagne adresse un ultimatum exigeant l’arrêt de sa mobilisation et l’engagement de ne pas soutenir la Serbie. Un autre est adressé à la France, lui demandant de ne pas soutenir la Russie si cette dernière venait à prendre la défense de la Serbie. En France, Jean Jaurès est assassiné à Paris par le nationaliste Raoul Villain le 31 juillet. Le 1er août, à la suite de la réponse russe, l’Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie. Le diplomate Henri Pozzi[39] a fait état des falsifications dont les télégrammes de déclaration de guerre du 1er août ont été l'objet pour charger l'Allemagne et l'Autriche de toute la responsabilité dans la déclaration de la guerre. * En France, le gouvernement décrète la mobilisation générale le même jour, à 16 h[40]. Le lendemain, l’Allemagne envahit le Luxembourg, un pays neutre, et adresse un ultimatum à la Belgique, elle aussi neutre, pour réclamer le libre passage de ses troupes[41]. Au même moment, l’Allemagne et l’Empire ottoman signent une alliance contre la Russie. Le 3 août, la Belgique rejette l’ultimatum allemand. L’Allemagne entend prendre l’initiative militaire selon le plan Schlieffen. Elle adresse un ultimatum au gouvernement français, exigeant la neutralité de la France qui en outre devrait abandonner trois places fortes dont Verdun. Le gouvernement français répond que « la France agira conformément à ses intérêts »[42]. L’Allemagne déclare alors la guerre à la France. Le Royaume-Uni, qui souhaitait éviter la guerre[43], déclare qu’il garantit la neutralité belge, et réclame le lendemain que les armées allemandes, qui viennent de pénétrer en Belgique, soient immédiatement retirées. Le gouvernement de Londres ne reçoit aucune réponse, et déclare donc la guerre à l’Allemagne le 4 août. Seule l’Italie, membre de la Triplice qui la lie à l'Allemagne et à l'Autriche, se réserve la possibilité d'intervenir plus tard suivant les circonstances. Le 6 août, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie aux côtés de l’Allemagne. Le 11, la France déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie, suivie par le Royaume-Uni le 13. Comme la plupart des pays engagés possèdent des colonies, l'affrontement prend rapidement un caractère mondial : faisant partie du Commonwealth, le Canada, l’Australie, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud entrent automatiquement en guerre contre l’Allemagne, de même que les colonies françaises et belges. * Le 23 août, le Japon offre son appui aux Alliés et déclare la guerre à l’Allemagne. Le 1er novembre, l'Empire ottoman se joint aux puissances centrales. Le sort de la guerre cependant se joue en Europe, surtout en France, qui en supporte la charge la plus lourde[réf. nécessaire]. * Forces en présence * Articles connexes : Mobilisation allemande, Mobilisation française et Mobilisation russe. * Les deux camps sont équilibrés. L'Alliance et l'Entente possèdent des effectifs pratiquement identiques. En 1918, la guerre concerne la plupart des pays du monde. * La France, malgré une population d’environ 39 millions d’habitants, peut disposer immédiatement de près de 800 000 soldats d’active depuis l’adoption de la loi des trois ans (août 1913) qui augmente la durée du service militaire[44]. La mobilisation, terminée vers le 15 août, complète les effectifs. Les uniformes portés par les soldats français ressemblent singulièrement à ceux portés lors de la guerre de 1870 avec le fameux pantalon garance. Il est porté non seulement par tradition, mais aussi pour être vu de loin par l’artillerie, et donc pour éviter les pertes par tirs amis et ce à une époque ou la poudre sans fumée (inventée en 1884 par le professeur Vieille) n'existe pas encore[45]. En effet, la doctrine française de l’offensive s’appuyait sur le canon à tir rapide de 75, devant accompagner l’infanterie pour réduire les troupes adverses avant l’assaut. Il faut attendre 1915 pour que soit distribué l'uniforme bleu horizon[46] afin de réduire la visibilité des soldats face au feu des armes ennemies [45]. L'armée française rejoignait ainsi l'usage adopté par les autres armées européennes (britanniques, allemandes, russes et italiennes) de couleurs discrètes pour leur tenue de campagne[45]. * Le premier mort militaire français est le caporal Jules-André Peugeot tué le 2 août 1914 à Joncherey[47]. * La Belgique présente une force théorique de 350 000 hommes grâce au service militaire obligatoire instauré depuis peu, mais ne peut opposer à l'armée allemande, dans l'immédiat, qu'une armée de campagne de 140 000 hommes appuyée sur des lignes de fortifications autour des places de Liège, Namur et, surtout, d'Anvers, énorme place-forte constituée de trois lignes de forteresses autour du port. C'est le réduit national considéré comme la plus importante place-forte du monde, mais qui n'est pas encore achevé. * Au début des hostilités, le Corps expéditionnaire britannique n’est encore qu’en petit nombre, environ 70 000 hommes[48], et ne joue qu’un rôle mineur dans le déroulement des opérations. Il est essentiellement composé de soldats professionnels bien entraînés, bien équipés et expérimentés. L'Angleterre est donc, apparemment, la plus faible des nations en cause dans la guerre qui commence. Mais ses dirigeants disposent d'une réserve de millions de soldats venus de ses colonies (Indes, Kenya, Nigeria, etc.), et surtout des dominions : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Terre-Neuve. Toutefois, ces forces ne seront disponibles que dans un délai tel que les dirigeants anglais comptent, d'abord, sur la France et la Belgique pour ralentir l'attaque allemande, craignant que l'agresseur puisse s'installer sur les côtes de la mer du Nord et à Anvers (dont William Pitt avait dit que ce port retranché dans l'estuaire de l'Escaut était « un pistolet braqué sur le cœur de l'Angleterre »[49],[50]). Aussi, la Royal Navy est-elle mise en alerte ; avec celle-ci le Royaume-Uni est le plus fort sur les mers. Elle peut donc protéger les îles britanniques contre toute attaque maritime de la flotte de guerre allemande devenue la deuxième au monde sous l'impulsion de l'empereur Guillaume II. * Les armées russes sont immenses, et la France compte beaucoup sur elles pour diviser l’armée allemande ; mais ce nombre impressionnant de soldats (1 300 000 soldats d'active et 4 000 000 de réservistes[51]) masque le fait qu’il ne s’agit le plus souvent que de paysans sans aucune formation militaire, mal armés et mal équipés. Et, de plus, le commandement russe se révèle lui-même médiocre. * L’Allemagne est bien plus peuplée que la France, 67 millions d’habitants contre 39 millions, mais elle doit réserver une partie de ses forces au front de l’Est. La moyenne d’âge des soldats allemands est également inférieure à celle des Français. Au début de la guerre, l’Allemagne, contrairement à la France, n’a pas rappelé les classes d’âge élevé et dispose encore d’importantes réserves humaines : 870 000 hommes[52]. L’équipement du soldat allemand est généralement meilleur que celui du soldat français, il est soutenu par de nombreuses mitrailleuses, (tout comme le soldat français mais selon une doctrine plus favorable à la concentration de leur feu), et par la meilleure artillerie lourde du monde. En dehors de certains anachronismes, comme le casque à pointe, il tient généralement compte de l’expérience acquise dans les conflits de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. * Les forces en présence sont telles que toute une génération de jeunes Européens est mobilisée, faisant de ce conflit la première guerre de masse pour certains historiens[53],[e]. * Guerre du droit, guerre de propagande * * Mobilisation des soldats de Lübeck. * * Les mobilisés parisiens devant la gare de l'Est le 2 août 1914. * * Volontaires britanniques en août 1914. * Articles détaillés : Union sacrée (mouvement) et Burgfrieden. * Lorsque la mobilisation est décrétée en France le 1er août 1914, la France est en pleine moisson et ne pense pas à la guerre[55]. Jean-Baptiste Duroselle qualifie l'hypothèse d'une guerre de revanche comme absurde[56]. Les mobilisés ne songent guère à reprendre l'Alsace-Lorraine, mais ils sont résolus à défendre le pays contre l'envahisseur qui a déclenché la guerre. Le patriotisme des combattants est un patriotisme défensif[57]. En témoigne le faible nombre de déserteurs, 1,5 % des mobilisés[58]. De plus, beaucoup pensent que la guerre sera courte. Les moments d’enthousiasme existent, notamment à l’occasion du rassemblement des mobilisés dans les gares, mais demeurent une exception. Le sentiment qui domine est la détermination à défendre la patrie et la République, contre un ennemi perçu comme redoutable. * En Allemagne et au Royaume-Uni se manifeste aussi un patriotisme sans faille[59], exprimé en Allemagne par la certitude de vaincre et la conviction d'une supériorité non seulement militaire, mais aussi industrielle, culturelle, voire raciale. Par contre, en Russie, une opposition à la guerre se développe dans les milieux libéraux et révolutionnaires. Les socialistes russes sont divisés entre le ralliement et le défaitisme. Le président français Raymond Poincaré appelle à l’Union Sacrée[60]. La Chambre et le Sénat français votent les crédits de guerre à l’unanimité, tandis que l'état de siège, déclaré par Poincaré deux jours avant réception de la déclaration de guerre allemande, soit le 2 août 1914, est entériné dans des conditions contraires aux lois prévoyant celui-ci[61],[62]. Il en va de même au Reichstag où les députés sociaux-démocrates votent aussi par 78 contre 14 les crédits de guerre[63] malgré leurs engagements contre la course aux armements. Au même moment, l’Union Sacrée se forme en Russie : la Douma vote des crédits de guerre. * Comme les armées commencent à s’affronter, les gouvernements belligérants se lancent dans une lutte médiatique à coups de publications de documents soigneusement sélectionnés, exhibant essentiellement des échanges diplomatiques. Le Livre blanc de l'Allemagne en contient ainsi 36. Le Livre jaune français, achevé après trois mois de travail, en regroupe 164. Ces ouvrages de propagande visent à convaincre les opinions publiques du bien-fondé de leurs droits. Dans le Livre Blanc, des coupures éliminent ainsi tout ce qui pourrait bénéficier à la position russe[64]. Le Livre jaune est qualifié par les propagandistes allemands de vaste « collection de falsifications »[65] : la France est accusée d'avoir donné son appui inconditionnel à la Russie. L'Allemagne tente de montrer qu'elle a été contrainte à la mobilisation générale par celle de la Russie, qui elle-même rejette la responsabilité sur l’Autriche-Hongrie. Les documents alliés sur les circonstances de la déclaration de guerre, ainsi que les crimes de guerre commis par l'armée allemande, constitueront la base sur laquelle les Alliés s’appuieront en 1919 pour formuler l’article 231 du traité de Versailles affirmant l’exclusive responsabilité de l’Allemagne et de ses alliés. * La lutte médiatique se poursuit dans les tranchées où les poilus s'informent grâce notamment aux nombreux journaux censurés ou contrôlés par la propagande de guerre[f] qui rappellent cette guerre du droit. La France et l’Allemagne vont jusqu’à utiliser la neutralité de la langue internationale espéranto pour publier des textes de propagande dans les revues respectives Pour la France par l’espéranto (France) et Internacia Bulteno et La Vero pri la milito (« bulletin international », « la vérité sur la guerre », Allemagne)[68]. Les poilus parviennent cependant à éviter le bourrage de crâne, d'abord en étant au plus près des réalités de la guerre – ce qui les rend très sceptiques face aux mensonges de la propagande – parfois en se faisant envoyer, le plus souvent par l'intermédiaire de leur famille, des livres très divers : de la littérature de l'arrière comme Gaspard de René Benjamin ; de la littérature de tranchée comme Le Feu d'Henri Barbusse ou les récits de guerre de Maurice Genevoix ; des romans antimilitaristes comme Les Sous-offs de Lucien Descaves ; des livres qui permettent de comprendre ce qui se déroulait sur le front, tels Guerre et Paix de Tolstoï ou les Pensées de Pascal. La littérature patriotique reste prédominante chez les soldats allemands, avec Les Souffrances du jeune Werther de Goethe ou Considérations d'un apolitique de Thomas Mann[69]. La littérature de guerre est suffisamment importante pour que naisse en 1919 une Association des écrivains combattants visant à défendre les intérêts des écrivains survivants et la mémoire de ceux tombés au champ d'honneur. * La propagande s'exerce aussi sur les enfants à travers l'école qui dispense un code moral d'embrigadement (jeux de guerre pour les garçons à travers la figure littéraire du jeune au fusil de bois, cours d'histoire orientés, leçons de morale et de patriotisme, travaux de couture des filles pour les prisonniers) tandis que l'Église exalte la nécessité de l'engagement (les prêtres comme les instituteurs diffusent une « culture de guerre ») et prêche une théologie de la guerre (discours sur l'expiation des péchés et le retour à l'obéissance religieuse). Les « loisirs, les jeux, les jouets gomment peu à peu l'espace du rêve inhérent à l'enfance pour éduquer et convaincre ; les lectures mêmes - des Livres roses pour la jeunesse aux périodiques illustrés - exhortent le petit enfant au sens du devoir et du sacrifice : l'« enfant-héros » est né »[70],[71]. * En Autriche-Hongrie, la Serbie est présentée comme responsable de l'attentat de Sarajevo et une forte propagande est menée contre elle, la présentant comme un pays de « complots criminels » et de « sauvages ». Le général austro-hongrois Horstein autorisera ses troupes à se comporter avec cruauté lors de l'invasion de la Serbie, au vu du fait qu'il s'agit là d'un « pays ennemi »[réf. insuffisante][72]. * Buts de guerre * * Réfugiés belges. Pour le Royaume-Uni, la réinstallation de la Belgique dans ses droits est un but de guerre. * Articles détaillés : Buts de guerre de la Première Guerre mondiale et Conférences de Spa (Première Guerre mondiale). * La formulation des buts de guerre est délicate pour la plupart des États belligérants. Beaucoup de chefs d'État considèrent cela comme dangereux et inutile, car la proclamation de buts de guerre concrets pourrait entraîner des obligations qu'ils préféreraient éviter. Ne pas atteindre les buts de guerre annoncés publiquement pourrait en effet être perçu par la suite comme une défaite. Les chefs d'État parlent, dans la première phase des combats, de buts de guerre généraux, et cela jusqu'en 1917, sauf, pour ce qui est de l'Angleterre qui a affirmé vouloir restaurer l'indépendance belge. Il s'agit d'empêcher l'Allemagne d'installer à Anvers et sur la côte belge des bases militaires qui deviendraient une menace permanente proche des côtes de la Grande-Bretagne. Pour la France et la Belgique, les buts de guerre sont d'abord, simplement, chasser l'envahisseur et libérer le territoire national. * Le gouvernement français préfère donc exalter l'idée générale de victoire[73]. Mais, dans l'immédiat, ce qui compte c'est le caractère héroïque de la guerre, mis en avant par des médias, mis sous contrôle par les États à des fins de propagande, comme en Angleterre, où Reuters doit publier le 16 avril 1917 une histoire inventée par un journal belge sur une usine allemande accusée de transformer des corps humains en matériaux de guerre[74]. Exagération rendue crédible par les atrocités véritables que civils et militaires alliés ou neutres ont pu constater en Belgique et en France occupée – incendies systématiques, capture et exécutions d'otages, déportations plus tard. * D'un autre côté, les aspirations d'expansion à peine dissimulées ont une influence négative sur la position des États neutres. Par la suite, la formulation publique des buts de guerre se révélera souvent nécessaire pour justifier la volonté de combattre pour telle ou telle ambition[75]. Par contre, les Empires centraux utilisent les buts de guerre pour encourager leur population, leurs alliés ou les pays neutres, ou bien les brandissent pour menacer et ainsi décourager leurs ennemis[76]. La politique de guerre de chaque camp comporte également un aspect économique : occuper ou exercer une influence dans les secteurs commerciaux, pour ses propres exportations d'une part, et pour obtenir de nouvelles sources de matières premières d'autre part. C'est l'Afrique qui est visée. Mais, dans cette partie du monde, l'Allemagne n'a pas les moyens militaires de soutenir les ambitions qu'elle nourrit depuis le traité de Berlin de 1885, qui ne lui a laissé que ce qu'elle considère comme les moins bons morceaux de la colonisation. * Opérations militaires * Article détaillé : Chronologie de la Première Guerre mondiale. * Guerre de mouvement (1914) * * Alliées et empires centraux, début août 1914. * Article connexe : Principales erreurs stratégiques françaises au début de la Première Guerre mondiale. * Événements de la guerre de mouvement * Articles détaillés : Bataille des Frontières, Grande Retraite et Bataille de la Marne (1914). * * Albert Ier, roi des Belges en 1914. * * La une du journal bruxellois Le Soir du 4 août 1914, annonçant l'invasion de la Belgique. * Le chef d’état-major allemand Helmut von Moltke applique le plan Schlieffen. Le 4 août, l’Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg. L'armée allemande lance un coup de main sur la position fortifiée de Liège, mais rencontre une résistance inattendue. Le roi Albert Ier lance un appel à la France et au Royaume-Uni en vertu du traité par lequel les garants de l'indépendance de la Belgique sont tenus de défendre celle-ci. La France répond immédiatement à cet appel par un vote du parlement décidé à respecter le traité de 1831, d'autant plus que l'entrée de l'armée française en Belgique pourrait éloigner du territoire français les ravages de la guerre. Les autorités de Londres aussi décident de s'engager sur le continent devant le refus des Allemands de retirer leurs troupes de Belgique. * Aux raisons stratégiques s'ajoutent bientôt des motifs humanitaires pour justifier l'intervention contre l'Allemagne. En effet l'opinion publique, alertée par des réfugiés fuyant les combats[77], accuse les Allemands de se livrer à des atrocités comme exécuter des civils, couper les mains des prisonniers pour qu'ils ne puissent plus se battre ou encore saccager maisons, châteaux et églises[78]. Des villes belges sont soumises au sac et à l'incendie et des civils sont fusillés, comme à Visé, Aarschot, Termonde, Dinant[79] et Louvain où la bibliothèque multiséculaire est détruite avec les chefs-d'œuvre qu'elle contient[80]. Les dévastations et les crimes de guerre s'étendent au Nord de la France[81] et la cathédrale de Reims est gravement atteinte par l'artillerie allemande, ce qui suscite l'indignation de l'opinion publique jusqu'aux États-Unis[82]. Car ces faits parviennent à l'étranger par des témoins neutres présents en Belgique, simples résidents, journalistes, membres du corps diplomatique[83]. Des rapports ultérieurs impartiaux feront la part entre les accusations et la réalité tout en devant admettre la violence des troupes allemandes qui se justifient de leurs agissements contre les civils en invoquant des agressions (souvent imaginaires) de ceux-ci, ce qui est contraire aux lois de la guerre[84]. Est notamment accusée la Garde Civique belge, troupe supplétive de civils en uniformes qui se battent à Verviers, Tamines et Saint-Trond, ce qui exaspère le commandement allemand qui prétend n'y voir que des civils combattant en francs-tireurs, alors, cependant, que cette troupe est régulièrement organisée par la loi belge au même titre que la Landsturm allemande[85]. * Le 8 août, les troupes françaises entrent à Mulhouse, qui tombe à nouveau aux mains des Allemands deux jours plus tard[86]. La percée en Lorraine, suivant le plan XVII, est un échec pour la France (bataille de Lorraine des 19-20 août, où les Français comptent plus de vingt mille pertes en deux jours) et les IIIe et IVe Armées françaises se replient derrière la Meuse. Le 20 août, les troupes allemandes entrent à Bruxelles[87]. Le 23 août, les Allemands forcent au recul la 5e armée française lors de la bataille de Charleroi et le Corps expéditionnaire britannique à la bataille de Mons[88]. Sur toute la ligne de front belge, les Alliés reculent. Du 20 au 25 août 1914, 40 000 soldats français perdront la vie dont 27 000 pour la seule journée du 22 août 1914, journée la plus sanglante de l'histoire de France[89]. * Les troupes britanniques, dirigées par le général French, et la 5e armée française commandée par le général Lanrezac se replient précipitamment vers l'Aisne, puis vers la Marne. Cette retraite est ponctuée par deux batailles d'arrêt, la bataille du Cateau entre les troupes britanniques et la 1re armée allemande, la bataille de Guise entre les troupes françaises et les 1re et 2e armées allemandes. Les troupes alliées sont poursuivies par trois armées allemandes qui franchissent la Marne, mais ne peuvent isoler l’aile gauche franco-britannique. Joffre, général en chef de l’armée française, organise le renforcement de ses troupes vers l’ouest pour éviter le débordement et l’encerclement de ses armées. L’attaque de la capitale semble imminente : c’est pourquoi du 29 août au 2 septembre, le gouvernement français quitte Paris et s’installe à Bordeaux, laissant la capitale sous le gouvernement militaire du général Gallieni. Le gouvernement civil exige des militaires que la capitale soit défendue et constitue une armée pour défendre Paris[90]. Mais le but principal des Allemands n’est pas Paris, mais l'encerclement et la destruction de l'armée française. Aussi pivotent-ils, toujours conformément au plan Schlieffen, en direction du sud-est pour acculer l'armée française vers les Vosges et la Suisse dans un mouvement en « coup de faux ». Le 4 septembre, l’armée allemande occupe Reims. Mais 150 000 soldats allemands et une importante artillerie sont retenus en Belgique par le siège de la place forte d'Anvers venant après la résistance des forts de Liège et la victoire belge sur la Jette, lors de la bataille de Haelen[g]. De ce fait, l'armée allemande ne peut protéger ses flancs faute d'effectifs suffisants. Bien que le rapport de force global sur tous les fronts soit en faveur des Allemands, Galliéni et Joffre saisissent l’occasion de renverser la situation en attaquant du fort au faible dans le secteur particulier de l'Ourcq, où ils peuvent tomber sur les arrières de la 1re armée allemande en pleine progression, dont la sécurité de flanc n'est assurée que par trois divisions. La 6e armée française, protégeant Paris, part à l’attaque le 5 septembre vers l'Ourcq, renforcée par des unités enlevées au front de Lorraine ou venues des colonies ; c'est alors qu'une brigade d'infanterie est transportée de Paris au front grâce à la réquisition de taxis parisiens par le général Gallieni, gouverneur militaire de la capitale. Les Français et les Britanniques s'arrêtent le lendemain 6 sur un front allant de Bar-le-Duc à la Seine-et-Marne, puis lancent une contre-offensive générale. Son succès est limité toutefois par l'épuisement des soldats et les pertes dramatiques en hommes, particulièrement en cadres (dans certaines unités françaises, les deux tiers des officiers ont été mis hors de combat en un mois). C’est la première victoire de la Marne (6-9 septembre)[92]. Tout d'abord, les troupes allemandes tiennent bon pendant quatre jours face à la contre-attaque française, mais doivent finalement reculer de 40 à 80 km, en abandonnant quantités de prisonniers et de matériels. Elles se replient sur l’Aisne puis réussissent à se fixer en s'appuyant sur les massifs de l’Argonne, notamment au Chemin des Dames. C'est l’échec du plan Schlieffen. En conséquence, l'empereur d'Allemagne renvoie le général en chef allemand von Molkte et le remplace par Erich von Falkenhayn le 14 septembre. Le 5 octobre, le conflit connaît ses premiers duels aériens près de Reims où un biplace Aviatik allemand est abattu à la mitrailleuse par un biplace Voisin des aviateurs français Frantz (pilote) et Quénault (mécanicien-mitrailleur). * La course à la mer * Au nord-ouest du front, le 19 octobre 1914, la « course à la mer » débute entre les armées allemande, française, britannique et belge. Il s'agit pour les alliés de s'installer en premier à la mer pour interdire les ports de Dunkerque, de Boulogne-sur-Mer et de Calais que les Allemands cherchent à atteindre pour couper les Anglais de leurs bases d’approvisionnement et ainsi les contraindre à se rendre. Mais, après leur victoire à la bataille de Haelen, les Belges qui ont soutenu un siège d'un mois à Anvers, sont parvenus à rejoindre les Franco-Anglais en Flandre. Les Allemands veulent s'emparer des ports de la côte et lancent leurs attaques dans la région de l’Yser. Or, à ce moment, les alliés installent les premières tranchées de la guerre. Dans le terrain spongieux d'une plaine maritime, elles ne sont pas creusées, mais érigées par l'érection de digues et l'entassement de dizaines de milliers de sacs de terre. À l'abri derrière ce rempart, auquel s'ajoute le remblai d'une ligne de chemin de fer, les Belges peuvent tenir les Allemands en respect. Les Britanniques, peu nombreux, se sont installés à Ypres, à l’extrémité sud-ouest de la Belgique, où la ville leur offre un véritable système de défense par l'utilisation des maisons et édifices publics devenus comme autant de forteresses. composées de soldats professionnels, les unités britanniques peuvent tirer le meilleur parti de leurs positions retranchées, alors que les Allemands vont devoir affronter les Anglais retranchés en partant de positions en terrain découvert et avec des troupes comprenant une toute récente levée de jeunes recrues inexpérimentées. L'armée française fait la liaison entre les Anglais et les Belges avec, notamment, les fusiliers marins du contre-amiral Pierre Alexis Ronarc'h. Les trois armées étant réunies forment un ensemble dense sur un front restreint. Les risques inhérents aux mouvements d'armées des mois précédents ont disparu. Au lieu de la situation défavorable des premiers mois de guerre, lorsque les alliés manœuvraient dans une coordination improvisée en face d'armées allemandes supérieures en nombre, en puissance de feu et en homogénéité, on se trouve, pour la première fois depuis le début de la guerre, dans des positions favorables face aux Allemands. Mais ceux-ci gardent leur supériorité en effectifs dans la proportion de six contre un[réf. nécessaire]. Cette supériorité sur le plan des chiffres est contrebalancée par la situation des Alliés qui peuvent compenser leur infériorité numérique par l'utilisation du terrain. Celui-ci a été inondé par les Belges qui ont ouvert les vannes qui retenait l'eau de la mer du Nord dont le niveau est supérieur à celui des polders (des étendues cultivées situées sous le niveau de la mer). C'est alors que le roi des Belges lance une proclamation à son armée d'avoir à résister sans esprit de recul. Les Belges et les Anglais acceptent d'ailleurs d'unir leurs états-majors à ceux des Français pour l'application d'une tactique commune sous l'autorité du général Joffre. Le 27 octobre, les Allemands lancent une vaste offensive en Belgique déclenchée au nord, à l’est et au sud d’Ypres. Pour augmenter l'effectif des combattants l'état-major allemand lance à l'assaut neuf divisions de la réserve de remplacement composée de très jeunes gens en cours de formation[93]. Leur inexpérience, ainsi que la tactique des assauts en masse entraînent des pertes énormes qui font surnommer ces opérations le massacre des innocents (De Kindermord)[94]. * Article détaillé : Course à la mer. * Le 3 novembre 1914, l'Amirauté britannique fait miner la mer du Nord déclarée « zone de guerre ». Le Royaume-Uni s'appuie sur la marine pour protéger le pays et établir un blocus économique de l'Allemagne. L'armée britannique de métier de 250 000 hommes est dispersée à travers le monde, mais, dans l’immédiat, 60 000 hommes sont prêts à partir pour le continent. * En décembre, les armées allemandes ont échoué sur tout le front des Flandres, enlisées dans les inondations et bloquées par les alliés embusqués à Ypres transformée en champ de ruines et derrière des fortifications de campagne faites de tranchées hâtivement installées, puis de plus en plus consolidées. Ainsi apparaît une nouvelle forme de guerre, c'est la guerre des tranchées. Celles-ci s'allongent depuis la mer jusqu'à Verdun et, bientôt, jusqu'à la frontière suisse. * Après que les alliés ont réussi à stabiliser le front, une contre-attaque générale est lancée depuis Nieuport en Flandre jusqu’à Verdun au nord-est de Paris. Mais les Allemands se sont, à leur tour, embusqués dans des tranchées d'où ils arrêtent toutes les attaques alliées[95]. * La « mêlée des Flandres » inaugure la fin de la guerre de mouvement et des combats à découvert sur le front occidental. À la fin de 1914, les deux camps ont amélioré les premières tranchées du début de la bataille des Flandres. Elles constituent une ligne de défense qui s'étend sur près de 800 km, de la mer du nord à la frontière suisse. C'est le début d'un mode de guerre qui va caractériser les années qui vont suivre durant lesquelles la guerre de mouvement va perdurer malgré les offensives de rupture des deux camps avec leurs hécatombes. * Front Est * * Troupes russes se rendant au front. * Article détaillé : Front de l'Est. * Sur le front oriental, suivant les plans des Alliés, le tsar lance l’offensive en Prusse-Orientale le 17 août, plus tôt que prévu par les Allemands. En août, deux armées russes pénètrent en Prusse-Orientale et quatre autres envahissent la province autrichienne de Galicie après les victoires de Lemberg, en août et septembre. Les armées russes sèment la terreur en Prusse et sont accusées d'assassinats et de viols par la propagande allemande[81]. Face aux armées autrichiennes mal équipées, les armées russes avancent régulièrement. Elles s’emparent de Lvov le 3 septembre et de la Bucovine et repoussent les Autrichiens dans les Carpates, où le front se stabilise en novembre. * Face aux Allemands, les Russes remportent une victoire à Gumbinnen les 19 et 20 août sur les forces de la huitième armée allemande, inférieures en nombre. Ceux-ci sont sur le point d’évacuer la région lorsque des renforts commandés par le général Paul von Hindenburg remportent sur les Russes une victoire décisive lors de la bataille de Tannenberg les 27 et 30 août 1914, confirmée lors de la bataille des lacs Mazures en Prusse-Orientale, le 15 septembre, ce qui oblige les Russes à battre en retraite vers leur frontière[96]. Les Allemands stoppent définitivement les offensives russes en Prusse orientale le 31 août. Le même jour, les Russes écrasent les Autrichiens lors de la bataille de Lemberg qui s’achève le 11 septembre. Le 20 octobre, au cours de la bataille de la Vistule, les Allemands battent en retraite devant les Russes dans la boucle de la Vistule. Au début du mois de novembre, Hindenburg devient commandant en chef des armées allemandes sur le front Est. Il est considéré comme un héros et ses avis sont toujours écoutés par le Kaiser. * Sur le front Sud-est, les Autrichiens tentent à trois reprises d’envahir la Serbie, mais ils sont repoussés et subissent une défaite à Cer, le 24 août. Les Serbes reprennent Belgrade le 13 décembre. Et enfin, entre le 29 octobre et le 20 novembre, les Turcs bombardent les côtes russes de la mer Noire. L’Empire ottoman rejoint les Allemands et les Autrichiens dans la guerre. * Mondialisation du conflit * * Le 1er novembre 1914, les autorités turques déclarent officiellement la guerre contre les pays de la Triple-Entente. * * Le télégramme Zimmermann, déchiffré et traduit. * Peu à peu, le conflit se mondialise. Le Japon, en tant qu’allié du Royaume-Uni, déclare la guerre à l’Allemagne le 23 août 1914, mais sa participation au conflit se limite à l’occupation des colonies allemandes de l’océan Pacifique (îles Marshall, Carolines et Mariannes) et des concessions allemandes de Chine (Shandong). Il profite du conflit pour renforcer ses positions face aux grandes puissances européennes en Asie. * L'Empire ottoman entre en guerre contre les pays de la Triple-Entente le 1er novembre 1914, en tant qu’allié de l’Allemagne[97]. La motivation principale des Ottomans dans cette guerre est de combattre l'Empire russe qui cherche à prendre le contrôle des détroits. * L’Italie, bien que membre de la Triplice, déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie en mai 1915 après bien des hésitations. En août 1914, elle s’était prudemment déclarée neutre. Sollicitée par les deux camps, elle finit par pencher du côté des pays de la Triple-Entente. En effet, par le traité secret de Londres d’avril 1915, la France et le Royaume-Uni lui promettent qu’une fois la victoire acquise, elle bénéficierait de larges compensations territoriales, à savoir : les terres irrédentes mais aussi une zone d’influence en Asie Mineure et en Afrique. * La Bulgarie, initialement neutre mais sollicitée par les deux camps, s’engage finalement aux côtés des puissances centrales en octobre 1915, à un moment où celles-ci semblent l’emporter sur le front des Balkans. Pour enlever l'adhésion des Bulgares, ces derniers n'avaient pas hésité à leur promettre en cas de victoire, la cession de la Macédoine serbe, la Dobroudja roumaine, ainsi qu'un accès à la Mer Adriatique, que Sofia justement revendiquait. * Le Portugal entre en guerre aux côtés de l’Entente en mars 1916 pour consolider sa position en Europe et préserver ses colonies, convoitées par l’Allemagne. La Roumanie déclare la guerre à l’Allemagne en août 1916, après la contre-offensive russe victorieuse sur le front oriental laissant espérer une défaite de l’Autriche-Hongrie. Elle revendique la Transylvanie hongroise. En 1914, la Grèce reste neutre, puis elle rejoint l’Entente en déclarant la guerre à la Bulgarie en novembre 1916, puis à l’Allemagne en juin 1917 après l’abdication et l’exil du roi Constantin. * Après le torpillage du paquebot Lusitania le 7 mai 1915, les sous-mariniers allemands marquent une pause à partir du 27 août 1915 et suspendent la guerre sous-marine pour éviter l'entrée en guerre des Américains aux côtés de la Triple-entente[98]. Début 1917, les Allemands décident de reprendre la guerre sous-marine de façon à tenter de réduire l'approvisionnement américain de leurs ennemis et forcer le blocus qui frappe leurs côtes[99]. Par un télégramme secret du secrétaire d'État allemand aux Affaires étrangères Arthur Zimmermann émis le 16 janvier 1917, ils proposent une alliance au Mexique et annoncent leur intention de reprendre la guerre sous-marine à outrance, ce qui sera effectif dès 1er février 1917[99]. Les Américains interceptent ce télégramme qu'ils rendent public le 1er mars : le scandale fait basculer l'opinion américaine, jusque-là neutraliste et les États-Unis peuvent déclarer la guerre à l’Allemagne le 6 avril de cette même année. Cette entrée en guerre, quoique tardive et malgré le retrait russe de la guerre à la suite de la révolution bolchévique, fut décisive[99]. * Sachant que les colonies participent également à l’effort de guerre des métropoles européennes[100], la guerre est désormais mondiale[99]. * Trêve de Noël * Article détaillé : Trêve de Noël. * Les soldats du front occidental étaient épuisés et choqués par l'étendue des pertes humaines qu'ils avaient subies depuis le mois d'août. Au petit matin du 25 décembre, les Britanniques qui tenaient les tranchées autour de la ville belge d'Ypres entendirent des chants de Noël venir des positions ennemies, puis découvrirent que des arbres de Noël étaient placés le long des tranchées allemandes. Lentement, des colonnes de soldats allemands sortirent de leurs tranchées et avancèrent jusqu'au milieu du no man's land, où ils appelèrent les Britanniques à venir les rejoindre. Les deux camps se rencontrèrent au milieu d'un paysage dévasté par les obus, échangèrent des cadeaux, discutèrent et jouèrent au football. Ce genre de trêve fut courant là où les troupes britanniques et allemandes se faisaient face, et la fraternisation se poursuivit encore par endroits pendant une semaine jusqu'à ce que les autorités militaires y mettent un frein. Cet événement fut à l'origine du film Joyeux Noël de Christian Carion, sorti en 2005. * Guerre de position (1915-1917) * Année 1915 * Articles détaillés : Front italien (Première Guerre mondiale) et Batailles de l'Isonzo. * Front Ouest et front africain * Article détaillé : Front de l'Ouest (Première Guerre mondiale). * Depuis août 1914, les Français épaulés par des troupes coloniales belges venues du Congo combattent les Allemands et finissent par les battre au Togo, faisant entrer ce pays d'Afrique occidentale dans le giron français dès 1915. En Afrique orientale allemande, les Anglais et les Belges combattent les troupes coloniales du colonel von Lettow Vorbeck. * Mais, en Europe, la guerre entre dans une phase nouvelle provoquée par l'évolution technique. L'année 1915 commence, le 19 janvier, par une première dans l'histoire militaire, le bombardement aérien de civils par un Zeppelin au Royaume-Uni, ainsi que le 21 mars, quand ce même dirigeable bombarde Paris. Pendant toute la guerre, les dirigeables vont terroriser les citadins français et anglais. En février 1915, les premiers avions armés d’une mitrailleuse, les Vickers F.B.5, équipent une escadrille de chasse britannique du Royal Flying Corps. Le gouvernement allemand proclame « zone de guerre » les eaux territoriales britanniques et c’est le début, pour la première fois dans l'histoire, de la guerre sous-marine. En riposte, le 1er mars, les Alliés étendent leur blocus à la totalité des marchandises allemandes tandis qu'une flotte britannique sort victorieuse d'un combat avec une escadre allemande près du Dogger Bank, en mer du Nord. * La guerre se prolonge et devient une guerre d’usure qui met à l’épreuve tant les forces morales que matérielles des combattants. Les états-majors veulent « saigner à blanc » les armées adverses. Les Russes lancent une attaque dans les Carpates, mais doivent faire face à une grande offensive des puissances centrales, les Turcs étant également passés à l’attaque au Caucase pour prendre les armées russes à revers. Pour tenter de soulager la pression sur les Russes en attirant le maximum de troupes allemandes vers l'ouest, Français et Britanniques lancent assaut sur assaut en Artois, puis en Champagne, le 16 février. Le 20 février 1915, Reims est bombardée par les Allemands. La tentative de percée française est un échec et la bataille de Champagne se termine le 20 mars 1915. * Ces offensives de 1915 ont réussi à bousculer quelque peu les dispositifs allemands, mais c'est au prix de pertes alliées effroyables. Le haut-commandement allié doit constater l’insuffisance des moyens d’attaque, particulièrement en artillerie lourde, domaine dans lequel l’Allemagne possède une supériorité incontestable depuis le début de la guerre. * Le 22 avril, les gaz asphyxiants, nouvelle arme de guerre sont utilisés par les Allemands à Steenstraate et à Ypres contre les Belges et les Anglais[101]. L’effet est immédiat et foudroyant et provoque des milliers de morts et blessés lourds et graves. Mais jamais les Allemands ni les Alliés, qui l’essaient à leur tour, ne procèdent à une utilisation systématique. Contrôlant mal le mouvement des vents, les uns et les autres craignent que les nappes ne se retournent. Or, les soldats alliés ne sont pas équipés pour occuper les zones infectées, ne permettant d'obtenir que des succès locaux. * Le 26 avril, le pacte de Londres entre les membres de l’Entente est signé et l’Italie s’engage à entrer en guerre contre les Empires centraux dans un délai d’un mois. Les Alliés acceptent les revendications du 9 mars. Au bout d'une vive campagne des « interventionnistes » pour l'entrée en guerre de l'Italie, lancée en particulier par le discours du 5 mai 1915 de Gabriele D'Annunzio, Rome entre en guerre le 23 mai. La décision a été prise par trois hommes : le roi d'Italie, Victor-Emmanuel III, le président du Conseil, Antonio Salandra et le ministre des Affaires étrangères, Sidney Sonnino[102]. Cette entrée en guerre de l'Italie aux côtés des Alliés a une grande importance stratégique, car elle coupe une voie d'approvisionnement des Empires centraux et permet l'ouverture d'un nouveau front. * Pour la première fois de la guerre, les pays en guerre vont mobiliser toutes leurs ressources : humaines, économiques et financières, dans la conduite d’un conflit total. * L’organisation en armées, corps d'armée, divisions, brigades, régiments, bataillons, compagnies, sections et escouades est relativement similaire dans les deux camps. La dotation et la répartition en matériel et en armes sont pratiquement identiques. Toutefois, la France a privilégié l’offensive et possède une artillerie plus légère fondée, notamment, sur le canon de 75, afin de favoriser les mouvements. L’Allemagne possède une artillerie plus lourde et à plus longue portée, favorisée notamment par ses capacités de production et capable de mener des combats plus défensifs. Ces choix ont une importance non négligeable au début de la guerre et la différence n’est comblée qu’au début de 1916. * Le 11 mars, puis le 10 avril, les gouvernements britannique et français donnent leur accord sur le principe d’une annexion de Constantinople par la Russie[103]. Deux semaines plus tard, le 24 avril 1915, plus de 600 intellectuels arméniens de Constantinople sont arrêtés et déportés par les Jeunes-Turcs, date symboliquement considérée comme marquant le début du génocide arménien. * Guerre à l'est * * Troupes britanniques lors du débarquement à Gallipoli en mai 1915. * Articles détaillés : Révolte arabe de 1916-1918, Campagne de Serbie, Bataille des Dardanelles et Front de l'Est. * Lawrence d’Arabie fomente pour le compte des Britanniques le soulèvement des tribus arabes pour gêner les Turcs[104]. Avec l’aide bulgare, les austro-allemands réussissent à occuper toute la Serbie en 1915, contraignant l’armée royale serbe à traverser le pays pour trouver refuge à Corfou. * Au lieu de se heurter au gros des troupes ennemies, là où elles étaient bien organisées, installées dans un réseau savant de tranchées, l’état-major des Alliés décide de porter ses coups sur des points de défense plus vulnérables, ceux de l'allié turc de l'Allemagne. Le 25 avril 1915, un corps expéditionnaire allié débarque aux Dardanelles[105]. Le contrôle des détroits permettrait à la France et au Royaume-Uni de ravitailler la Russie et d’encercler les Empires centraux. Cette idée, défendue notamment par le chef de l’Amirauté britannique, Winston Churchill, débouche sur un débarquement à Gallipoli de troupes essentiellement constituées d’Australiens et de Néo-Zélandais. Malgré le courage des soldats de l’ANZAC, les Alliés ne parviennent pas à pénétrer par surprise dans l’Empire ottoman et échouent dans leurs offensives successives. L’entreprise coûte 145 000 hommes aux Alliés et elle est un échec total. Les rescapés sont débarqués à Salonique, au mépris de la neutralité grecque pour aider les Serbes, menacés par les puissances centrales. Le corps expéditionnaire constitue l’Armée d'Orient. Cette armée soutient ensuite les Serbes et participe à l’effondrement de l’Empire austro-hongrois en 1918. * Après la stabilisation des fronts, les Allemands reprennent l’initiative sur le front russe. Le 7 février 1915, les Allemands lancent une offensive au sud-est des lacs de Mazurie, dirigée par Hindenburg. Les Russes sont encerclés et se replient sur le Niémen. Les Allemands remportent des succès spectaculaires, occupant toute la Pologne, la Lituanie et une partie de la Lettonie. Faute de munitions et d’artillerie lourde, les Russes n’ont pu tenir tête ; ils perdent près de 2 000 000 hommes, une catastrophe qui, à long terme, ébranle le régime tsariste. Il n’en paraît pourtant rien, puisque les Russes se replient en bon ordre sur des positions retranchées. * Année 1916 * * Soldats français du 87e régiment près de Verdun (France) en 1916. * Article détaillé : Bataille de Verdun. * Au début de l’année 1916, le commandement allemand décide d’user complètement l’armée française en l’obligeant à s’engager à fond. Il choisit d’attaquer Verdun, un pivot du front fortifié, que les Français voudront défendre coûte que coûte[106]. * Le site de Verdun offre la possibilité d’attaquer les lignes françaises de trois côtés. De plus, l’armée allemande bénéficie, contrairement aux Français, de nombreuses voies ferrées qui facilitent les approvisionnements en matériel et en hommes. Enfin, les manœuvres d’approche peuvent se dérouler dans une relative discrétion, à l’abri du manteau forestier. Dans l’esprit du haut commandement allemand, « il ne s’agissait pas essentiellement de prendre Verdun […], mais de fixer les forces françaises, de les attirer sur ce champ de bataille qu’elles défendraient pied à pied […], de saigner à blanc l’armée française grâce à la supériorité en artillerie »[107]. Exsangue, l’armée française serait incapable de mener à bien l’offensive prévue sur la Somme. * Le lundi 21 février, après une courte mais violente préparation d’artillerie, le commandement allemand lance une attaque avec trois corps d’armée. Les deux divisions françaises qui défendent les seize kilomètres de la première ligne sont submergées. Très vite, le commandant de la IIe Armée, Philippe Pétain, organise la riposte. Il met en place une liaison avec Bar-le-Duc, à l’arrière. En 24 heures, 6 000 camions montent vers le front en empruntant cette route devenue la Voie sacrée. L’assaut allemand est repoussé et la brèche colmatée. Mais les attaques vont se renouveler pendant plusieurs mois, sans cesse contenues. Le 6 mars, les Allemands lancent une nouvelle attaque à Mort-Homme. « On les aura ! » écrit Pétain dans le célèbre ordre du jour du 10 avril. Il obtient que ses troupes soient régulièrement renouvelées avant qu’elles ne soient trop éprouvées. C’est le « tourniquet », où toute l’armée française connaît l’enfer de Verdun. Le déclenchement de l’offensive de la Somme en juillet et une nouvelle offensive des Russes sur le front oriental obligent les Allemands à relâcher leur pression sur Verdun. En décembre, Mangin reprend les forts perdus.[réf. nécessaire] Il y a eu plus de 700 000 victimes (blessés inclus) françaises ou allemandes sur ce champ de bataille[108]. * Entre le 1er juillet 1916 et le 18 novembre 1916 a lieu la bataille de la Somme[109]. Les troupes anglaises et françaises attaquent et tentent de percer les lignes de défense fortifiées allemandes au nord de la Somme, sur une ligne nord-sud de 45 km. L’offensive est précédée par une intense préparation d’artillerie. Pendant une semaine, 1,6 million d’obus tombent sur les lignes allemandes. Les Alliés sont persuadés d’avoir liquidé toute résistance du côté ennemi. L’offensive de la Somme, au départ offensive de rupture, se transforme progressivement en une guerre d’usure. La plupart des soldats anglais sont des engagés volontaires qui n’ont aucune expérience du feu. Dès les premières minutes, ils succombent en grand nombre dans les barbelés qui séparent les ennemis. Les soldats des deux bords ont l’impression de vivre en enfer. Les débauches d’artillerie empêchent toute percée d’aboutir. Les soldats combattent souvent pour quelques mètres et n’arrivent pas à percer les tranchées ennemies protégées par un tir nourri d’artillerie et des lignes de barbelés. Le bilan de la bataille de la Somme est très lourd. 650 000 alliés, principalement des Britanniques, mais aussi des Français, Australiens et Néo-Zélandais, ainsi que 580 000 hommes du côté allemand sont hors de combat, tués, blessés ou disparus. Les troupes alliées n’avancent que de 13 km sur un front de 35 km de long. * Année 1917 * Front ouest * * Pétain devient le général en chef des armées françaises à la place de Nivelle en 1917. * * Infanterie australienne en 1917 dans les tranchées. * * Soldats sénégalais au camp de Mailly par Félix Vallotton. * Articles détaillés : Mutineries de 1917 et Mutinerie des soldats russes à La Courtine. * 1917 connaît une crise qui affecte tous les secteurs. Malgré les échecs des batailles de Verdun et de la Somme, le général Nivelle élabore un nouveau plan d’attaque frontale, qui doit être le dernier. Il choisit un secteur situé entre Reims et Soissons : le Chemin des Dames, qu’il estime mal défendu[110]. Pendant six semaines, de début avril à la mi-mai, des assauts successifs tentent de conquérir ce site. Pendant le premier assaut, 40 000 Français tombent sous le feu infranchissable des mitrailleuses allemandes. * L’attaque n’avait rien d’une surprise. Les Allemands avaient appris par des prisonniers la prochaine offensive contre leurs lignes et avaient grandement amélioré leurs positions en plaçant davantage de mitrailleuses, en construisant des souterrains de protection et des abris souterrains à 10 ou 15 m de profondeur. En tout, 270 000 soldats français périssent. * L’échec de l’offensive du Chemin des Dames a pour conséquence immédiate les mutineries[111] qui s'élèvent contre les conditions de combat et non contre le fait de combattre en lui-même. Parmi les 40 000 mutins, il n’y pas de désertion, ni de fraternisation avec l’ennemi. Ils restent dans leur cantonnement et refusent de monter en ligne. Ils insultent les officiers qu’ils jugent incompétents. * Les mutins sont punis avec une relative modération par Pétain, devenu le général en chef des armées françaises à la place de Nivelle. Il y a 629 condamnations à mort et finalement, en comptant les cas de mutilation volontaire, 75 exécutions, dont 27 pour actes de mutinerie[112]. Pétain tente de mettre fin au mécontentement des soldats en améliorant leur vie quotidienne par le repos, la nourriture et le rythme des permissions[113]. * Le commandement français n’ose plus lancer les hommes à l’attaque, tant qu’il ne dispose pas d’une supériorité absolue en matériel grâce aux Américains et aux chars de combat. Pourtant, impatient de remporter un succès qui lui soit propre, l’état-major anglais lance une offensive à Passchendaele, dans les Flandres, à l’automne 1917. Il réussit seulement à mener à une mort inutile plusieurs centaines de milliers de Britanniques et d’Allemands. * En mars 1917, l’état-major impérial allemand prend la décision stratégique de reculer le front plus au nord, sur la « ligne Hindenburg », et fait évacuer toutes ses armées des positions occupées depuis 1914 dans le secteur de l’Aisne. Les Allemands dynamitent systématiquement les édifices emblématiques des villes et villages auparavant occupés. Ainsi disparaissent notamment les forteresses de Ham (Somme), située non loin de là, et de Coucy (27 mars 1917). Ce recul permet de raccourcir le front et d’économiser les forces nécessaires à sa défense. Ces opérations impliquent également le déplacement en masse des populations civiles des territoires occupés. Les seules offensives alliées victorieuses de 1917 ont lieu autour d’Arras et d’Ypres en avril et juin 1917, lorsque les troupes britanniques et du Commonwealth prennent quelques villages aux Allemands. La prise de Vimy par les Canadiens le 9 avril 1917 est devenu un symbole de la force du Canada et de la capacité des Canadiens de gagner un objectif, sans l’aide des Britanniques. Cette bataille fait 3 598 tués et 7 004 blessés parmi les soldats canadiens[114]. * Au sud, les forces italiennes et autrichiennes s’affrontent sans résultat depuis deux ans et demi sur le front de l'Isonzo au nord-ouest de Trieste, avec un léger avantage pour l'armée italienne qui, en 1916, avait conquis la ville de Gorizia lors d'une contre-offensive. Les Italiens avaient pénétré aussi de quelques kilomètres dans le Tyrol, mais sans résultats majeurs. Cet équilibre est rompu à l'automne 1917 lorsque les Allemands décident de soutenir leurs alliés autrichiens sur le front italien et envoient 7 divisions. Le 14 octobre 1917, lors de la bataille de Caporetto, les soldats italiens reculent devant l'offensive austro-allemande. * Plus de 600 000 soldats italiens, fatigués et démoralisés, désertent ou se rendent. L’Italie vit sous la menace d’une défaite militaire totale. Mais le 7 novembre, les Italiens parviennent à arrêter l'avancée des austro-allemands sur la ligne du Piave, à environ 110 kilomètres du front de l'Isonzo. La défaite italienne de Caporetto incite la France et le Royaume-Uni à envoyer des renforts et à mettre en place le Conseil suprême de guerre pour coordonner les efforts de guerre des Alliés. * Entrée en guerre des États-Unis * * Pendant la Première Guerre mondiale, l'US Army publie une affiche de recrutement mettant en vedette l'Oncle Sam. Le texte I want you for U.S. Army peut se traduire par « Je te veux pour l'armée américaine ». * Article détaillé : États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. * En 1917, sous la pression des militaires, et notamment de l’amiral Tirpitz[115], le Kaiser se décide à pratiquer la guerre sous-marine à outrance, c’est-à-dire couler tous les navires se rendant au Royaume-Uni, même les neutres. Les Allemands espèrent ainsi étouffer l’économie britannique et la contraindre à se retirer du conflit. En avril 1917, les sous-marins allemands ont déjà coulé 847 000 tonnes[116], soit l’équivalent du quart de la flotte commerciale française. Toutefois, l’organisation de convois sous la protection de la marine anglaise et le dragage des mines réussissent à émousser l’arme sous-marine. En fin de compte, au lieu de faire baisser pavillon au Royaume-Uni et de terroriser les neutres, la guerre sous-marine à outrance provoque l’intervention américaine. * De plus, le Royaume-Uni demande l’aide du Japon. Le croiseur Akashi et huit destroyers sont envoyés à Malte, chiffre qui est porté par la suite à 17 navires, sans compter les navires à commandement mixte. Cette flotte d’escorte et de soutien protège les convois alliés en Méditerranée et permet aux troupes alliées d’être acheminées d’Égypte vers Salonique et Marseille, pour prendre part à la grande offensive de 1918. Le destroyer Matsu a sauvé plus de 3 000 soldats et membres d’équipage du navire de transport Transylvania, torpillé au large des côtes françaises. En tout, le Japon a escorté 788 bateaux en Méditerranée, dont 700 000 hommes de troupes du Commonwealth britannique. * En août 1914, les États-Unis, très isolationnistes, restent neutres malgré les liens privilégiés avec des pays de l’Entente, en particulier le Royaume-Uni. Le blocus imposé par la flotte des pays de l’Entente met quasiment fin aux échanges entre les États-Unis et l’Allemagne. Dans le même temps, les liens financiers et commerciaux entre les États-Unis et les pays de l’Entente ne cessent de croître. * Le torpillage du paquebot britannique Lusitania le 7 mai 1915, a tué 128 ressortissants américains et plusieurs belges dont l'épouse du professeur Antoine Depage qui opère à la clinique de l'océan, à La Panne, pour les troupes belges. C'est le torpillage de trop pour l’opinion américaine et internationale qui basculent en faveur de la guerre contre l'Allemagne. * Et la maladresse de la diplomatie allemande achève de provoquer ce revirement : en janvier 1917, le ministre-conseiller Zimmermann n’hésite pas à promettre au Mexique l’alliance de l’Allemagne contre les États-Unis avec, pour salaire de la victoire, le retour des provinces perdues (Texas, Arizona et Nouveau-Mexique)[117]. Cette intervention du Kaiser dans les affaires américaines suscite l’indignation. Le Congrès américain décide l’entrée en guerre contre les empires centraux. Le président Woodrow Wilson fixe dès janvier 1918 ses objectifs de paix. Plusieurs pays d’Amérique latine s’engagent aussi dans le conflit aux côtés de l’Entente. * Le 13 juin 1917, 177 Américains, dont le général John Pershing, commandant en chef du corps expéditionnaire désigné après la mort subite du général Frederick Funston en début d'année, et le capitaine George Patton, débarquent à Boulogne-sur-Mer en France. Le 28 juin, la 1re division d'infanterie américaine débarque à Saint-Nazaire. Comme le Royaume-Uni, les États-Unis disposent uniquement d’une armée de métier. Ainsi, lorsque la proposition d'entrée en guerre du président Wilson devant le Congrès le 2 avril est acceptée, et que les États-Unis entrent en guerre le 6, le président américain doit compter majoritairement sur la base du volontariat pour constituer la force de 1,2 million d’hommes qui n’arrive en France qu’à partir du mois d’octobre 1917. * Le corps militaire américain établit ses premiers campements en octobre 1917 autour de Nantes, de La Rochelle, puis crée de toutes pièces au milieu de la forêt un gigantesque dépôt militaire et centre de montage et réparation mécanique à Romorantin. * L’uniforme américain des sammies est vert, complété par un casque en forme de cercle tout comme le modèle anglais. C’est une armée qui contribuera grandement à la victoire sur les Empires centraux, puisque lorsque la contre-attaque générale est lancée par le maréchal Foch en 1918, les G.I. ne représentent pas moins de 31 % des forces combattantes alliées. Au total, 2 millions de militaires américains seront en Europe au moment de l’armistice. * Front Est et Empire ottoman * La Russie ne peut pas soutenir une guerre contre un ennemi mieux équipé et mieux organisé. L’effort que demande une guerre, production industrielle et agricole accrue, engendre un rationnement de la population et des troubles sociaux. * Au début de l’année 1917, la Russie est épuisée, les désertions se multiplient et les villes connaissent des troubles d’approvisionnement qui rendent la situation explosive. Il suffit de peu pour que tout éclate. En mars 1917, une première révolution éclate. Elle porte au pouvoir la bourgeoisie libérale qui entend continuer la guerre alors que les soviets, de plus en plus influents, exigent la paix. Mais la Russie n’est plus une force d’attaque et les Alliés craignent une intensification de l’effort allemand à l’ouest. En novembre, Lénine et Trotski organisent une seconde révolution ; les bolcheviks prennent le pouvoir et, le nouveau régime n'étant pas en situation de continuer la guerre, lancent des pourparlers de paix avec les Empires centraux. * Le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Arthur Balfour, promet l’établissement d’un État juif en Palestine entre autres pour motiver les Juifs américains à soutenir l’entrée en guerre des États-Unis[118]. La même année, les Britanniques attaquent la Palestine, dont ils gardent le contrôle jusqu’en 1947. De nombreux juifs s’y installeront après les épreuves de la Seconde Guerre mondiale. * Fin des combats (1918) * * Alliés et empires centraux, milieu 1918. * * Territoire occupé par les puissances centrales après le traité de Brest-Litovsk, signé le 3 mars 1918. * * Troupes françaises sous le commandement du général Gouraud, avec leurs mitrailleuses parmi les ruines d'une église près de la Marne, repoussant les Allemands, 1918. * Début 1918, les Alliés perdent un front avec la sortie du conflit de la Russie. La Russie bolchevique signe le traité de Brest-Litovsk en mars 1918. L’Allemagne reçoit un « train d'or » (le contenu de celui-ci est confisqué à l’Allemagne par le traité de Versailles), occupe la Pologne, l’Ukraine, la Finlande, les Pays baltes et une partie de la Biélorussie. Les Allemands profitent aussi de cette défection pour envoyer d’importants renforts sur le front Ouest et tenter d’obtenir une victoire rapide avant l’arrivée effective des Américains. C’est le « retour de la guerre de mouvement ». * Le haut commandement allemand (maréchal Hindenburg et quartier maître général Erich Ludendorff) sait qu’il dispose d’un délai de quelques mois — jusqu’à juin-juillet 1918 — pour remporter une victoire décisive sur les troupes alliées. Renforcés par les troupes venant du front est, et souhaitant forcer la décision avant l’arrivée des troupes américaines, les Allemands mettent toutes leurs forces dans d’ultimes offensives à l’ouest et lancent une série de coups de boutoir contre les Anglais, particulièrement éprouvés depuis Passchendaele. L'effort porte sur la jonction des fronts anglais et français : le Grand État-Major allemand connait la mésentente entre Haig et Pétain et veut en jouer. Il s’en faut de peu que les lignes anglaises ne soient emportées lors de l’offensive du 21 mars, dans la région de Saint-Quentin[119]. Pour résister, les Anglais prélèvent des troupes sur le front des Flandres, ce qui amène l'armée belge à étendre son front. Le 17 avril, le général Wilson propose, en conséquence, de reculer le front des Flandres sur une ligne plus courte, ce qui priverait l'armée belge d'une partie de territoire national qui lui reste. Le roi des Belges s'y oppose de même que le généralissime des armées alliées Foch[120]. Les Belges parviendront d'ailleurs à repousser une offensive allemande à Merkem, tandis qu'il faut toute l'autorité de Clemenceau pour amener le général Fayolle à intervenir dans la zone de l'armée britannique et sauver celle-ci. Par contre, une offensive enfonce les Français, le 27 mai, au Chemin des Dames et amène l’armée allemande à la hauteur de Reims et de Soissons, après une avancée de 60 kilomètres. * Les divisions de l'armée du Kaiser écrasent celles des Alliés. Deux bombardements nocturnes ont été effectués sur la capitale en mars 1915 et janvier 1916 par des Zeppelins. Depuis, les bombardiers Gotha G larguent des bombes de 300 kg beaucoup plus puissantes, appelées « torpilles ». Paris est aussi touchée par des canons allemands à très longue portée, les Pariser Kanonen. Ces bombardements ont un fort impact psychologique sur la population parisienne bien que le nombre de victimes soit très inférieur à celui du front. * Entre la fin mars et le début du mois d'avril 1918, 500 000 Parisiens sur une population de trois millions partent en exode de la capitale vers la province ou la banlieue lointaine. À Paris on commence à envisager une défaite et certains évoquent un repli du gouvernement vers la Loire[121]. * Mais les Français tiennent bon et la rupture décisive du front allié n’étant pas atteinte, le haut commandement allemand envisage alors un ultime effort et souhaite le diriger à nouveau sur les troupes britanniques, réputées plus affaiblies, afin de les rejeter à la mer en les coupant de l’armée française. Cette offensive doit être précédée par une autre offensive contre l’armée française afin d’immobiliser les réserves de celle-ci et les empêcher de soutenir l’armée britannique. Lancée le 15 juillet 1918 par les troupes allemandes en Champagne, cette offensive préliminaire de « diversion » permet, pour la première fois, de voir la mise en œuvre, à cette échelle, de la tactique française de la zone défensive formalisée par le général Pétain depuis près d’une année. Les troupes allemandes pénètrent les premières lignes françaises, dont les forces organisées en profondeur, avec des môles de résistance, leur opposent un feu meurtrier sans reculer. La progression allemande est cependant importante au début et la Marne est franchie. C'est la seconde bataille de la Marne après celle de septembre 1914. Mais les troupes allemandes se sont aventurées très au sud et disposées en pointe, sans se prémunir contre des attaques de flanc lancées par les môles français. Elles sont bousculées par une contre-attaque française dans la région de Villers-Cotterêts commencée le 18 juillet 1918[122]. Les résultats de cette contre-attaque sont dévastateurs pour les Allemands, dont les défenses se désagrègent avec la désertion d'un million de soldats. Les troupes allemandes doivent refluer vers le nord, évitant de justesse l’encerclement. * Derniers mouvements et armistices * * Sous-marin allemand (Unterseeboot) en reddition à Londres en 1918. * Articles détaillés : Armistice de 1918 et Démobilisation à la fin de la Première Guerre mondiale. * À compter de cette date, l’armée allemande n’est plus jamais en mesure d’engager une action offensive, l’initiative étant désormais dans le seul camp des Alliés qui vont engager dans les mois suivants des contre-attaques permettant de regagner le terrain perdu au cours du printemps 1918 puis des contre-offensives majeures. La grande offensive victorieuse a lieu le 8 août 1918[123]. Les soldats canadiens, soutenus par les Australiens, les Français et les Britanniques, lancent une attaque en Picardie et enfoncent les lignes allemandes. Plus au sud, les soldats américains et français se lancent aussi dans l'offensive Meuse-Argonne, victorieuse. Pour la première fois, des milliers de soldats allemands se rendent sans combat. Les troupes allemandes ne peuvent résister aux armées alliées maintenant coordonnées par le général Foch. Symbole de l'effondrement du moral des troupes allemandes, le général allemand Ludendorff, qualifie le 8 août de « jour de deuil de l'armée allemande »[124]. * Le projet de création d'une Réplique de Paris commandé par l’état-major français, afin de leurrer les aviateurs allemands venus bombarder la capitale, entre en service en septembre 1918. En Flandre, l'offensive, comprenant des troupes françaises et britanniques, jointes aux troupes belges, démarre le 28 septembre à 5h30 du matin sous le commandement du roi des Belges. En France, le matériel et les soldats américains apportent le poids de leur intervention appuyée par les premiers chars Renault FT et par une supériorité navale et aérienne. * L’armistice est demandé par les Bulgares le 29 septembre. L’armée turque est anéantie par les Anglais lors de la bataille de Megiddo. Les généraux allemands, conscients de la défaite de l’Allemagne à terme, ne songent plus qu’à hâter la conclusion de l’armistice. Ils voudraient le signer avant que l’adversaire ne mesure sa victoire avec exactitude, avant qu’il ait reconquis le territoire français. * Sur le front italien, au printemps 1918, l'armée austro-hongroise essaie de forcer les lignes italiennes, mais elle se heurte à une résistance acharnée lors de la bataille du Piave. Le 24 octobre 1918, l'armée italienne (51 divisions italiennes et sept alliées dont deux françaises) lance une vaste offensive contre les forces austro-hongroises (63 divisions). Les Italiens parviennent à couper en deux les lignes autrichiennes dans la bataille de Vittorio Veneto. * Les Autrichiens, menacés d'encerclement, reculent sur toute la ligne du front. Le 3 novembre, les Italiens prennent les villes de Trente et de Trieste. Une tête de pont de l'armée italienne pénètre en Slovénie jusqu'à la ville de Postojna. L’armée austro-hongroise, démoralisée par la désertion de nombreux contingents slaves, est vaincue. Elle perd 350 000 soldats et plus de 5 000 pièces d'artillerie. L'Autriche elle-même reste presque sans défense, et l'Empire austro-hongrois est contraint de signer l'armistice le 4 novembre, à Villa Giusti dans le nord de l'Italie (armistice de Villa Giusti). Charles Ier abandonne son trône. La défection de l'Autriche-Hongrie est un coup dur pour les Allemands qui perdent ainsi leur principal allié. * En Allemagne, l'empereur Guillaume II refuse d’abdiquer, ce qui entraîne des manifestations en faveur de la paix. Le 3 novembre, des mutineries éclatent à Kiel : les marins refusent de livrer une bataille « pour l’honneur ». * La vague révolutionnaire gagne toute l’Allemagne. Le 9 novembre, Guillaume II est contraint d’abdiquer. L'état-major demande que soit signé l'armistice[125]. Le gouvernement de la nouvelle République allemande le signe alors dans la forêt de Compiègne à côté de Rethondes le 11 novembre 1918 dans le train du maréchal Foch alors que les troupes canadiennes lancent la dernière offensive de la guerre en attaquant Mons, en Belgique. Ainsi, les Allemands n’ont pas connu la guerre sur leur territoire ; ayant campé pendant quatre ans en terre ennemie, ils imaginent mal qu’ils sont vraiment vaincus. * Pour sauver les apparences, l'état-major allemand fait circuler la thèse du Coup de poignard dans le dos, dont se servira Hitler quelques années plus tard. Les clauses de l’armistice paraissent d’autant plus dures à la population allemande : reddition de la flotte de guerre qui doit être livrée à l'Angleterre, évacuation de la rive gauche du Rhin, livraison de 5 000 canons, de 30 000 mitrailleuses, de camions, de locomotives et de wagons, etc. * Malgré cela, en comparaison des dévastations causées en territoire ennemi, la puissance allemande n'est pas affectée en profondeur car, en 1918, la puissance industrielle (élément majeur de la force d’une nation) de l'Allemagne est intacte, puisque jamais attaquée sur son sol, au contraire de la situation en France et en Belgique. Plus tard, les propagandistes nazis ont ainsi pu déclarer que l’armée allemande avait protégé le pays et ne s’était pas rendue, la défaite incombant uniquement aux civils. * La reconstruction des récits ultérieurs des civils et combattants, ainsi que les photos mettant en scène la liesse suivant la signature de l'armistice doit être tempérée car les rituels festifs d'accueil des vainqueurs et du retour des soldats laissent rapidement la place au travail de deuil dans un contexte de démobilisation morale et culturelle[126]. * Guerre nouvelle * Article détaillé : Technologie pendant la Première Guerre mondiale. * Tranchées * Article détaillé : Guerre de tranchées. * * Tranchée britannique dans la Somme en juillet 1916. * Ce conflit mondial est caractérisé par une ligne de front continue de 700 kilomètres[127], fortifiée, qui ne sera jamais rompue par aucune des armées en présence avant 1918. Le front est constitué de plusieurs lignes de défense creusées dans la terre, les tranchées, reliées entre elles par des boyaux d’accès[128]. Les conditions de vie dans ces tranchées sont épouvantables, mais peut-être plus acceptables côté allemand, dont les tranchées sont mieux aménagées[127]. Les troupes allemandes ont en effet très rapidement bétonné leurs tranchées alors que du côté français, on trouve des tranchées de terre qui résistent tant bien que mal aux obus. Les soldats y vivent entourés par la boue, la vermine, les rats et l’odeur des cadavres en décomposition. De plus, dans les tranchées les plus exposées, le ravitaillement laisse parfois à désirer. * Un no man's land rendu infranchissable par des réseaux denses de barbelés, battu par le feu des mitrailleuses, sépare les deux premières lignes. Le danger est permanent, même en période de calme quand l’activité du front est faible, la mort survient n’importe quand, par exemple au cours d’une patrouille, d’une corvée, d’une relève ou d’un bombardement d’artillerie. L’observation aérienne par les avions et les ballons permet aux armées de connaître avec précision la configuration du terrain ennemi, si bien que les tirs d’artillerie ne tombent jamais au hasard. Les obus qui pleuvent de jour comme de nuit font un maximum de dégâts. En 1918, on compte 250 millions d'obus tirés pour la France[129]. Les soldats ne se trouvent en sécurité qu’à une dizaine de kilomètres derrière les lignes quand ils sont hors de portée de l’artillerie lourde. * * Extrait du film La Bataille de la Somme où l'on voit le réseau de barbelés. * On a souvent reproché aux chefs militaires d’avoir conduit leurs troupes dans cette guerre de tranchées de façon aussi coûteuse en vies humaines qu’inutile. Pourtant, cette guerre de position n’est pas un choix stratégique. Elle est due au fait que, en ce début de l’ère industrielle, alors que les nations occidentales sont déjà capables de produire des armements en masse, les progrès techniques, qui ne cesseront de se succéder durant quatre ans, ont surtout concerné le matériel et la puissance de destruction plutôt que les moyens de s’en protéger. * L’uniforme des différentes armées ne prévoit pas non plus de protéger efficacement la tête des soldats. Ce n’est qu’en septembre 1915 que le casque Adrian remplace le képi pour les Français. Les Britanniques quant à eux distribuent le casque Brodie dans la même période[130]. Le casque à pointe allemand offre peu de protection et est progressivement remplacé par le Stahlhelm en 1916[131]. La débauche d'artillerie empêche toute percée d’aboutir. Les soldats combattent souvent pour quelques mètres et n’arrivent pas à percer les tranchées ennemies protégées par un tir nourri d’artillerie et des lignes de barbelés. De 1914 à 1918, près de 70 % des pertes en vies humaines ont été provoquées par l’artillerie lourde, contre moins de 20 % dans les conflits précédents[132], ce qui explique les nombreux corps disparus, non reconnaissables ou mutilés, empêchant souvent l'identification du soldat (un tiers des corps des poilus ne sont pas identifiés) et rendant le travail de deuil difficile[133]. Ainsi, pour emporter les tranchées et mettre fin à cette forme de guerre, il faut attendre une arme entièrement nouvelle et qui apparaît à la fin du conflit : le char d’assaut. * Nouvelles armes et nouvelles tactiques * * Avion militaire allemand, de marque Aviatik, virant sur l'aile dans la lumière matinale. Sa mitrailleuse LMG 14 Parabellum est visible à l'arrière de l'observateur. * Article détaillé : Liste des armes de la Première Guerre mondiale. * Aviation et blindés : Cette guerre est l’occasion pour l’industrie de l’armement de lancer de nouveaux matériaux qui aident à la maturation des techniques et des méthodes. De nombreux secteurs industriels et militaires se sont développés dont l'aviation. Désormais, la reconnaissance aérienne permet l’ajustement du tir de l’artillerie et la cartographie précise des lignes ennemies. L'aviation permet en outre de mitrailler et bombarder les positions. Cette période voit en effet les premiers bombardements aériens de l'histoire. Ce sont surtout les zeppelin qui se chargent de cette mission, de manière d'abord rudimentaire (des obus lâchés à la main au début[h], avant la mise au point de premiers bombardiers ; le premier « bombardier lourd », le Zeppelin-Staaken VGO1 allemand, rebaptisé Zeppelin-Staaken R1, volera pour la première fois le 11 avril 1915). Les premiers bombardements depuis un avion ont lieu le 14 août 1914 lorsque deux avions français répliquent, en larguant des bombes sur des hangars de zeppelins allemands à Metz-Frescaty, les Allemands faisant de même en larguant trois bombes sur Paris le 3 août[134]. * Les combats aériens (le premier se déroule le 5 octobre 1914, un Voisin III abattant un Aviatik B.II[135].) révèlent de nombreux pilotes surnommés les « as » comme l’Allemand Richthofen, le « Baron Rouge », les Français Roland Garros, Fonck et Guynemer, l’Anglais Mannock, le Canadien Bishop[136], ou encore le Sud-africain Andrew Beauchamp-Proctor. * Les véhicules blindés apparaissent pour couvrir les soldats lors de l'attaque de position, avec une première attaque massive de chars d'assaut anglais dans la Bataille de Cambrai. Des chemins de fer de campagne (système Péchot) sont installés pour desservir les fronts. Des canons de marine montés sur wagons sont inventés et transportés près du front. * L'émergence d'armes plus efficaces et les conditions sanitaires et d'hygiène des soldats entraînent l'apparition de blessures nouvelles. 20 % des blessés le sont par balles et 80 % par des tirs d'obus. En l'absence d'antibiotiques (le seul traitement efficace étant la méthode Carrel-Dakin), les chirurgiens du front sont confrontés aux dogmes abstentionnistes de la chirurgie classique, à savoir ne pas opérer à chaud les blessures au ventre ni amputer systématiquement les blessures aux membres. Ils sont également mal préparés aux phénomènes de refus de soins et d’automutilation, d'autant plus que l'évaluation malaisée de ces cas assimilés par les autorités militaires à des abandons de poste pouvait conduire le soldat au peloton d'exécution[137]. * Armes chimiques * * Chien de recherche de blessés muni d'un masque à gaz. * * Soldats britanniques victimes des gaz lacrymogènes pendant la bataille d'Estaires en avril 1918. * Article détaillé : Gaz de combat de la Première Guerre mondiale. * L'utilisation des armes chimiques pendant la Première Guerre mondiale remonte au mois d'août 1914 où les troupes françaises utilisent contre les troupes allemandes un gaz lacrymogène, le xylylbromide, un gaz développé par les forces de police parisiennes. Par la suite, les différents camps ont cherché à fabriquer des armes chimiques plus efficaces bien que les conférences de La Haye de 1899 et 1907 aient interdit l'utilisation d'armes toxiques. * L'Empire allemand, manquant cruellement de matières premières, utilise alors des produits qu'il possède en abondance, dont le chlore, produit rejeté par les industries chimiques, et disponible en grandes quantités. Les troupes allemandes emploient donc le chlore en le présentant comme un gaz irritant et non mortel, ne portant ainsi pas atteinte aux accords des conférences de la Haye. Le premier emploi massif de gaz a lieu le 22 avril 1915 lors de la deuxième bataille d'Ypres. Cent cinquante tonnes de (dichlore[i] sont lâchées faisant 5 000 morts et 10 000 blessés. La guerre du gaz avait commencé. * Les armes chimiques sont contenues dans des bonbonnes, des obus, des bombes ou des grenades. Les gaz utilisés sont très volatils : dichlore, phosgène, « gaz moutarde », arsines ou encore chloropicrine[101]. La détection de certaines de ces armes chimiques est à l'époque quasi impossible. En effet, les conséquences de leur inhalation sur le corps humain n'étant visibles que trois jours après, on ne peut savoir à temps s'il y a eu contamination ou pas. D'où la production de défenses préventives telles que les masques à gaz. * Durant la Grande Guerre, près d'un milliard de munitions d'artillerie ont été utilisées sur l'ensemble des fronts, ce qui représente quatre millions de tonnes d'explosifs et 150 tonnes de produits chimiques encore actifs et toxiques[138], notamment l'arsenic et le mercure dans l'enveloppe métallique des obus conventionnels et l'ypérite dans les obus chimiques, sources de pollution chimique car cette enveloppe se corrode ou provoque de graves accidents lorsqu'ils explosent. Les modalités d'élimination de ces restes explosifs de guerre sont différentes selon les États : déminage, immersion, mise en décharge sauvage, combustion à ciel ouvert ou décontamination dans des installations spécifiquement conçues et équipées. * Front intérieur * Article détaillé : Arrière en France pendant la Première Guerre mondiale. * Dès 1915, le conflit est devenu une guerre industrielle, aussi 500 000 soldats français sont rapidement envoyés à l'arrière, dont 350 000 affectés dans les usines de guerre. Ces travailleurs « embusqués[139] » suscitent des jalousies car ils échappent aux dangers du front[140]. * Action des femmes * * Femmes de tous âges fabriquant des obus, France, 1917. * Article détaillé : Femmes pendant la Première Guerre mondiale. * Dans tous les pays, les femmes deviennent un indispensable soutien à l’effort de guerre. En France, le 7 août 1914, elles sont appelées à travailler par le chef du gouvernement Viviani[141]. Dans les villes, celles qui fabriquent des armes dans les usines (comme les usines Schneider au Creusot) sont surnommées les « munitionnettes ». Les femmes auront fabriqué en quatre ans 300 millions d’obus et plus de 6 milliards de cartouches. * Désormais, les femmes distribuent aussi le courrier, s’occupent de tâches administratives et conduisent les véhicules de transport. Une allocation aux femmes de mobilisés est prévue[142]. À titre d'exemple dans le Pas-de-Calais, une allocation principale de 1,25 fr (portée à 1,50 fr le 4 août 1917), avec une majoration de 0,50 fr en 1914 (portée à 1 fr le 4 août 1917), est versée aux femmes d'appelés. Selon l'archiviste départemental, 171 253 demandes avaient été examinées par les commissions cantonales au 31 juillet 1918, pour plus de 115 000 bénéficiaires retenus, soit une dépense mensuelle de 6 millions de francs environ du 2 août 1914 au 21 juillet 1918. Les Œuvres de guerre et divers mouvements de solidarités complètent le dispositif. * Dans les campagnes, les femmes s’attellent aux travaux agricoles. Beaucoup de jeunes femmes s’engagent comme infirmières dans les hôpitaux qui accueillent chaque jour des milliers de blessés. Elles assistent les médecins qui opèrent sur le champ de bataille. Certaines sont marraines de guerre : elles écrivent des lettres d’encouragement et envoient des colis aux soldats, qu’elles rencontrent parfois lors de leurs permissions. * Alors que le conflit les contraint à vivre à distance, sous la menace omniprésente de la mort, les épouses poursuivent leur vie intime essentiellement par le biais des échanges épistolaires avec leurs maris au front[143]. * Avec la Première Guerre mondiale, les femmes ont fait les premiers pas sur le chemin de l’émancipation. Mais pour beaucoup, l’après-guerre a constitué un retour à la normale et aux valeurs traditionnelles. En 1921, les femmes au travail en France n’étaient pas plus nombreuses qu’avant 1914. Certaines ont toutefois atteint un niveau de responsabilité inédit. Environ 700 000 veuves de guerre deviennent d’ailleurs des chefs de famille. Dans certains pays, comme l’Allemagne et les États-Unis, le droit de vote est accordé aux femmes dès 1919. La France attendra 1945 pour enfin permettre aux femmes de devenir des citoyennes. * Colonies * Carte postale montrant l'armée française d'Afrique défilant à Amiens, France, en 1914 ou en 1915. * Article détaillé : Les colonies dans la Première Guerre mondiale. * Les colonies ont joué un rôle primordial pendant la Première Guerre mondiale, fournissant aux Alliés des soldats, de la main-d’œuvre et des matières premières. Ces ponctions et ces pertes humaines eurent un impact sur le continent africains[144]. * Empire français * * Les troupes coloniales marocaines dans la seconde bataille de la Marne : « Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains, le 28 juin 1918, à 5 h 5 ». * Cent trente-quatre mille « tirailleurs sénégalais » (un corps de militaire constitué en 1857 par Napoléon III) sont mobilisés en renfort des troupes françaises, souvent en première ligne. De même, près de 270 000 Maghrébins sont mobilisés et environ 190 000 (dont 125 000 Algériens) viennent combattre en Europe[145]. En octobre 1915, un décret ordonne la mobilisation des Africains de plus de 18 ans. Un député sénégalais, Blaise Diagne, pense tenir là une opportunité pour les Africains de s'émanciper[146]. Ces hommes viennent d’Afrique noire (Sénégal, Burkina Faso, Bénin, Mali et Niger), d’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc et Mauritanie) et de Madagascar, de Chine[j], d’Indochine, des Antilles et de Guyane. Au total, entre 550 000 et 600 000 sont mobilisés et près de 450 000 viennent combattre en Europe et en Orient[147],[148]. Les « indigènes » représentent ainsi 7 % des 8 410 000 mobilisés de l'armée française mais près de 15 % des effectifs combattants[149]. Le nombre de tués est estimé à plus de 70 000 dont environ 36 000 Maghrébins[k] et 30 000 « Sénégalais ». Les taux de pertes, calculés par rapport aux nombres de combattants réellement engagés soit 450 000, sont de 16 % au total, 19 % pour les Maghrébins et 23 % pour les « Sénégalais »[147],[l]. * Concernant les faits d'armes accomplis par ces troupes, certains régiments figurent parmi les plus décorés de l'Armée française au terme de la guerre. Ainsi, sur les seize régiments de tirailleurs nord-africains[m] en activité au 31 août 1918, tous reçurent la fourragère, distinction récompensant au moins deux citations à l'ordre de l'armée ; sept reçurent la fourragère au couleurs de la Croix de Guerre[n], cinq la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire[o] et quatre la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur[p],[q],[152],[153],[154]. Les Africains aussi, dans une moindre mesure, reçoivent des distinctions puisque le 43e bataillon de Tirailleurs sénégalais est cité quatre fois à l'ordre de l'Armée, dont une citation pour la prise du fort de Douaumont au sein du régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM), et reçoit la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire[r]. * Empire britannique * L'Empire britannique mobilise environ 1 300 000 hommes dans les Dominions, qui serviront en priorité sur le front français, et un peu plus de 1 400 000 aux Indes (dont environ 870 000 soldats). La grande différence est que les soldats coloniaux français servirent sur les front européens, en France et dans les Balkans, alors que les Indiens servirent en très grande majorité au Moyen-Orient. Seul 12 % vinrent en France[155]. Les pertes indiennes sont estimées à 64 000 tués[156]. * En Égypte, le Khédive Abbas II Hilmi appelle les Égyptiens à lutter contre le Royaume-Uni, qui plaça l’Égypte sous son protectorat et remplaça Abbas par son oncle Hussein Kamal[157]. * Congo belge * Les troupes du Congo ont combattu pendant quatre ans à l'ouest de l'Afrique orientale allemande, tandis que les Anglais et les Portugais combattaient à l'est et au sud contre les troupes de von Lettow-Vorbeck, alors lieutenant-colonel (Oberstleutnant) commandant (Kommandeur). Les Belges ont amené des bateaux démontables sur le lac Tanganyika, mais aussi quatre hydravions. Leur apparition est une innovation dans une guerre africaine. En 1916, l'offensive belge provoque la défaite des Allemands d'abord sur le lac Tanganyika, ensuite lors de la prise de Tabora par les troupes du Congo belge sous les ordres du général Charles Tombeur. Dès lors, les Belges se maintiennent au Ruanda (qui deviendra Rwanda) et en Urundi (devenu Burundi) tout en combattant les Allemands plus à l'est, battant encore l'ennemi à Mahenge. À la fin de la guerre, ils administrent environ 50 000 km2 de l'ancien Est-Africain allemand, tandis que les Britanniques occupent le reste du territoire qui deviendra le Tanganyika Territory, avant de s'appeler Tanzanie en 1962. * Bilan * Article détaillé : Pertes humaines de la Première Guerre mondiale. * Même si l’image de l’« indigène » laisse place à celle du soldat, globalement les préjugés demeurent. Par la suite, avant et après la décolonisation, la dette de sang contractée par la France au cours des deux guerres mondiales pèsera lourd dans les reproches d’ingratitude formulés à son égard, même si, contrairement à une légende tenace, le nombre d’ « indigènes » morts au combat ne fut pas proportionnellement plus élevé que celui des métropolitains. * La perte de prestige des Européens dans le monde et dans les colonies est importante : le retour en Afrique des anciens combattants sème le ferment des velléités d'autonomie ou d'indépendance des colonies, ainsi que l'exprimera le premier Congrès panafricain organisé à Paris en 1919 par l’Américain W. E. B. Du Bois[144]. En Afrique, les Français, les Britanniques et les Belges se sont emparés des colonies allemandes, les Japonais font de même en Chine, capturant la colonie allemande de Tsingtao et dans le Pacifique où ils s'emparent de plusieurs archipels situés au nord de l'équateur qui formeront le mandat des îles du Pacifique. Les Australiens ont capturé la Nouvelle-Guinée allemande et les Néo-Zélandais les Samoa allemandes. À ce premier déclin de l’influence européenne dans les colonies s’ajoute l’expansion des États-Unis, les plus grands bénéficiaires de la guerre, et du Japon, dont les capitaux se placent désormais à Londres et à Paris[réf. nécessaire]. * Autres aspects * Tentatives de paix * Article détaillé : Tentatives de paix pendant la Première Guerre mondiale. * * Photographie du pape Benoît XV œuvra en vain pour la paix(1915). * De nombreuses tentatives de paix sont nées durant la Première Guerre mondiale et cela dès 1914, allant de l'exhortation au calme aux négociations secrètes en vue de signer une paix. Un des acteurs de ces tentatives de paix est le pape Benoît XV qui se prononce contre la guerre dès son élection le 3 septembre 1914 alors que le conflit fait rage[158]. En réaction aux socialistes soutenant la guerre, d'autres socialistes se réunissent à Zimmerwald en 1915 et se prononcent contre la guerre. Les premières tentatives de paix datent de 1916 avec la proposition de paix de l'Allemagne qui se révèle comme peu sérieuse[159] et la proposition du président américain Wilson. Des négociations ont également lieu entre l'Allemagne et le Japon afin d'obtenir une paix séparée, négociations qui échouent pour l'Allemagne. * C'est en 1917 que l'on rencontre le plus grand nombre de tentatives de paix, cette année marquant en quelque sorte l'apogée de la lassitude face à la guerre. La plus sérieuse des propositions de paix de 1917[160] est la négociation secrète du prince Sixte de Bourbon-Parme, officier dans l'armée belge qui est l'intermédiaire idéal puisque étant le beau-frère de l'empereur d'Autriche-Hongrie, Charles Ier. Sixte de Bourbon Parme reçoit une note de l'empereur dans laquelle celui-ci propose, en accord avec son ministre des Affaires étrangères, non seulement une paix séparée mais également la restitution de l'Alsace-Lorraine à la France et la restauration de l'indépendance belge. Mais cette proposition autrichienne est lancée sans l'accord des dirigeants allemands, ce qui en rend l'application problématique[161]. Raymond Poincaré et Lloyd George se montrent cependant vivement intéressés, mais les Italiens, qui ne veulent pas entendre parler d'une paix blanche avec l'Autriche-Hongrie, font blocage. Ils souhaitent l'application intégrale du pacte de Londres. Les négociations sont alors interrompues. * Sans que l'on puisse très exactement savoir s'il s'agit de l'expression de véritables convictions, ou d'une volonté de ne pas laisser le terrain du pacifisme aux socialistes[162], la seconde grande proposition de paix de l'année 1917 émane du pape Benoît XV. Dans sa proclamation du 1er août 1917, rendue publique le 16, le pape appelle les belligérants à la paix, en des termes très vagues, ne faisant aucune mention du cas de l'Alsace-Lorraine[162]. Ces propositions sont vivement rejetées par l'opinion catholique française[163],[s]. En Allemagne, le Reichstag tente d'influer sur le cours politique et proclame une résolution de paix le 17 juillet 1917, qui échoue elle aussi. * Des négociations secrètes reprennent en 1917 entre le premier ministre belge comte de Broqueville exilé en France avec son gouvernement et le baron Von Lancken, à la tête du gouvernement général de la Belgique sous autorité allemande. Cette tentative a l'appui du chancelier Theobald von Bethmann Hollweg[164]. Pour Lancken, la Belgique est l'intermédiaire tout indiqué en vue de négociations de paix et, en septembre 1917, il demande à rencontrer le premier ministre français, Aristide Briand. Cette tentative de paix est appuyée par le roi des Belges, mais l'affaire échoue à la suite d'un malentendu[164], et Briand ne se rend pas au rendez-vous. Les négociations avortent avant même d'avoir pu s'amorcer. * D'autres négociations sont menées en 1918, comme celles du projet de paix séparée entre l'Autriche-Hongrie et les États-Unis[165], mais elles échouent. Il faut attendre le 11 novembre pour que l'armistice vienne mettre un terme à quatre années de guerre. * Prisonniers de guerre * * Soldats russes faits prisonniers à Tannenberg. * Article détaillé : Prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale. * Environ huit millions de soldats ont été faits prisonniers dans des camps pendant la Première Guerre mondiale. Chaque nation s'est engagée à suivre les accords des conférences de La Haye exigeant un traitement juste des prisonniers de guerre. En général, le taux de survie des prisonniers de guerre a été beaucoup plus élevé que celui des soldats sur le front[166]. En général, ce sont des unités entières qui se rendent. Les cas de prisonniers se rendant individuellement sont rares. À la bataille de Tannenberg, ce sont 92 000 soldats russes qui sont capturés[167]. Plus de la moitié des pertes russes sont des prisonniers. Les proportions pour les autres pays sont les suivantes : Autriche-Hongrie 32 %, Italie 26 %, France 12 %, Allemagne 9 % et Royaume-Uni 7 %. Le nombre des prisonniers des forces alliées s'élève à environ 1,4 million (ce chiffre n'inclut pas la Russie, dont 3 à 3,5 millions de soldats sont faits prisonniers). Les Empires centraux voient quant à eux 3,3 millions d'hommes capturés[168]. * Articles détaillés : Prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale en Allemagne, Prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale en Russie et Prisonniers de guerre allemands de la Première Guerre mondiale en France. * Pendant le conflit, l'Allemagne fait 2,4 millions de prisonniers[169], la Russie 2,4 millions[170], le Royaume-Uni environ 100 000[171], la France de 450 000[172] à et l'Autriche-Hongrie entre 1,3 et 1,86 million[173]. Le moment de la capture est un moment des plus dangereux, on rapporte en effet des cas de soldats qui ont été abattus alors qu'ils se rendaient[174],[175]. Une fois que les prisonniers atteignent leurs camps, commence pour eux une vie de privations, de travail et de maladies dont beaucoup mourront. * Les conditions de captivité en Russie sont les plus terribles : la famine y fait des ravages et 15 à 20 % des prisonniers meurent, soit 400 à 500000 hommes. En Allemagne, où la situation alimentaire est elle aussi désastreuse, ce sont 5 % qui en meurent, soit 120 000 soldats prisonniers morts. * L'Empire ottoman traite également ses prisonniers durement[176]. Sur près de 11 800 soldats britanniques, la plupart d'origine indienne, qui sont faits prisonniers lors du siège de Kut en avril 1916, 4 250 , soit 40 % d'entre eux meurent en captivité[177]. Alors que les prisonniers sont très faibles, les officiers ottomans les forcent à marcher 1 100 kilomètres vers l'Anatolie. Les survivants sont forcés de construire une voie ferrée dans les Monts Taurus. * Creuset de population * De nombreuses populations combattirent côte à côte durant la guerre : * 1,3 million d'Indiens (à cette époque, l'Inde englobait le Pakistan, le Sri Lanka et le Bangladesh) ; * 140 000 Chinois[178], qui, recrutés par les gouvernements français et britannique pour pallier le manque de main-d'œuvre résultant de la mobilisation générale, ne devaient pas, aux termes de leurs contrats, être affectés au front. Ils travaillèrent dans les usines d'armement, comme dockers pour charger et décharger le matériel de guerre, pour la réfection des routes, mais aussi pour creuser les tranchées ou exhumer et ensevelir les soldats tués pendant les combats, et, au lendemain de la guerre, pour déminer les champs de bataille ; * 20 500 Amérindiens, 3 500 provenant du Canada et 17 000 (seuls 14 000 auraient combattu en Europe) venant des États-Unis. La Première Guerre mondiale verra aussi la première utilisation de Code talker[179]. * Conséquences économiques, politiques, sociales et culturelles * Article détaillé : Conséquences de la Première Guerre mondiale. * Les premières tentatives pour comprendre la signification et les conséquences de cette guerre moderne ont commencé dès les phases initiales du conflit et ce processus s'est poursuivi pendant et après la fin des hostilités. La postérité de la Première Guerre mondiale en littérature a ainsi inspiré un nombre considérable de romans, de bandes dessinées, de pièces de théâtre et d'œuvres poétiques. * Première guerre médiatique par l'ampleur de ses archives photographiques et filmées et l'évolution des communications (bélinographe, télégraphe sans fil), la Grande Guerre voit le développement du reportage et des comptes rendus de guerre effectués par des attachés militaires et correspondants de guerre (en). Les morts des militaires y sont livrées à la médiatisation[180]. Autres éléments participant à l'héroïsation de ces soldats morts au combat, les cimetières militaires et les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale qui sont érigés dans des milliers de villages et de villes. * La Dolchstoßlegende (« la légende du coup de poignard [dans le dos] ») est une tentative de disculper l'armée allemande de la défaite de 1918, en en attribuant la responsabilité, à la population civile à l'arrière du front, aux milieux de gauche et aux révolutionnaires de novembre 1918. Ce mythe a gangréné la république de Weimar et a contribué à l'essor du parti nazi. * La Première Guerre mondiale joue un rôle important dans l'histoire du sport en France. Étant essentiellement une guerre de positions qui entraîne de nombreuses rotations chez les soldats depuis le front vers l’arrière, certains de ces soldats, d'origine principalement urbaine, décident pour s'occuper d'initier leurs frères d'armes d'origine rurale à leur pratique sportive. De jeunes officiers pédagogues relaient cette initiative qui se démocratise progressivement, si bien qu'à la fin du conflit, les soldats constituent un immense vivier de pratiquants qui s'investissent notamment dans le football, le rugby, la boxe ou la natation. Cette guerre qui fait de nombreux blessés (invalide de guerre, aveugle, gazé, amputé) et signe un début d'émancipation des femmes favorise également l'éclosion du sport féminin et du handisport[181]. * Lourd bilan humain et démographique * Nations ravagées * Articles détaillés : Pertes humaines de la Première Guerre mondiale, Gueules cassées et Liste des derniers survivants de la Première Guerre mondiale par pays. * Le bilan humain de la Première Guerre mondiale s'élève à environ dix millions de morts et environ huit millions d’invalides[182], soit environ 6 000 morts par jour[183]. Proportionnellement, en nombre de combattants tués, la France est le pays le plus touché avec 1,45 million de morts et de disparus[184], et 1,9 million de blessés, la plupart lourds (obus, tympans, gaz toxiques), soit 30 % de la population active masculine (18-65 ans), la plupart des hommes jeunes de 17 à 45 ans, qui n'auront jamais d'enfants. * En comptant les pertes civiles, la Serbie et la Roumanie, qui ont subi des occupations militaires et des famines, ont été encore plus durement touchées, perdant 6 à 10 % de leur population totale[185]. Les pertes anglaises (colonies comprises) s'élèvent à 1,2 million de tués. Cette saignée s’accompagne d’un déficit des naissances considérable. Le déficit allemand s'élève à 5 436 000, le déficit français à 3 074 000, le déficit russe est le plus élevé et atteint 26 millions[186]. Ainsi, de 25 % de la population mondiale en 1914, l'Europe tombe à 24 % en 1919-1920[187] et surtout à environ 20 % en 1939. * La stagnation démographique française se prolonge, avec un vieillissement de la population qui ne cesse de croître qu’avec le recours à l’immigration, principalement d'origine italienne, polonaise et espagnole. Ces immigrants participent à la reconstruction d’un pays dont le Nord est en ruines. Apparaît également le phénomène nouveau des gueules cassées, nom donné aux mutilés de guerre qui survivent grâce aux progrès de la médecine tout en gardant des séquelles physiques graves[188]. L’intégration de ces victimes de guerre en nombre à la société doit alors se faire au moyen de nouvelles lois et d'organismes comme l'Union des blessés de la face. On compte alors en France de 10 000 à 15 000 grands blessés de la face[189]. * Au Royaume-Uni, des sculpteurs, comme Francis Derwent Wood, fabriquent des masques pour rendre un aspect humain aux soldats blessés[190]. Les sociétés d'après-guerre vont garder les marques vivantes de la guerre de nombreuses années encore. * Outre ce bilan humain, les 14 millions d'animaux de guerre mobilisés payent également un lourd tribut, notamment les huit millions de chevaux de la Première Guerre mondiale dont un million trouve la mort durant le conflit[191]. * Déplacements de populations * * Exode de paysans russes * Article détaillé : Réfugiés de la Première Guerre mondiale. * La Grande guerre entraîne des mouvements de population contraints, déplacements imposés par les autorités militaires ou fuite devant les exactions des armées, d'une ampleur sans précédent portant, au total, sur plus de 12 millions de réfugiés, en Europe occidentale (Belgique et régions du Nord et de l'Est de la France) et plus massivement en Russie, dans les Balkans. Les déplacements de frontières, la formation de nouveaux États à la fin de la guerre ont pour conséquence d'autres migrations, particulièrement en Europe centrale et orientale. * Génocide, occupation, déportations et atrocités * Articles détaillés : Génocide arménien, Massacre des Assyriens, Génocide grec pontique, Atrocités allemandes et Massacre de Tamines. * * Arméniens abattus vers 1918 pendant le génocide arménien qui a fait plus d'un million de victimes. * La Première Guerre mondiale est aussi le premier conflit à entraîner une entreprise d’extermination et de déportation planifiées par un État de tout un peuple constituant une minorité, sous prétexte de sédition : le génocide arménien commence le 24 avril 1915 avec l'arrestation et la déportation de 600 intellectuels arméniens[192] et continue à partir du 30 mai par la déportation d'une grande partie de la population arménienne par le gouvernement jeune-turc de l’Empire ottoman pour qui, officiellement, il ne s'agit que d'un transfert de la population arménienne loin du front. C'est principalement entre avril 1915 et juillet 1916 qu'entre 800 000 et 1 500 000 Arméniens sont massacrés, soit une grande majorité de la population arménienne ottomane. Dans le même temps, 275 000 chrétiens Assyriens[193] sont massacrés dans l'Est de l'Empire ottoman, selon la même optique d'épuration ethnique. * * Monument érigé à Tamines (Belgique), rappel du massacre de Tamines. * L'Empire ottoman perpètre un autre génocide pendant et après la Première Guerre mondiale, celui des Grecs pontiques. De 1916 à 1923, le massacre fait près de 360 000 victimes[194]. La reconnaissance du génocide arménien pose encore problème au XXIe siècle, bien qu'il soit reconnu comme tel par un certain nombre de pays, dont la France. Le génocide des Grecs pontiques rencontre lui aussi une reconnaissance très limitée, tout comme le massacre des Assyriens. * Pendant le conflit, des massacres surviennent également dans certains pays, en particulier en Belgique, où l'armée allemande commet des atrocités envers la population civile. Le mythe du franc-tireur de la guerre de 1870 fait vite son apparition[195] et en représailles, les troupes allemandes vont se livrer à la déportation, ainsi qu'à l'exécution d'un grand nombre de civils, aussi bien en Belgique que dans le nord de la France. L'occupation de ces régions est très dure pour les populations, qui doivent fournir dans un premier temps les vivres nécessaires aux troupes d'occupation[196]. * De nombreux civils sont réquisitionnés pour des travaux forcés et beaucoup d'entre eux sont également faits prisonniers puis déportés en Allemagne comme 1 500 habitants d'Amiens qui sont envoyés dans des camps de travail[197]. Certains vont rester prisonniers jusqu’en 1918[197]. * L'occupation et les déportations sont accompagnées de nombreuses destructions et d'exécutions, dont la plupart se déroulent sur le territoire belge. À Tamines, le 22 août 1914, ce sont 422 personnes qui sont exécutées[198], à Haybes, ville détruite, 61 civils sont tués[195] et à Dinant, ce sont 674 civils qui sont passés par les armes[199]. À Louvain, les troupes allemandes fusillent 29 personnes et mettent le feu à la ville, détruisant la bibliothèque de l'université et des milliers de livres anciens, désastre irréparable[200]. La Belgique et la France ne sont pas les seuls pays à être touchés. La ville de Kalisz en Pologne est bombardée et incendiée par les Allemands en août 1914, des civils sont tués. Dans les ruines de la ville dévastée, dont la majeure partie de la population est partie en exode, il ne reste plus que 5 000 habitants alors qu'elle en comptait 65 000 avant guerre[201]. * Hommages aux soldats * * Tombe du soldat inconnu à Canberra, Australie. * Articles détaillés : Devoir de mémoire, Monument aux morts et Lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale. * Dans l'immédiat après-guerre fleurissent en Belgique, en France, en Italie et en Allemagne des monuments aux morts pour rendre hommage aux nombreux soldats tombés au champ d'honneur. * En France, on compte environ 36 000 monuments[202], présents dans tous les villages et communes. Certains villages ont perdu 50 % de leurs hommes et certaines familles tous leurs fils. Au-delà des hommes, la France a aussi perdu des dizaines de milliers d'entreprises et fermes, leurs pilotes, cadres ou dirigeants ayant disparu. * * Trois tombes de soldats français à la nécropole nationale de Chambry. * En Allemagne, ce sont les communes et les églises qui organisent le plus souvent la construction des monuments. Ces derniers consistent le plus souvent en une liste des soldats tombés et rares sont les monuments qui arborent des symboles nationaux auxquels on préfère la feuille de chêne, la croix de fer ou une symbolique christique, l'Allemagne ayant perdu la guerre et l'Empire ayant disparu. * Les soldats des différentes nations reposent dans des cimetières et des nécropoles, comme l'Ossuaire de Douaumont. Différentes associations s'occupent des tombes et de la mémoire des soldats. Pour la France, le Souvenir français, pour l'Allemagne le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge qui s'occupe en France de 192 lieux de mémoire, pour l'Autriche l'Österreichisches Schwarzes Kreuz, pour le Royaume-Uni et les pays du Commonwealth la Commonwealth War Graves Commission et pour les États-Unis l'American Battle Monuments Commission. Dans les différents pays, le culte du soldat inconnu est mis en place. * Ce devoir de mémoire se manifeste particulièrement pour le centenaire de la Première Guerre mondiale. En 2012, est créé par le gouvernement français la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, groupement d'intérêt public présidé par Antoine Prost dans la perspective de préparer et mettre en œuvre le programme commémoratif du centenaire de la Première Guerre mondiale[203]. * Destructions matérielles * Article détaillé : Reconstruction en France et en Belgique après la Première Guerre mondiale. * Les productions agricole et industrielle se sont effondrées à cause des impératifs de l’économie de guerre et de la mobilisation d’un grand nombre d’actifs : la France perd 17,3 % de ses mobilisés, le Royaume-Uni 5,1 % et l'Allemagne 9,8 %[204]. Dans le Nord de la France, les Allemands ont fait sauter les cuvelages de 18 des 19 sociétés minières et noyé les galeries, déclenchant une pénurie de charbon, qui représente 80 % de l’énergie consommée. * La guerre entraîne une désorganisation des circuits commerciaux traditionnels. Il fallut reconstruire, relancer l’activité et revenir à une économie de paix tout en faisant face à une grave pénurie de main-d’œuvre. En France par exemple, les paysans représentent 50 % des tués[205]. S’ajoute donc le problème de la reconversion de l’économie de guerre en économie de paix. * Les Américains sont les premiers à en connaître les effets, dès 1920, avec une récession brutale du fait d’un retour à une politique déflationniste. La production américaine d’acier baisse ainsi de moitié, et celle d’automobiles de 40 %[206]. La crise américaine va rapidement s’étendre. Tout d’abord au Japon, puis au Royaume-Uni qui connaît un taux de chômage de 20 % en 1921[207]. En Italie, le problème principal est la réintégration dans le marché du travail d’une population massivement mobilisée. On compte alors en effet 600 000 chômeurs[206] d’où des désordres sociaux dont la conséquence directe va être le Biennio rosso (littéralement « Les Deux Années rouges »), période marquée par une agitation révolutionnaire de gauche. La reconversion de l’économie va également engendrer la désorganisation du système monétaire. Les économies occidentales abandonnent l'étalon-or, préférant la monnaie fiduciaire[208]. * * Carte d'ensemble des zones détruites pendant la Première Guerre mondiale dans le nord et l'est de la France. * Les destructions matérielles sont importantes et affectent durement les habitations, les usines, les exploitations agricoles et autres infrastructures de communication comme les ponts, les routes ou les voies ferrées et cela principalement en France[209] où une vaste zone ravagée de 120 000 hectares prend le nom de « zone rouge ». Dans le nord et l'est de la France, onze départements seront classés en zone rouge. L’agriculture y sera en maints endroits interdite avant le désobusage et déminage qui vont prendre plusieurs années (pour n’être terminé que dans les années 2 600 au rythme actuel des découvertes et élimination d’obus et autres munitions actives dans l’ex-zone rouge), sans même envisager le traitement des munitions immergées par millions car jugées trop dangereuses pour être démantelées, ou faute de moyens financiers pour les stocker et traiter en sécurité. Trois millions d’hectares de terres sont ravagées par les combats[184]. Certains villages de la Meuse, de la Marne ou du Nord sont rayés de la carte et ne peuvent pas être reconstruits à leur emplacement. Des villes sont bombardées comme Reims qui voit sa cathédrale sévèrement touchée ou Londres qui reçoit près de 300 tonnes de bombes[210]. Louvain voit quant à elle sa bibliothèque brûler. En France comme en Belgique est institué un ministère de la Reconstruction. C’est une période pauvre en archives où toutes les énergies sont consacrées à la reconstruction, avec une première période sombre où l’on fait intervenir les prisonniers de guerre allemands[211], les travailleurs chinois[212] épargnés par la grippe espagnole, ainsi qu’une main d’œuvre immigrée[213], notamment pour le désobusage. Cette période va générer quelques grandes fortunes dans le domaine de la récupération des métaux. L'Allemagne n'a quant à elle pas subi les destructions qu'ont dû subir les autres. Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker soulignent que le « potentiel productif de l'Allemagne est intact »[209]. * Séquelles de guerre * * Exemple de destruction d’outillage industriel à la fosse no 1 - 1 bis - 1 ter de la Compagnie des mines de Liévin. * Les séquelles de guerre sont importantes : la reconstruction doit se faire sur des dizaines de milliers d’hectares physiquement dévastés où les villes, les villages, les usines, les puits de mines du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et les champs sont parfois littéralement effacés du paysage, sur des sols pollués par des milliers de cadavres humains et animaux, rendus dangereux par les sapes, les tranchées et les milliards d’obus et autres munitions non explosées ou non tirées (perdues ou dangereusement stockées). Des dizaines de milliers d’hectares sont gravement contaminés par les métaux lourds et parfois par les armes chimiques que l’on démantèle ou que l’on fait pétarder sans précautions suffisantes. * Séquelles géographiques * * Moreuil, village picard totalement rasé lors de la seconde bataille de la Somme en mars 1918 (combats Castel et du bois Sénécat en particulier) et de la 3e bataille de Picardie en août 1918. * Sur les sites les plus bouleversés où les explosifs et les toxiques de combat sont encore trop nombreux pour que l’on puisse rendre les sols à l’agriculture ou à l’urbanisation, on plantera des forêts de guerre, dont la forêt de Verdun et la forêt d'Argonne, qui ont poussé sur d’anciens champs criblés de trous d’obus et de tranchées. Dans ces forêts, certains villages ne sont pas reconstruits. Ces séquelles terrestres sont connues des spécialistes, en particulier des démineurs, mais il semble que la pollution libérée par les dizaines de milliards de billes de plomb des shrapnel et les balles, ou le mercure des amorces soient lentement capables de s’accumuler dans les écosystèmes et certains aliments. C’est un problème qui n’a pas été traité par les historiens ni les spécialistes en santé publique. Aucune étude officielle ne semble s’être intéressée au devenir des métaux lourds et des toxiques de combat dans les sols et les écosystèmes de la zone rouge. * * Ruelles de l'ancien village de Fleury-devant-Douaumont. * Les séquelles marines, bien que préoccupantes semblent avoir été oubliées durant 70 à 80 ans. Ainsi les pays baltes voient-ils la situation écologique de la mer Baltique s’effondrer des années 1990 à 2006, tout en redécouvrant des dizaines de milliers de tonnes de munitions immergées de 1914 à 1918 et après (incluant des armes chimiques dont certaines commençant à fuir). Les pêcheurs remontent parfois de l'ypérite dans leurs filets dans la Baltique[214]. En Belgique, à Zeebrugge, les démineurs de l'armée belge doivent neutraliser un dépôt immergé de 35 000 tonnes d’obus noyés là peu après 1918 puis oubliés. Parmi ces obus, 12 000 tonnes sont chargés d’ypérite et de chloropicrine toujours actives, à quelques centaines de mètres de la plage et de l’embouchure du port méthanier. Chaque année, les démineurs belges doivent intervenir à divers endroits des Flandres. En France, en 2005, quelques articles de presse évoquent la publication discrète d’un rapport à la Commission OSPAR listant les dépôts immergés de millions de munitions dangereuses et polluantes, datant de la grande guerre et des périodes suivantes. C’est face au littoral français que le nombre de dépôts immergés est le plus important. Alors que ces munitions commencent à fuir et à perdre leurs contenus toxiques, la question de leur devenir se pose. Une centaine de zones mortes ont été répertoriées en mer par l’ONU, la plupart coïncident avec des zones d’immersion en mer de munitions, ce qui pose la question de l’évaluation des impacts environnementaux de ces déchets toxiques et/ou dangereux immergés. Les taux de mercure augmentent de manière préoccupante dans les écosystèmes et notamment dans le poisson. On peut craindre qu’une partie de ce mercure provienne des milliards d’amorces au fulminate de mercure des têtes d’obus et des douilles d’obus ou de balles ou d’autre munitions (1 g de mercure par amorce en moyenne) non utilisée ou non explosée et jetées en mer après cette guerre ou la suivante. C'est ainsi qu'en Angleterre, en France, en Belgique et en Allemagne, il arrive encore, au début du XXIe siècle, de découvrir jusque dans les villes des bombes et des obus de DCA non explosés qui n'avaient pas été découverts sous les décombres. * Séquelles psychiques et sociales * Article détaillé : Grippe de 1918. * La guerre va entraîner des séquelles psychiques. S’ajoutent aux graves séquelles psychiques et sanitaires : gueules cassées, trauma psychologiques, le choc et contre-choc de la grippe espagnole qui a fait entre 20 et 50 millions de morts[215]. * Il existe également des non-dits notamment quant aux répressions des mutineries de 1917 chez les Français, les Allemands et les Britanniques, comme la mutinerie d'Étaples. En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés[216]. Parmi ces soldats fusillés pour l'exemple, quelques-uns dont Félix Baudy ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Sans oublier le sort réservé aux déserteurs, fusillés au début du conflit puis déportés au bagne quand ils refusent de se soumettre, comme Robert Porchet[réf. nécessaire]. Ce conflit mondial laisse des millions de pupilles de d’orphelins[217], de désœuvrés et surtout, un esprit de haine et de revanche qui prépare déjà la Seconde Guerre mondiale[réf. nécessaire]. Alors qu’en France et en Belgique se construisent et se décorent les ossuaires et des centaines de cimetières militaires, alors que chaque commune ou presque construit son monument aux morts, et alors qu’arrivent les années folles où l’on cherche avant tout à oublier, un vent pacifiste rapidement contrôlé par les États proclame que cette guerre sera « la der des ders »[réf. nécessaire]. Elle fut aussi parfois appelée « la guerre pour mettre fin à la guerre » ou « la guerre pour mettre fin à toutes les guerres » à cause de son échelle et de sa dévastation alors incomparable[218]. * Les premiers psychanalystes donnent aux névroses traumatiques de nouveaux contours, Sigmund Freud mesure les effets de cette affection chez un membre de sa famille[219]. Il appréhende cette pathologie dans ses écrits de guerre et d’après guerre. Plusieurs de ses disciples vont occuper des postes de médecin militaire. Karl Abraham, parent d’Hermann Oppenheim[220], peut par son activité auprès de soldats souffrant de traumatismes physiques enrichir sa compréhension des traumatismes psychiques[221]. Devenu psychiatre, il utilise dans sa pratique une « psychanalyse simplifiée ». À la fin de la guerre, il dirige à Allenstein, un service psychiatrique d’orientation psychanalytique, à partir duquel, il propose une contribution[222]. Ernst Simmel utilise une thérapeutique à l’origine de la psychanalyse, la technique cathartique et obtient avec elle des succès. Sandor Ferenczi montre que la psychiatrie qui s’oppose à la psychanalyse, va durant la guerre, en utilisant sa terminologie, s’en rapprocher. Ernest Jones qui n’est pas mobilisé, peut poursuivre des psychanalyses avec des soldats choqués en demandant des délais aux autorités[223]. Dans sa contribution, il insiste sur le conflit psychique et se rapproche de celle d’Abraham. Victor Tausk livre son expérience de psychiatre dans un texte où il s’intéresse aux psychoses de guerre, à la différence des autres psychanalystes tournés vers les névroses de guerre[224]. Il fait part d’une contribution originale sur le phénomène de la désertion[225]. Helene Deutsch étudie l’incidence symptomatologique de la guerre sur les femmes à partir d’un service dont elle a la charge à la clinique de Julius Wagner-Jauregg[226]. Notons que parmi les patientes de la clinique, Helene Deutsch s’occupe d’une femme légionnaire[227]. Magnus Hirschfeld rencontre lui aussi en consultation une femme soldat[228]. À la même époque, Sigmund Freud s’appuie sur un cas semblable de femme[229]. Pendant la guerre, Theodor Reik est mobilisé. Après la guerre, il s'intéressera à l'effroi dans plusieurs de ses travaux et articulera cette notion à la névrose traumatique[230]. Très tôt les pratiques de soins de la névrose traumatique font débat entre soignants (Sigmund Freud / Julius Wagner-Jauregg) et politiques (Julius Tandler / Arnold Durig)[231]. * Industrie et économie * * Publicité du Crédit lyonnais pour un emprunt national. * Cette guerre se distingue des conflits précédents en ce qu’elle est aussi la première « guerre industrielle »[232]. Entre 1915 et 1917, tous les pays impliqués dans le conflit sont contraints de restructurer leur industrie : il apparaît immédiatement que les stocks sont tout à fait insuffisants pour soutenir l’effort de guerre. Si elle n’avait pas veillé à augmenter sa production, la France, par exemple, se serait retrouvée à court de munitions pour l’artillerie lourde, deux mois à peine après l’ouverture des hostilités[233]. La consommation sans précédent de munitions entraîna d'ailleurs la crise des obus de 1915 en France et au Royaume-Uni. En Italie, où Marinetti et les autres futuristes se font les chantres enthousiastes de l’ère de la machine, la production de mitrailleuses passe, entre 1915 et 1918, de 613 à 19 904 unités ; les automobiles, de 9 200 à 20 000 unités. De 10 400, la fabrication de munitions passe à 88 400 unités par jour[234]. * Face aux attaques chimiques de l'armée allemande, le Ministère de la guerre encouragea la production de chlore liquide en France. Plusieurs usines sont nées à ce moment-là, comme Jarrie en Isère dont la création date de 1916. Il s'agissait souvent de sites pouvant exploiter l'énergie hydroélectrique, car le chlore était obtenu par électrolyse. Si cette unité chimique existe toujours, l'usine de production de chlore de Boussens en Haute-Garonne, lancée également en 1916, a disparu. Il est cependant possible de consulter une série de photographies qui relatent le développement de cette unité de production de chlore à Boussens grâce au « reportage » photographique réalisé par Jean Charrié, ingénieur dans cette usine[235]. * Les dépenses de guerre pèsent fortement sur le budget des États qui tentent de faire face à leur lourd déficit en appliquant diverses méthodes : l’emprunt public (en Allemagne), l’augmentation des impôts directs (Royaume-Uni), l’émission d’emprunts publics et l’augmentation de la circulation monétaire (Italie et France). Le financement de la Première Guerre mondiale en France s'appuie sur la fiscalité, la création monétaire, et de manière importante l'emprunt. La main-d’œuvre employée dans les secteurs de l’industrie liés à l’effort de guerre augmente elle aussi. Il faut pourvoir les postes laissés vacants par les hommes appelés au front. Pour cela, on fait appel aux femmes et à la main-d’œuvre coloniale ou étrangère : en France, à la fin de la guerre, sur 1 700 000 personnes affectées à l’industrie de guerre, on compte 497 000 militaires, 430 000 femmes, 425 000 civils, 133 000 jeunes, 61 000 coloniaux et 40 000 prisonniers. * Les emprunts de guerre en France, les campagnes de collecte d’or sont menées auprès des civils pour financer la guerre. Mais la principale source de financement se situe aux États-Unis, soit en numéraire, soit par l’achat à crédit de matériel. Pour relancer les mines de charbon, les compagnies de Liévin, Lens, Carvin, Meurchin, Béthune, Courrières, Drocourt, Dourges et Ostricourt, se regroupent fin 1919 dans la « Société civile de dénoyage des houillères », financée par 250 millions de francs d'aides publiques, votées par la loi du 6 août 1917. * Pour autant, en France la guerre est loin de profiter aux grands acteurs de l'économie. En effet la partie la plus active et la plus productive de la population, les hommes jeunes, sont immobilisés stérilement au front, et pour un tiers tués ou blessés gravement. De plus l'industrie doit se reconvertir en hâte pour produire armes et munitions. Les commandes d'équipement permettent souvent la survie d'ateliers vieillots qui, dans des conditions normales de concurrence, auraient disparu. Les usines doivent investir dans des outillages spécialisés, qui deviendront inutilisables dès la paix revenue. C'est ainsi que les grandes firmes automobiles connaissent une forte croissance, mais pratiquement pas de profit pendant quatre années[236]. Une grande banque d'affaires comme « Paribas », dont la prospérité reposait sur la mondialisation économique, voit sa valeur diminuer des deux-tiers pendant le conflit — elle ne retrouvera sa valeur d'avant 1914 que dans les années 1950[237]. * Caricature représentant les effets de l'inflation lors de la Première Guerre mondiale en France. Archives nationales de France * * 1914 * * 1918 * Cette guerre est suivie d'une crise de reconversion de l'économie de guerre (1920-1921) puis d'une puissante expansion des années 1920 qui masque un commerce international peu dynamique (le déficit démographique et l'inflation dus à cette guerre entraînent une surproduction industrielle, les crises monétaires d'après-guerre font que cette expansion repose sur des bases financières malsaines), préparant ainsi la crise de 1929[238]. * Les sociétés européennes subissent de véritables bouleversements. Le plus brutal découle des ravages humains. Non seulement plus de dix millions d'hommes sont morts, mais des dizaines de millions sont blessés, parfois mutilés ou gravement atteints psychiquement : on verra des mutilés de la Grande Guerre dans chaque ville et dans chaque village de France jusque dans les années 1960, comme dans les autres pays d'Europe. Les classes sociales les plus touchées sont celles qui dominaient la société avant guerre : l'ancienne aristocratie et la bourgeoisie ont vu leurs fils partir comme officiers, fiers d'accomplir leur devoir en chargeant à la tête de leur unité, pour souvent ne jamais revenir. La paysannerie, qui fournit le gros de l'infanterie, a été sévèrement meurtrie. Relativement, la classe la plus épargnée est celle des ouvriers, dont beaucoup ont été rappelés du front pour reprendre leur travail dans les usines d'armement (100 000 en France dès octobre 1914). Les classes possédantes ont vu généralement leurs revenus rongés par l'inflation et les prélèvements pour la défense. Une grande partie des étudiants et des élèves des grandes écoles ont été tués ou contraints d'abandonner leurs études, ce qui réduit encore la capacité du pays à se relever dans les décennies suivantes. * La Première Guerre mondiale a mis fin à la suprématie européenne : alors qu'au début du XXe siècle, l'Europe domine l'économie mondiale, représentant 46 % du PIB mondial et 41 % du PIB par habitant, les États-Unis sont devenus à la suite du conflit les premiers créanciers du monde et la première puissance mondiale, son PIB réel par tête étant supérieur de 68 % à celui de l'Europe en 1929[239]. Elle met fin également au mythe de « l'homme blanc », ce qui favorise l'éveil des consciences des peuples colonisés[240]. * État * * Photo du Cabinet de guerre impérial britannique. * Les États tirent profit de la guerre pour accroître leurs pouvoirs et leurs domaines de compétences. Ainsi assiste-t-on d’abord à un phénomène de centralisation du pouvoir, visible en Angleterre au travers du Cabinet de guerre impérial de Lloyd George qui ne comporte que quatre ministres dont un général, Jan Smuts[241]. * En Allemagne, les pouvoirs du Kaiser sont également renforcés, et il en va de même pour ceux de l’empereur en Autriche. * En France, l’Union sacrée permet un gel temporaire des divisions politiques. Des pacifistes syndicalistes et socialistes s'organisent à partir de 1915, toutefois ils subissent une censure sévère et des emprisonnements qui limitent leurs possibilités d'agir[242][réf. insuffisante]. * Le gouvernement belge se réfugie en France, d'abord à Sainte-Adresse puis au Havre, le Parlement belge cessant toute activité à partir de l'occupation de Bruxelles par l'ennemi. De ce fait, le roi Albert 1er et ses ministres se trouvent en situation de gérer la guerre et les rapports avec les puissances en l'absence de contrôle parlementaire, les décisions et les différends relevant d'une politique inédite pour les Belges puisque tout se passe entre le roi et le gouvernement sans intervention des partis. Cette situation perdure jusqu'à la victoire, en novembre 1918, lorsque le Parlement à nouveau réuni à Bruxelles vote son approbation à la politique belge de guerre. * En France, le parlement, après s'être effacé en août 1914, reprend le contrôle du gouvernement et bientôt celui du commandement militaire, malgré la toute-puissance de Joffre[243]. * Le pouvoir élargit ensuite le champ de ses compétences. La censure est partout réhabilitée au nom de l’intérêt national. En France, elle prend la forme d’une loi du 4 août 1914, votée dans l’urgence, interdisant tout article apte à révéler des informations à l’ennemi, ou à décourager les Français (notamment en révélant la réalité des conditions de vie dans les tranchées). Cette loi fut par la suite allégée par Clemenceau, en 1917, et il était désormais permis de critiquer l’action gouvernementale. Cependant elle restera effective jusqu’en octobre 1919, jusqu'à la fin des négociations en vue de la paix. La censure fut beaucoup plus rigoureuse en France qu’en Allemagne ou en Angleterre, les Français ayant tiré la leçon de la défaite de 1870 qui avait été favorisée par de nombreuses fuites dans la presse parisienne (qui parfois révélait les déplacements des troupes françaises à l'avance). La compatibilité de la censure avec un régime démocratique était discutée, mais on comprenait bien que des révélations dans la presse auraient pu avoir des conséquences meurtrières. Elle a aussi permis d’empêcher que l’état-major allemand connaisse trop vite la gravité de la crise du moral en 1917[244]. * Traités de paix * * Carte de l'Europe en 1923. * * Le redécoupage de l'Empire ottoman selon le traité de Sèvres. * Articles détaillés : Traité de Versailles, Traité de Saint-Germain-en-Laye (1919), Traité de Trianon, Traité de Neuilly, Traité de Sèvres et Traité de Lausanne (1923). * Quatre empires se sont écroulés (empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman), ce qui transforme profondément la carte de l’Europe redessinée par les traités de paix de 1919[245]. À l’issue du traité de Versailles, l'Empire allemand perd 1/7 de son territoire : outre l’Alsace et la Lorraine déjà restituées à la France et Eupen et Malmédy rattachés à la Belgique, l’Allemagne perd à l’est la Posnanie et une partie de la Prusse-Orientale pour permettre la recréation de la Pologne ; la Haute-Silésie est partagée entre la Pologne et l’Allemagne. Le territoire allemand est coupé en deux par le « couloir de Dantzig », démilitarisé, voyant ses colonies confisquées, surveillé, condamné à de lourdes réparations est rendu principal responsable du conflit. Ces réparations, dont le montant n’est fixé qu’en avril 1921 par la commission des réparations, s’élèvent à 132 milliards de marks-or, dont initialement 50 milliards de marks sous forme d'annuités de 2 milliards, la commission devant évaluer l'état de l'économie allemande avant de mettre en place la suite du paiement. En 1932, les alliés renoncent à toute indemnité de guerre car l'Allemagne est durement touchée par la crise financière et économique de 1929. Elle n'aura versé au total que 22,8 milliards de marks-or grâce aux capitaux que lui prêteront les Américains (plan Dawes et Young)[246]. * L'Empire russe, devenu la Russie communiste, ne retrouve pas les territoires cédés au traité de Brest-Litovsk : les pays baltes et la Finlande deviennent indépendants. L’ouest de la Russie est attribué à la Pologne – plus exactement la Pologne indépendante reconstituée récupère ses territoires qui avaient été jadis conquis par les empires de Russie, de Prusse et d'Autriche. Après le traité de Sèvres, l’Empire ottoman devait être découpé selon le droit à l’autodétermination des peuples et le découpage de la Turquie actuelle entre les grandes puissances. Cependant, après la guerre menée par Atatürk et le traité de Lausanne, l’Empire ottoman est réduit à l’actuelle Turquie. La Syrie et l’Irak deviennent des mandats français et britanniques. * L’Empire austro-hongrois est quant à lui démantelé - avec la naissance d’une Autriche, d’une Hongrie et d’une Tchécoslovaquie. Le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui deviendra la Yougoslavie, est constituée de l’union du Royaume de Serbie avec l’État des Slovènes, Croates et Serbes et le Royaume de Monténégro. Elle réunit les Slaves du Sud des Balkans, mais elle doit céder l’Istrie à l’Italie au terme du traité de Rapallo de novembre 1920. Tous ces États adoptent des régimes parlementaires. La démocratie s’installe enfin dans bon nombre de pays d’Europe centrale et orientale, mais dans beaucoup, la démocratie ne résiste pas à l’installation rapide de régimes autoritaires, communistes ou conservateurs. * Historiographie * Articles détaillés : Historiographie de la Première Guerre mondiale et Kriegsschuldfrage. * La chronologie des événements laisse voir combien la question des responsabilités reste entière. Ces dernières se trouvent de fait dispersées au fil des décisions. Rien dans cette succession n’était inéluctable. L'historiographie des responsabilités accorde un poids, une valeur, à chaque épisode, chaque décision[247] : * le degré d’implication des services de l’État serbe, probablement à l’insu de ses dirigeants, dans la préparation et la réalisation de l’attentat ; * la négligence envers l’avertissement prononcé par l’ambassadeur serbe quant à une menace d’attentat ; * l’erreur de jugement du Kaiser lorsqu’il donne son appui inconditionnel à l’Autriche-Hongrie, persuadé que la Russie n’interviendra pas ; * la dureté voulue de l’ultimatum austro-hongrois ; * le degré de pression que l’Allemagne a réellement mis sur l’Autriche-Hongrie pour négocier la condition rejetée par la Serbie sans faire perdre la face aux parties adverses ; * le degré de manœuvre, face aux pan-slaves, du premier ministre serbe si favorable à une bonne entente avec son voisin ; * le fait que le tsar Nicolas II n’a pas pu ou su s’opposer aux bellicistes de son gouvernement, ainsi que d’avoir accepté l’idée d’une mobilisation secrète, qui fut presque aussitôt connue des Allemands ; * le soutien accordé discrètement à la Russie par le gouvernement français, qui, ayant déjà refusé de soutenir la Russie lors des précédentes guerres balkaniques, craint que la Triple-Entente ne s'effrite ; * son acceptation du non-respect du traité militaire qui lie les deux pays ; * la violation de la neutralité belge garantie par le traité de 1831 que l'Allemagne considère comme un « chiffon de papier » (dixit le chancelier Bethman Hollweg), ce qui entraîne l'entrée en guerre de l'Angleterre qui ne peut admettre de voir l'Allemagne conquérir Anvers et la côte de la mer du Nord, perspective menaçante pour la Royal Navy. * Le nationalisme exacerbé qui régnait dans une partie plus ou moins grande des pays européens a joué un rôle certain : beaucoup de nationalistes poussèrent au renforcement des armées tout en redoutant la guerre. Les « opinions publiques » étaient en grande majorité attentistes et considéraient souvent que la guerre était impensable entre pays civilisés au XXe siècle. Les volontés pacifistes ou bellicistes s'exprimaient surtout au niveau des élites, si bien qu'il est erroné de croire que la guerre a été déclenchée par les sentiments populaires, l'Union sacrée ne se manifestant qu'après le début du conflit[248]. En Angleterre, un siècle après la chute de Napoléon, personne n'imaginait que l'on irait à nouveau combattre sur le continent[249]. En France, les sentiments revanchards à propos de l’Alsace-Lorraine s'étaient fortement atténués depuis 1870, et n'auraient en aucun cas pu provoquer une guerre — d'autant que les Français venaient d'élire un Parlement et un gouvernement pacifistes. De l’autre côté du Rhin, envisageant de devoir se battre sur deux fronts, le plan Schlieffen préconise que l’Allemagne frappe la première, ce qui la contraint à l’extrême vigilance envers la mobilisation des armées. De plus, contrairement à la situation de 1908 ou de 1911, le temps de négociation lié à la mobilisation ne peut jouer. Le plan allemand suppose en effet l'évacuation des troupes arrivées au nœud ferroviaire d'Aix-la-Chapelle vers la Belgique sous peine d'engorgement, ce qui veut dire que la mobilisation allemande, c'est la guerre. Aucun des mécanismes de paix n'a pu fonctionner. Aucun arbitrage n'était envisageable en Europe, dans la mesure où les alliances rendaient toutes les nations parties prenantes. Les familles royales avaient des liens moins structurés depuis le décès de Victoria. L'influence du pape était limitée par la rupture avec la France laïque depuis 1905. Le capitalisme en phase de protectionnisme se recentrait sur les économies coloniales. Enfin, les internationales ouvrières furent déstabilisées par l'assassinat de Jaurès et par les volontés d'unités nationales. * Une partie des pays européens étaient prêts à la guerre, par leur organisation et par l'état de leur opinion publique. On peut penser qu’une étincelle suffisait à mettre le feu à l’Europe. C’est la thèse que quelques historiens mettent en avant pour expliquer l’acceptation massive par les sociétés européennes du conflit, voire leur résolution à combattre. C’est ce que l’on appelle le consentement patriotique[250]. * En Allemagne, le consensus de longue date selon lequel ce pays était exempt de toute responsabilité dans le déclenchement de la guerre a été battu en brèche par les travaux d’un historien, Fritz Fischer, publiés à partir de 1961 dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale. Cette thèse iconoclaste, à l’origine d’une vaste polémique en Allemagne, veut que la visée impériale (l’hégémonie européenne), associée à une stratégie incluant le conflit armé, aurait favorisé la déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie, à la satisfaction des élites politiques et militaires, ainsi que des mouvements pangermanistes. C’est là le point de départ de la Kriegsschuldfrage, question de la culpabilité de guerre, qui empoisonne longtemps l’atmosphère[251]. * La thèse classique concernant la question de la responsabilité est celle du « Mécanisme » de l’historien français Jean-Baptiste Duroselle : par crainte qu’advienne une situation internationale défavorable à leurs intérêts nationaux, les États européens ont pris des décisions « pour le cas où », « plutôt que ». Duroselle résume, à partir de cette thèse, la situation en cinq points[252] : * L’Allemagne entre en guerre pour ne pas risquer de perdre son allié austro-hongrois ; * La France tient à maintenir la solidité de son alliance avec la Russie, sachant qu'une guerre serait certaine si l'Allemagne parvenait à dissocier ces deux alliés ; * La Russie déclare la guerre afin d’éviter que de nouvelles populations slaves passent sous contrôle de l’Empire austro-hongrois ; * L’Angleterre, fidèle en cela à la politique qu’elle mène depuis 1793 et fidèle au traité de neutralité de la Belgique dont elle est garante, préfère déclarer la guerre plutôt que de voir une grande puissance s’installer à Anvers ; * L’Autriche-Hongrie préfère en finir avec la Serbie plutôt que d’être dissoute par les mouvements nationaux. * Cette analyse du « Mécanisme » a été reprise par l'historien britannique Christopher Clark en 2013[253]. * L'historiographie moderne considère que « les accusations réciproques et les explications données, même si elles n’étaient pas dénuées d’une part de vérité, ne permettaient pas de répondre vraiment à la question du pourquoi » et estime que les autorités politiques des principaux belligérants, prises dans le piège de l’honneur national qui les empêchait de se retirer du jeu, furent dépassées par les événements qui conduisirent à une guerre sans raison[254]. * Autres noms * Article détaillé : Appellations de la Première Guerre mondiale. * En 1918, ce conflit est incontestablement la plus grande guerre qui ait jamais eu lieu. On l'appelle bientôt « la Grande Guerre »[t]. Elle est également appelée « der des ders », c'est-à-dire la « dernière des dernières (guerres) », signifiant ainsi qu'il s'agit de la guerre après laquelle il n'y en aura plus. Ces noms montrent bien le sentiment qu'ont les contemporains juste après la guerre, supposant que son caractère horrible dissuaderait les pays d'en faire une autre. * Cette guerre ne peut recevoir son qualificatif de Première Guerre mondiale qu'à partir du moment où il y en a plus d'une. Le nom « Première Guerre mondiale » est donc l'exemple le plus célèbre de rétronymie. Pour mieux représenter l'état d'esprit des personnes vivant dans l'entre-deux-guerres, on utilise encore l'expression « la Grande Guerre ». * Elle est parfois dite « guerre 1914 – 1918 », « guerre de 1914 – 1918 »[u] ou, « guerre 14-18 », « guerre de 14-18 » ce qui permet de mieux la situer dans le temps par rapport à la « guerre 1939 – 1945 », aussi appelée « guerre de 1939 – 1945 » ou encore « guerre 40 – 45 » en Belgique. * Toutefois, pour certains historiens, elle ne serait que le début d'une longue guerre civile européenne qui dura pendant toute la première moitié du XXe siècle[257],[258]. * Notes et références * Notes * ? Cette guerre a reçu différents noms : cf. l'article sur les appellations de la Première Guerre mondiale. * ? Pierre Renouvin indique que les preuves manquent pour établir cette thèse[17]. * ? Le plan de déploiement de 1914 prévoyait d'envoyer dix divisions et huit brigades de Landwehr à l'est, pour 78 divisions et 18 brigades de Landwehr à l'ouest[30]. * ? Télégramme no 196/8, daté du 24 juillet de l’ambassadeur de Serbie à Saint-Pétersbourg, Spalaïkovitch, à la présidence du Conseil de Serbie à Belgrade, à l’attention de Pasic. * ? D'autres considèrent que la première guerre de masse véritable est la guerre de Sécession[54]. * ? La censure politique s'exerce sur « l'arrière » tandis que la censure militaire s'étend aussi bien sur les lettres de soldats que sur leurs lectures au front, les relevés de ventes auprès des unités militaires françaises en 1917 montrant qu'un à trois millions d'exemplaires de quotidiens (essentiellement la presse nationale : Le Petit Parisien, Le Petit Journal, Le Journal, L'Écho de Paris, Le Matin ; Le Canard enchaîné apparaît en 1915) sont lus chaque jour par les combattants, souvent collectivement[66],[67]. * ? Le général Weygand indique : « l'armée belge ayant glorieusement rempli sa tâche et grandement aidé les alliés à Liège, puis sur la Jette et devant Anvers »[91]. * ? Obus équipés d'ailettes pour qu'ils tombent verticalement, leur percuteur n'étant activé qu'au dernier moment. * ? Le préfixe « di » exprime que le gaz est diatomique à l'état gazeux. * ? La France et le Royaume-Uni recruteront en Chine uniquement des non-combattants, suivant un accord datant de la dynastie Qing. * ? La décision de construire la grande mosquée de Paris, première mosquée construite en France, est prise après la Première Guerre mondiale pour rendre hommage aux 36 000 Maghrébins, essentiellement des tirailleurs, tués lors de ce conflit[150]. * ? Une autre source plus détaillée fait état de 565 000 mobilisés (dont 97 100 tués ou disparus) : * 175 000 Algériens (dont 35 000 tués ou disparus) ; * 40 000 Marocains (dont 12 000 tués ou disparus) ; * 80 000 Tunisiens (dont 21 000 tués ou disparus) ; * 180 000 Africains noirs (dont 25 000 tués ou disparus) ; * 41 000 Malgaches (dont 2 500 tués ou disparus) ; * 49 000 Indochinois (dont 1 600 tués ou disparus)[151]. * ? Douze Algériens/Tunisiens, deux Marocains et deux mixtes Zouaves/Tirailleurs). * ? Deux ou trois citations à l'ordre de l'Armée. * ? Quatre ou cinq citations à l'ordre de l'Armée. * ? Cités six fois à l'ordre de l'Armée. * ? Au total environ 815 régiments de toutes les armes ont été engagés par la France au cours de la Première Guerre mondiale et seuls 23 unités de l'Armée de terre (dont 6 bataillons) ont reçu la fourragère au couleur de la Légion d'honneur (au moins 6 citations à l'ordre de l'Armée), et parmi eux on trouve 4 régiments de Tirailleurs (les 2e RTA, 4e RTT, 7e RTA Tirailleurs et le 4e mixte zouaves-tirailleurs, qui devient le 16e RTT en 1920). * ? Après sa dissolution, ses décorations iront au 1er régiment de tirailleurs sénégalais en 1919. * ? Denys Cochin, qui représentait la droite catholique dans le cabinet Ribot démissionna à la suite des déclarations du pape Benoît XV qu'il considéra comme une trahison à l'« Union sacrée ». * ? Expression retrouvée dans les lettres des poilus dès le mois de novembre 1914[255] ou « la guerre des guerres ». « Ce mot [guerre] ne mérite jamais la majuscule initiale, sauf si la guerre est Grande, mondiale ou folle. »[256]. * ? C'est par exemple le titre d'une chanson de Georges Brassens. * Références * ? « Grande guerre : objectif 2018 pour le patrimoine mondial - Etat et collectivités », lemoniteur.fr,? 13 juin 2013 (lire en ligne [archive]) * ? (en) Julián Casanova, « The Treaty of Versailles and its Consequences » [archive], 16 décembre 2002 (consulté le 23 décembre 2008) * ? (en) Klaus J. Bade et Allison Brown, Migration in European History, Blackwell, 2003, 416 p. (ISBN 978-0-631-18939-8), p. 167 * ? Le Naour 2008, p. À préciser. * ? a et b Tony Ashworth, Trench warfare 1914–1918, Londres, Macmillan Press, 2000, 3-4 p.. * ? a et b André Loez, La Grande Guerre, Paris, La Découverte, coll. « Repères » (no 567), 2010, 125 p. (ISBN 978-2-707-15863-5, OCLC 679932605), p. 9 * ? 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Vu par un poilu pacifiste : Sur le front du début du conflit jusqu'à Verdun, les fusillés pour l'exemple, puis la désertion, la cour martiale, et le bagne. * Joseph Kessel, Première Guerre mondiale, recueil de textes inédits annotés par Pascal Génot, préface Olivier Weber, Éditions Amok, 2017. * Filmographie sélective * La Grande Parade, de King Vidor, 1925. * À l'Ouest, rien de nouveau (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone, 1930, à partir de À l'Ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts Neues)) d'Erich Maria Remarque (déprogrammé en Allemagne en 1930). * Les Croix de bois de Raymond Bernard, 1932. Adapté du roman de Roland Dorgelès Les Croix de bois. * La Grande Illusion de Jean Renoir, 1937. * Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, 1957, qui est une dénonciation de l'absurdité de la Grande guerre et de la stupidité du militarisme (déprogrammé en France en 1957, voir Comme hors-la-loi, ces films ont fait scandale, Le Point, no 1984 du 23 septembre 2010.). * 14-18, documentaire (montage d'archives) de Jean Aurel, 1963. * Johnny s'en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, 1971. Adapté de son propre roman, Johnny s'en va-t-en guerre, 1939. * Capitaine Conan de Bertrand Tavernier, 1996, sur les soldats français combattants durant l'expédition de Salonique. * La Chambre des officiers de François Dupeyron, 2001, sur la vie de mutilés de guerre. * Joyeux Noël de Christian Carion, 2005, sur les fraternisations entre les camps ennemis dans les tranchées et leur répression. * Les Fragments d'Antonin de Gabriel Le Bomin, 2006. * Cheval de guerre de Steven Spielberg, 2011, qui rend hommage aux huit millions de chevaux sacrifiés durant la Première Guerre mondiale. * Pour une liste plus détaillée : Catégorie:Film sur la Première Guerre mondiale. * Musique * Sous les ponts de Paris, de Georgel (1913), chanson détournée en 1915 et devenue Dans les tranchées de Lagny. * Quand Madelon..., de Charles-Joseph Pasquier (1914), adoptée par les Poilus et devenue chant de marche et air de musique militaire. * La Chanson de Craonne, chant contestataire anonyme (apparu en 1914 ou 1915). * La Butte rouge, chanson de Gaston Montéhus (1925). * Le Soldat, album Vieillir avec toi, de Florent Pagny (2014). * Télévision * Les Alsaciens ou les Deux Mathilde est un téléfilm français de Michel Favart diffusé le 11 octobre 1996 en quatre épisodes de 90 minutes chacun, qui retrace la période trouble qu'a connue l'Alsace-Lorraine entre 1870 et 1953. Le téléfilm est adapté du livre Marthe et Mathilde. La Première Guerre mondiale est présente dans le deuxième épisode. * Le Pantalon est un téléfilm français d'Yves Boisset diffusé le 8 décembre 1997 qui raconte l’exécution d'un soldat français n'ayant pas voulu porter un pantalon d'un autre soldat mort au combat. * Parade's End est un téléfilm britannique de Tom Stoppard diffusé en 2012, qui raconte comment la guerre va changer la vie de trois personnages et plus généralement changer la société. * Jeux vidéo * Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre (2014) : édité par Ubisoft et développé par Ubisoft Montpellier. L'histoire raconte le destin de trois soldats, durant la Première Guerre Mondiale * 11-11 Memories Retold (2018) : édité par Bandai Namco Games et développé par Aardman Animations et le studio montpelliérain Digixart Entertainment, fondé par le directeur artistique de Soldats Inconnus. Suite spirituelle de ce dernier, ce jeu narratif nous entraînera dans le destin de deux personnages que l'on incarnera à tour de rôle : le premier, Harry, un photographe Canadien (Elijah Wood) qui est en quête d'aventures. Le second, Kurt, un ouvrier Allemand (Sebastian Koch) dont le fils, qui est soldat, est porté disparu. * Battlefield 1 (2016) * Documentaire radiophonique * «  Au bout du bush : Fromelles… et les tranchées »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?), de Jean-Louis Rioual, réalisation : Renaud Dalmar. Un documentaire diffusé le 9 novembre 2010 dans l'émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture (50 min). * Philatélie * Depuis la fin du conflit, de nombreux timbres ont été émis afin de le commémorer[1]: * 2 janvier 1919, Terre-Neuve, Soldats de Terre-Neuve pendant le conflit mondial * 3 mars 1919, États-Unis, Victoire alliée à la Première guerre mondiale * 1er juillet 1919, Japon, Restauration de la paix après le conflit mondial. * 4 juillet 1919, Jamaïque, Contingent embarquant pour une mission outre-mer. * 22 août et 9 septembre 1919, Barbade, Fin de la Première guerre mondiale * 11 novembre 1938, Algérie, 20e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918 * 3 novembre 1958, Italie, 40e anniversaire de la victoire italienne à la Première guerre mondiale * 2 novembre 1968, Italie, 50e anniversaire de la victoire alliée à la Première guerre mondiale * 26 août 1985, États-Unis, Vétérans de la Première guerre mondiale * 15 octobre 1997, Îles Marshall, Années 1910: décade de la Révolution et de la Grande guerre * 17 octobre 1998, France, 80e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918 * 23 septembre 2002, Îles Marshall, Héros militaires de la Première guerre mondiale * 11 septembre 2008, Gambie, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 16 septembre 2008, Océan Indien britannique, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 16 septembre 2008, Îles Vierges britanniques, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 16 septembre 2008, Nauru, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 16 septembre 2008, Sainte-Hélène, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 16 septembre 2008, Tristan da Cunha, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale, peintures * 20 octobre 2008, Belgique, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 20 octobre 2008, Nouvelle-Zélande, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 11 novembre 2008, Maldives, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 12 novembre 2008, France, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 27 novembre 2008, Slovénie, 90e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 25 septembre 2013, Mozambique, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 10 janvier 2014, Guinée-Bissau, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 10 février 2014, Togo, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 19 février 2014, Gibraltar, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 19 février 2014, Île de Man, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 25 février 2014, République centrafricaine, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 25 février 2014, Mozambique, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 26 février 2014, Gambie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 26 février 2014, Guyana, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 26 février 2014, Montserrat, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 5 mars 2014, Nevis, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 5 mars 2014, Tuvalu, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 19 mars 2014, Ghana, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 mars, Mustique, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 24 mars 2014, Micronésie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 25 mars 2014, Sao-Tomé-et-Principé, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 22 avril 2014, Australie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 avril 2014, Bequia, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 avril 2014, Canouan, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 avril 2014, Mayreau, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 avril 2014, Palaos, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 avril 2014, Union Island, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 24 avril 2014, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 24 avril 2014, Union Island, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 25 avril 2014, Niger, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 6 mai 2014, Jersey, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 7 mai 2014, Maldives, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 19 mai 2014, Liberia, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 2 juin 2014, Slovaquie, En l'honneur des soldats morts au combat * 11 juin 2014, République tchèque, En mémoire des victimes de la Première guerre mondiale * 23 juin 2014, Grenade, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 24 juin 2014, Serbie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 3 juillet 2014, Îles Salomon, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 7 juillet 2014, Sierre Leone, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 24 juillet 2014, Irlande, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 28 juillet 2014, Royaume-Uni, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 28 juillet 2014, Hongrie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 28 juillet 2014, Îles Pitcairn, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 28 juillet 2014, Afrique du Sud, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 29 juillet 2014, Nouvelle-Zélande, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 31 juillet 2014, Russie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 1er août 2014, Monaco, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 2 août 2014, France, Mobilisation générale * 4 août 2014, Ascension, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 4 août 2014, Jersey, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 4 août 2014, Tristan da Cunha, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 7 août 2014, Allemagne, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 20 août 2014, Sénégal, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 4 septembre 2014, Saint Kitts, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 23 septembre 2014, Luxembourg, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 24 septembre 2014, Îles Féroé, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 29 septembre 2014, Arménie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 30 septembre 2014, Polynésie française, 100e anniversaire du bombardement de Papeete * 6 octobre 2014, Belgique, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 13 octobre 2014, Niger, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 14 octobre 2014, Croatie, En mémoire des victimes de la Première guerre mondiale * 30 octobre 2014, Togo, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 7 novembre 2014, Malte, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 11 novembre 2014, Guernesey, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 11 novembre 2014, Saint-Pierre et Miquelon, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 28 novembre 2014, Slovénie, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 5 décembre 2014, Samoa, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 1er janvier 2015, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Bataille de la Somme * 2 février 2015, Liberia, Chasseurs alpins italiens * 2 février 2015, Palaos, Camouflage pendant la Première guerre mondiale * 2 février 2015, Union Island, Avions de la Première guerre mondiale * 14 février 2015, Île de Man, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 18 février 2015, Gibraltar, 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale * 25 février 2015, Niger, Bataille du Dogger Bank * 2 mars 2015, Bequia, Sous-marins * 2 mars 2015, Canouan, Bataille de la Marne * 2 mars 2015, Gambie, Italie et Australie pendant la Première guerre mondiale * 2 mars 2015, Mayreau, Bataille de Verdun * 2 mars 2015, Micronésie, Dirigeables pendant la Première guerre mondiale * 2 mars 2015, Mustique, Deuxième bataille de la Marne * 2 mars 2015, Tuvalu, Peintures de John Singer Sargent, Alfred Théodore Joseph Bastien * 24 mars 2015, Saint Kitts, Affiches de la Première guerre mondiale * 14 avril 2015, Australie, Gallipoli 1915 * 15 avril 2015, Mozambique, 100e anniversaire de l'invention du masque à gaz * 23 avril 2015, Irlande, Gallipoli 1915 * 24 avril 2015, Îles Salomon, Seconde bataille d'Ypres, Femmes britanniques pendant la Première guerre mondiale * 4 mai 2015, Guyana, Navires de la Royal Navy pendant la Première guerre mondiale * 24 mai 2015, Italie, 100e anniversaire du début de la Première guerre 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de la Première guerre mondiale * 10 avril 2018, Nouvelle-Calédonie, 100e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 7 mai 2018, Roumanie, Médailles et décorations * 16 mai 2018, Guinée-Bissau, 100e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 30 mai 2018, Sierra Leone, Avions * 10 juin 2018, Maldives, 100e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * 15 juin 2018, Mozambique, 100e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale * Articles connexes * https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_fondamentale_de_la_République_fédérale_d%27Allemagne